HISTOIRE C R I T I Q^U E
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„ se du S. dans les Ardennes, & y être guéri en la„ maniéré accoutumée par l’incision de la même Etole.„ Que si après ces quarante jours il y avoit quelque„ empêchement légitime d’entreprendre le voyage , el-,, le peut renouvelles ledit répit de quarante en qua-rante jours aussi longtems que durera l’empêchement,,, comme de guerre , de tems trop difficile, d’infirmi-té , d’inçapacité de se. confesser & communier , soità raison du bas âge ,, soit pour quelque autre obsta-cle. 11 ssaut ici remarquer qu’après avoir pris ls re-pit , ón ne doit facilement négliger le pèlerinage àSaint Hubert, de quoi plusieurs ont fourni des preu-ves funestes, fe figurant qu’un long laps de tems less , avoit mis en assurance, & qu’en continuant de pren-„ dre répit par cérémonie , il n’y avoit rien à crain-„ dre , jusqu’à ce que la rage reprenant son cours les a,, désabusez. La maniéré de prendre le répit' est d’al-„ 1er trouver Ou faire venir chez soi une personne soit„ homme , soit femme , autrefois taillée de la sainteEtole , devant laquelle il saut se mettre à genoux,comme représentant Saint Hubert en cette occasion,& lui demander répit au nom de Dieu , de la Sainte„ Vierge, & du glorieux Saint Hubert. Ce que la„ personne autrefois taillée lui accordant, lui répond„ en formant le signe de la Croix ; Je vous donne répit„ au Hom de Dieu , de la sainte Vierge, es du bienheu-„ reux saint Hubert. Quand la personne n’est pas ca-„ pable de le demander soi-même, une autre le peut„ demander pour elle en fa présence. Si l’on trouve„ plus commode de se rendre à saint Hubert pour ob-„ tenir un répit de plusieurs années en saveur d’un en-„ sant, on peut s’y acheminer avec ledit enfant, & on„ évitera la réitération de quarante en quarante jours.
„ Les Cornets, Médailles, Bagues, Chapelets, 8 c„ autres dévotions touchées à cette Etole céleste , é-„ tant portées avec respect & dévotion , font aussi pa-„ roitre combien Dieu fe plait à faire respecter saint„ Hubert, puisque par leur moyen il préserve ordi-„ nairement les personnes qui s’en pourvoyeur des atta-„ ques des chiens & autres bêtes enragées, comihe l’ex-,, périence journalière en fait foi.
„ C’est encore ,de cette Etole si. admirable que less, Cornets de fer, appeliez ordinairement Clefs de saint„ Hubert, reçoivent le privilège de guérir & préfer-„ ver de rage les bêtes qui en font flâtrées, en obser-„ vant ce qui est ordonné par le billet qui en marque„ l’usage ; mais qui n’ont aucun effet à l'égard des per-„ sonnes , 8c seroient profanées si l’on s’en servoit au-trement que pour flâtrer les bestiaux , & si l’on les„ gardoit sans respect ni distinction d’autres clefs ou„ instrumens profanes, ce qui n’arrive que trop sou-„ vent. D’où provient, que l’on n’en reçoit pas les„ effets ordinaires.
T elle est la vertu qu’on attribue à l’Etole apportéedu Ciel. Ce qui fait de la peine , c’est qu’iì est dif-ficile d’ajuster avec la Chronologie , le voyage de S.■Hubert à Rome. II est vrai que Nicolas Chanoine deLiège en fait mention : mais (a) ni l’Anonime soncontemporain auteur de la vie de Saint Hubert, niGo-defchalc, ni Etienne, ni Anselme, qui ont écrit avantlui les actes de S. Lambert & la vie de S. Hubert , neparlent point de ce voyage au tombeau de Saint Pierre.D'ailleurs l’ordre des tems ne permet pas de l’admettre.Le Pape Serge est mort en 701. & Saint Lambert a été
(a) Apud Anonymum coetaneum , qui vitam Sancti Huberticonícripsit , nullum est verbum de illius peregrinatione ad liminaApostolorum , quam certe silentio prxterire non debuit , si verèíùscepta est. Nullam quoque prxdict* peregrinatìonis mentionemfecerunt , Godeíchalcus , Stephanus , Aníelmus, astique qui velacta Sancti Lamberti , vel vitam Sancti Huberti ante Nicolaumícriptis commendarunt. Praetereà Sergio Papa; cujus obitus inannum Christi septingentesimum primum incidit , *tas SergiiPapae qu* nullatenus in dubíum revocari potest , pr*cipuum vi-detur argumentum íùppeditasse , cur Bucherius , Filènus, esterì-que Neotericorum quibus narratio Nicolai non diíplicuit, obi-tum Sancti Lamberti pr*verterint. At Nicolaus hoc loco nihilnos movet, quoniam aliorum commenta novis adhuc fabulis ad-augere studuit. Le Ceint. am. T. 4. ». 488.
martyrisé en 708 , ainsi il lui a survécu sept ans en-tiers. Il n’est donc pas possible , que S. Serge ait or-donné S. Hubert pour succéder à S. Lambert. Com-me la datte de la mort de ce Pape est incontestable,Bucherius, & quelques autres modernes, ont avancéla mort de S. Lambert, afin de faire quadrer les évé-nemens. Mais , ajoute le P. le Cointe, de qui j’ai ti-ré ces remarques , il ne faut pas s’arrêter au témoigna-ge du Chanoine Nicolas, il n’a fait que multiplier lesfables. ■
Cela fait voir qu’on a imaginé insensiblement toutecette Histoire. 11 est probable que lorsqu’on a com-mencé à tailler les hommes mordus par des chiens en-ragez , c’est-à-dire à leur faire une petite incision aUfront pour enfermer sous la peau & dans la chair unbrin de l’Etole de Saint Hubert,. on íud’abord emplo-yé l’Etole dont ce Saint fe íêrvoit ordinairement , Scqué pour la rendre plus respectable , on a feint qu’elleavoit été apportée par un Ange. Mais l’Auteur decette pieuse supercherie "étant un très mauvais, chrono-lògiste , n’a pas. su arranger sa fiction. On (b) nepeut douter cependant que cet usage de tailler , ne soittrès ancien , puisque l'Anonyme qui a écrit vers la findu onzième siécle les miracles arrivez à la Translationdu corps de Saint Hubert faite eri 825 , parle d’unhomme & d’une femme qui avoient étç taillez. Il fautpourtant remarquer que Jonas , Evêqued’Orléans, Au-teur contemporain, qui a écrit l’Histoire de cette trans-lation , ne dit rien * ni de l'Etole, ni de l’usage detailler ceux qui avoient été mordus par des chiens en-ragez.
A l'égard de la neuvaine qu’on pratique aujourd’huiaprès l’incision , il faut avouer qu’elle est obscurémentdésignée dans l’Auteur anonyme du onzième siécle ; ilest difficile de pouvoir marquer le tems où elle a com-mencé. La maniéré dont elle fe fait, a été condamnéepar Gerfon comme on verra dans la fuite. II paroítque les Théologiens de Paris l’ont toujours regardéecomme superstitieuse ; on en peut juger par la décisionqui fut faite en 16J1. Jè rapporterai l’expofé , & Mréponse des Docteurs (c).
,í La personne qui ; est taillée en l’honneur de Saisit„ Hubert & avec l’Etole , premièrement se doit cbn-„ fesser & communier neuf jours ensuivans f doit dor-,, mir feule en blancs draps nouveaux lavez , ou wutS,, vetue ; doit boire feule ; ne doit baisser son chef esi,, buvant aux fontaines ou rivières. Item peut boire„ vin rouge , blanc 8c clairet, mêlé avec de l’eau, osi„ boire de l’eau feule ; peut manger pain blanc & asi',, tre chair, de porc d’un mâle, ayant un an ou plus ï„ chapon ou geline d’un àn vieux , ou plus ; poiss°° s„ ayant écailles : comme harangs-sorets, carpes, oeufs„ durs cuits : & tout ce devant nommé doit êtff
„ mangé froid , & point autrement. Item ne pesitpeigner son chef dedans quarante jours , Sc si la p Es-sonne recevoit blessure, ou morsure de quelque bêssjusques au sang , doit faire la même abstinence l’ eS "„ pace de trois jours , fans retourner ici. Item aU,, dixième jour, doit faire délier son bandeau par quel'„ que Prêtre , & le faire ardre & mettre les cendré,, dans la Piscine. Item doit fêteryer le jour de Sas 1 *',, Hubert tous les ans, qui est le troisième de,, vembre. Item pourra donner répit à toutes perso 0 '„ nés étant mordues de quelque bête enragée jusq° e5„ au sang, de quarante jours à quarante jours.-„ soussigné Religieux certifie avoir taillé Jaques f f',, pos de Frene, proche Péronne, Evêché de Nc>y°°'„ le vingt-troisiéme Janvier 1671. D. Alexis Col# 1 '„ Trésorier.
,, Les Docteurs en Théologie souffignez déclass^,,, avoir plusieurs fois répondu , que cette pratiqu e e ^„ Blâmable & superstitieuse , qu’elle ne peut être t0„ lérée , mais qu’elle doit être retranchée. Laq u °^
(b) Act. Sanct. Ord. S. Bened. fecul. 4. p. 303. To. I.
sc) Tome II. Cas de Sainte Beuve. Cas 193. pag. 627.
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