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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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HISTOIRE CRITIQUE

Le même Historien séléve contre ceux qui préten-dent que la guérison de cette maladie nest pas leffetde la sainteté dEdouard , & quelle est attachée à lamaison Royale. Ces dernières paroles sont remarqua-bles 5 il y avoit du terris de Guillaume de Malmsbe-ri , des gens qui regardoient ce miracle de Saint E-douard , comme leffet dun privilège déja accordé auxRois dAngleterre 3 ce quil nie : ilnajoute pas non plusque le Saint Roi ait transmis cette vertu à ses successeurs.II faut pourtant avouer que [ean Bromton mort en 1198.dit expressément, que les Rois dAngleterre tiennent deS. Edouard le privilège de guérir par le seul attouche-ment la maladie quon appelle le ver, ou la maladie daRoi (a).

(b) M. Beckett Chirurgien, & membre de la Socié- Royale de Londres, qui a publié en Anglois des Re-cherches libres & désintéressées fur la guérison des écrouel-les par lattouchement des Rois dAngleterre, na rienoublié , pour anéantir le témoignage de Guillaume deMalmsberi. II prétend que la maladie décrite par cetHistorien , nest pas la même que celle dont il estquestion, les tumeurs dont il parle, étoient pleines devers, & il ny en a point dans celles qui sont pure-ment scrofuleuses. Ce que jai cité de Bromton, jus-tifie cette observation. II oppose encore le silence dIn-gulse contemporain dEdouard , & qui paroit avoirété plein de respect pour lui pendant sa vie , & devénération pour sa mémoire après mort. ,, Seroit- il possible , dit M. Beckett , quil neût pas dit un mot de ces guérisons prétendues, ou quil nen eût pas oui parler , si elles âvoient été faites ? On doit faire la même réflexion fur Marianus Scotus & Flo- rent de Vorcester , qui écrivirent avant Guillaume de Malmsberi, & qui paraissent avoir ignoré ce que,, le dernier débite avec tant de confiance

Cependant dès la fin du douzième siécle, on disoitque lés Rois dAngleterre avoient le privilège de guérir,les écrouelles. Pierre de Blois , Archidiacre de Bath,dans une lettre au Clergé de la Cour, parle clairement.de la guérison des écrouelles. II reconnoit quil est avan-tageux quil y ait des Clercs & des Evêques dans lesCours des Rois, pourvu quils nabandonnent pointleurs troupeaux, & quils ne prennent point les vices dela Cour. favoue , dit-il , sc) que cest une action sainte de se tenir auprès du Roi. Car il est lOint du,, Seigneur , & na pas reçu en vain lOnction sainte dont la vertu se manifeste par la guérison des écrouel- les. M. Beckett (d) qui semble croire quEdouardIII. a le premier touché des gens affligez des écrou-elles , conclut que de cela même que Pierre de Bloisparloit de la sorte, la chose ne devoir pas encore êtreétablie, on par la coutume des Princes, ou dans lopî-nion des peuples ; & la raison quil donne de cetteconséquence, cest que lArchidiacre de Bath pouvoirbien se passer dapprendre cette nouvelle à des gens deCour , qui en dévoient être mieux informez que lui.Ce raisonnement me paroit frivole. Est-ce quil nar-rive pas que dans une lettre, on parle de certains faitsà une personne qui en est exactement informée ?

Mais de tous les Rois dAngleterre , il ny en apoint qui se soit rendu plus célébré par la guérisondes écrouelles quEdouard III. qui monta fur le trô-ne en 1317. Je ne doute point que ses prétentionsfur la Couronne de France , nayent excité le zéléquil avoit pour toucher des malades. Bradwardin qui

, («) Voici íës paroles. Ex isto Rege Edwardo quasi jure hîere-dìtario Reges Angliae dicuntur habere , ut ipsi quoddam genusmorbi, q uem vermem sive modò morbum regium vulgariser di-cunt , solo tactu curent ; banc gratiam illum Edwardum primòdicitur habuiíse. Chronic. col. oro. in T. 1. script. Hift. Anglic.

(b) Bibl. Angl. Tome X. p. 99. & 100.

(c) Fateor quidem , quòd sanctum est Domino Régi aísistere:Sanítus enim 8c Christus Domini est: nec in vacuum accepit unc-tionis régi* Sacramentum , cujus efficacia , si nescitur, aut indubium venit, sidem ejus planiíïìmam faciet .... curatio icrophu-larum. Vetrus Bief. Bpifi. ifo. ai Clericos Aulx Regia p, 2 2 c,

cd) Bibl. Angl. T. X. p. 97.

étoit son Confesseur, & qui lavoit suivi dans ses guer-res , parle avec emphase des cures merveilleuses de ctPrince. ,, VoUs qui niez les miracles, venez en An- gleterre, dit-il , amenez à notre Prince quelque chré- tien que ce soit 3 affligé de la maladie du Roy, il se guérira au nom de Jésus-Christ en lui imposant les mains , & en faisant le signe de la croix, quelque invétéré que soit le mal II ajoute quEdouard águéri une infinité de gens en Ahgleterre 3 en Allemagne& en France. II prend à témoin les peuples & les na-tions ( e ). II paroit par le témoignage de ce Théologien»quon donnoit aux écrouelles le nom de maladie du Roi»puisquil ajoute que les Rois de France jouissoient dumême privilège. Une autre remarque à faire fur le textede Bradwardin, cest quil ne laisse pas même soupçon- 1ner quEdouard III. a guéri les écrouelles, en qualitéde Roi de France ; puisquil dit clairement, Quod &omnes Reges Chrifliani Línglorttm filent divinitus facere &Franeorum. Cest donc sans fondement quon a préten-du que ce Prince se regardant comme Roi de France, acommencé la guérison des écrouelles.

II faut pourtant reconnoitre quil est peut-être le pre-mier qui ait réglé les cérémonies pratiquées en cette oc-casion, & quà lexemple des Rois de France, il a attri-bué cette vertu de guérir à Saint Mârcoul; car dans lsPalais de W estminìíer , il y avoit 3 caméra fancli Mar~culphi; il est souvent parlé de cette sale, dans les Regis-tres du Parlement sous Edouard III. On peut voir dan*la réponse de M. Heylin à lHistoire Ecclésiastique deFuller p. 47. la Liturgie dont les Rois sc sont servislorsquils ont touché des malades, à qui on donnoit delargent. Dans les comptes de lHôtel des anciens RoisdAngleterre, on lit: Pro infirmis benediPHs d Rege , SCquelquefois on ajoute, & per gratiam Dei curatis, chì-libet unum denarium .

Les ;Rois dAngleterre même après la prétendue-formation de lEglise Anglicane , ont touché des gensaffligez des écrouelles. Tucker (f) rapporte un fait as-sez singulier, mais dónt il auroit du citer la preuve ; cestquun Catholique fort incommodé dune humeur squir-reuse sut guéri par lattouchement de la Reine Eliza-beth. Guillaume III. (g) sétant frayé le chemin au trô-ne , par les moyens que tout le monde fait, ne se mstpoint en peine dexercer ce privilège. George I. & Geor-ge II. ont suivi cet exemple. Mais la Reine Anne , (b)en montant fur le trône, se saisit avidemment de toutesles prééminences qui y sont attachées, Sc toucha les ma -lades qui se présentèrent. On dit que le Chevalier deSaint George fils de Jacques II. a opéré des guérison*extraordinaires en Italie , il est reconnu Roi de I 3Grande Bretagne.

Non seulement les Rois dAngleterre sc mêloient deguérir les écrouelles, mais encore ils benissoient de*anneaux qui préservoient de la crampe & du mal ca-duc. Cette cérémonie se faisoit le Vendredi Saint unpeu avant ladoration de la Croix ; ces anneaux bénis stdistribuoient le même jour. Dans floraison, (i) on de-mande à Dieu que tous ceux qui les porteront ne soient

at -

(e) Quicumque negas miracula Christiana ... veni in Anglb 1 * 1ad Regem Anglorum praefentem, duc tecum Christianum que 1 * 1 'cumque habentem morbum Regium quantumcumque invet £l ?tum, profundatum 8c turpem, 8c oratione fusâ, manu impolis 118c benedictione sub signo crucis datâ , ipi'um curabit in nom 13Jesu Christi. Hoc enim facit continué 8c fecit sœpissimè vit> s .mulieribus immundissimis > 8c catervatim ad eum ruentibm.Angliâ , in Alemanniâ 8c in Franciâ circumquaque, sicut sacquotidiana, sicut qui cura» sunt, sicut qui interfuerunt, 8c vm ^runt, sicut populi nationum 8c fama quàm celebris certiffimè co°testantur. Quod 8c omnes Reges Christian! Anglorum soientnitus facere 8c Franeorum, sicut libri Antiquitatum 8c fama &gnorum concors testatur : unde 8c morbus Regius nomen sump 11 'Bradward. de causâ Dei coroll. part 32. fol. 39.

(/) De Charismate. c. 6 . p. 92. g.

(g) Hist. dAnglet. par M. de Rapin Thoyras T. 1. P- 3 '

1. Edit.

{h) Bibl. Angl. Tome X. p. 93-

(z) Ut omnes qui eos gestabunt, nec eos infestet vel nerv» ^contractio , vel comitíalis morbi periculum. Reg. de lax. p. 223 . par M. Anjlis.