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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &e.

npi fut fait Prêtre en 1108. uri an avant la mort dii RoiPhilippe.

La troisième remarque est , quil n*est pas vrai queain * k°ui s ait usé le premier du signe de la croix entournant íes malades, & quainsi Guillaume de Nangisi 6 s îtompé fur ce point dans la vie de Saint Louis -,or qu il a dit que les Prédécesseurs de Saint se con-stant de toucher les malades, il avoit ajouté à cettetorernonie le signe de 15 croix, afin que la guérison ne* > ' lt otre attribuée quà la vertu de ce sacré signe. Ceei Uoignage donne pourtant lieu de croire que la céré-R,0ftIe du sig ne de la croix avoit été interrompue, &'lue Saint Louis la renouvella (a),i quatrième remarque est , quau tems de Guibert,eit-à-dire vers fan 1100. les Rois d 1 Angleterre necroyoient pa s avoir la grâce de guérir des écrouelles,s omme il s p ont cru dans la fuite avec peu de suc-cès. r

Si l'on veut remonter à f origine rie cette grâce queDieu fait à nos Rois, il me semble quon peut la rappor-ter au S. Roi Robert qui fit dans fa vie un très grand^orubré de miracles, & qui mourut tres saintement,v mgt sept ans avant le Sacre du Roi Philippe son petit-fils. n n »y a gntre ces deux Princes que le Roi Henripremier j qui fut très brave & très religieux.

Quoi quil en soit , la vertu de guérir les écrouellesfiit visiblement autorisée de Dieu , & canonisée en laPersonne de S. Louis. Ce grand S. a très souvent tou-ché , & guéri les écrouelles. Il la fait comme Roi deFrance , par la cérémonie établie & pratiquée longtemsauparavant. Le Pape Boniface en fait mention dans laBulle de la Canonisation de ce Saint Roi (b). Celapeut suffire pour montrer que cest une grâce gratuite ;& ce Saint Roi ayant prescrit lusage que nos Rois ontobservé depuis , pourquoi ne croiroit-on pas que cette

grâce a été continuée par linterceffion de ce grandRoi?

r II ne fera pas inutile éf observer qu*il y a trois cens*ns, lorsque les Rois de France guérissaient les écrouel-*es, ils benissoient de leau qu*on faifoit boire à jeunauxmalades pendant neuf jours. On le voit dans Etienne deConty Moine de Corbie dans lHistoiíe manuscrite desRois de France écrite vers lan 1400. & citée par

Dom Luc dAchery , dans les notes fur Guibert deNogent (c).

Nos Rois ont touché les gens affligez des écrouelles,tton feulement en France , mais encore dans les Paysétrangers. Charles VIII. en toucha, & en guérit plu-fitors a Rome & à Gènes lan 149$»» fur quoi le Con-tinuateur de Monstrelet raporte que, ceux des Italies vo~J*»' ce mijîere , ne furent oncques Ji émerveillez Fran-cs I. en fit autant à Boulogne en présence du Pape leM* Décembre 1515. , & pendant quil fut prisonnierEspagne , il toucha avec le même succès, (d) Cru-

(*) ïn tangendo infirmitates qnx vulgo fodek vocantur, supequitus curandis Francise Regibus Dominus contulit gratiam unglarem, Pìus Rex modum hune prœter reges cœteros voluit obiervare. Gùm eniny aliì reges prsedeceffores tangendo íòlummodo ioCum morbi, verba ad hxc consueta Sc appropriata proferrent, qu;àncta surit atque catholica , nec facere coníùeviílènt aliquod nEuum crucis ; ipíe super coníùetudinem aliorum hsec addiditquòd dicendo verba super locum morbi sànctae Crucis signaculur.'mprìnaeLiat , ut sequens curatio virtuti crucis potiùs tribueretursyy regise dignitati.

V) Inter alia miracula strumosis beneficium liberationis imperdit.

( c ) Prsdicti Reges singulares, quilibet ipsorumfecit pluries miF cula m viti s u â, yidelicet sanando omtiino de venenosa turpi í«icomm° scabie, qme gallicè vocatur écrouelles . Modus fanaitìpn à' postquam rex audivìt miíïàm aífertur ad eum vas aqujj, UTt \ > statim tune facit orationem suam ante altate ^ & posteVe n U àtrâ tangìt infirmitatem, Sc lavat in dicta aquâ. lnnrnc ^«pientes de dictâ aquâ, Sc potantes per novem dies jejuiverba evotione , sine aliâ medicinâ omníno sanantur. Et est rper plù r ^ d innumerabiles sic de dictâ infirmitate fuerunt fana

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cùm sied qui inde ianatus menu , v » ' .

tes Gallici C4nt 'Psi omnes melioris nota: Histonc , P

ac ipsa experientia. Constat enim quòd Carolus Vil

sius dans son Traité de Prééminence cite les mêmesFaits > & les Fait valoir contre un Médecin François quia osé dire quil avoit souvent vu nos Rois touches desgens qui ávoient des écrouelles, mais quil navoit jamaisvu aucun malade guéri. Ce même Ecrivain cite lexem-pie Philippe de Valois qui au rapport de quelquesHistoriens, en a guéri quatorze cens. Il observe ensuitsjudicieusement que lexpérience dément ceux qui disentquil ny a jamais eu aucun malade guéri, mais quonne doit pas avancer que tous soient guéris dabord aprèsavoir été touchez, puisquil y en a qui se font toucherplusieurs fois. Jajouterai que les exemples de guérisonsont incontestables ; & que les enfans entièrement guérisne permettent pas de croire que la force de limaginationáit part à ces cures extraordinaires.

Le privilège de guérir les écrouelles a été regardécomme particulier à nos Rois. Cest ainsi que Raoul dePrestes Confesseur de Charles V. sen explique dans unelettre à ce Monarque* ,, Sire, vos devanciers & vous avez telle puissance, qui vous est donnée & attribuée de Dieu, que vous faites miracles en votre vie, tels st grands & si aperts, que vous guarissez d* une hor- rible maladie qui se appelle les écrouelles, de laquelle,, nul âutrè Prince terrien ne peut guarir fors vousIl y a pourtant longtems quon a accordé la même ver-tu aux Rois dAngleterre (e). On prétend qu'Edouard-le Confesseur qui monta fur le thrône en 1045;., reçuedu Ciel le privilège de guérir les Ecrouelles, & quilfa transmis à ses Successeurs. Cest de- qu'est venueJa coutume pratiquée par les Rois dAngleterre, de tou-cher en certains tems de lannée ceux qui font affligezde ce mal, quon appelle en Anglois la maladie dttRoi.

Ce qui paroit avoir donné lieu de dire tout cela , estUn miracle de S. Edouard rapporté par Guillaume deMalmsberi Auteur du XII. siécle. Voici ses tenues.,, (f) Une jeune femme mariée à un homme du même âge quelle, navoit point denfans, & étoit affligée de certaines humeurs âu cou , qui y formoìent de grosses tumeurs. En songe elle reçut ordre daller pries,, le Roi de laver son mal, elle y alla. Le Roi ayant fait íès dévotions, trempa fës doigts dans de leâu , & en lava le cou de cette femme. II eut à peine ôté íà main , que la patiente sen trouva mieux ; la gale puante se dissolvant, il en sortit beaucoup de vers, & de matière purulente. Cependant lulcére ne se fermant pas aussitôt, elle demeura encore à la Cour » jusquà ce quelle fût entièrement guérie. Cela se fit en moins dune semaine. La playe se ferma , la peau reprit si bien sa première beauté, que les trâ- ces même du mal ne parurent plus , & au bout dun an cette femme accoucha de deux enfans

Le

anno 149;. Rom* ac Genuse strumis laborantes tetigerit & íàna-verit, 8c Francisais I. Bononige die décima quintâ Decembris an-no ij-if. praesente Pontifice , 8c postea captivus in Hispaniâ ipsa.idem virtuose egerit. Regem quoque Philippum Valesium 1400.hoc morbo laborantes curasse Galli Scriptores testantur. Thevet,Liv. if. de la Cosmographie universelle chap. r. p. 568. Sanè nuí-lum sanari, experientia réclamât, omnes sànari, ab illis metipsisrefellitur, qui secundâ vel tertiâ vice , ut iterum tangantur , re-deunt, 8c quandoque cum ipsomalo adfinem usque vitx luctantur.Crufius de Praeminentiâ. p. 44s .

(e) Hist. dAnglet. de M. Rapin Thoyras T. 1. p. 378. 2. E-dit.

(/) Adolescentula juxta parilitatem natalium virum habetís, íèdfructu conjugii caréns luxuriantibus circa collum humoribus, tur-pem valetudinem contraxerat, glandulis protuberantibus horrenda.Jussa somnio lavaturam régis exquirere , curiam mgreditur ; R e xipsc per se opus pietatis adimpìens digitis aquâ intinctis collumpertractat mulieris, medicam dextram lanitas restisla prosequitur ,lethalis crusta dislòlvitur, ita utvermibus cum sanie profluentibus,omnis ille noxius tumor recederet. Sed quia hiatus ulcerua feedus8c patulus erat , pra:cepit eam usque ad integram saiiitatem, eu-rialibus stipendiis siistentari ; verumtamen ante lèptimattam exac-tam , ita obductis'cicatricibus venusta cutis rediit, ut nihilprsete-rìti morbi discerneres ; post annum quoque geminam prolem enixaíànòlitatìs Edwardi miraculum auxit. Multoties eum in Normanniâhanc pestem sedasse ferunt. Ustde nostro tempore falsam iníumusttoperam, qui aíîèverant , ipfius morbi curationem non ex íàncti-tate, sed ex regalis prosapias hsereditate fluxilse. mllelm Unîmes *bur. Lib. 2. p. fi.

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