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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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io4 HISTOIRE

découvrirait la vérité par les armes, que le discerne-ment des mérites nest promis que pour lavenir , &que nul Chrétien ne doit prétendre que Dieu lui révé-lera les faits cachez , par de leau chaude , ou le ferchaud , bien moins encore par des combats auffi cruels ,que létoient les duels (a).

Quoique tout cela soit fondé fur lEcriture , fur laraison, & fur lautorité de S. Avite de Vienne, quA-gobard ne manque pas de citer, cet usage dura néan-moins encore longtems. Reginon linféra dans fa Dis-cipline Ecclésiastique , suivant le Capitulaire de nosRois, que nous avons rapporté plus haut : & les Sa-vans paraissant partagez fur ce point, il fe trouvoit despersonnes qui louoient & autorifoient ces abus. LesPrinces nosoient refuser lépreuve du duel, & il íalloìtque les Saints Anges soutinssent quelquefois les fidèles,qui se trouvoient obligez de combattre ; ainsi que plu-sieurs exemples de 1* Histoire , fort mémorables , nousRapprennent. Cette damnable coutume na enfin cesséquaprès les deffenses de l'Eglise fort souvent réitérées,& lorsquau lieu dy recourir , comme au jugement deDieu , on la vu dégénérer en une fureur diabolique,qui a fait prononcer une condamnation par le saint Con-cile de Trente (b).

CHAPITRE III.

j Histoire des épreuves du fer chaud , & dePeau bouillante , qui ont été en usage du-rant plufieurs stécles , pour connoitre lesfaits douteux , ou contestez. On en mar-que Porigine , le progrès & la stn , avecles disputes quelles ont excitées.

E N plusieurs endroits lépreuve dés duels, quonapelloit le jugement de Dieu , na cessé quen yituant celle du fer chaud , & de leau bouillante,quon nommoit aussi le jugement de Dieu. Rien deplus commun depuis le sixième siécle jusquau treiziè-me , que de voir prouver un fait, & se justifier duncrime par lépreuve du feu , d est venue cette ma-nière de parler assez usitée, j'en mettrois la main au feu.Les effets étonnans quon appercevoit dans ces épreu-ves, embarrassoient plusieurs personnes, les empêchoicntsouvent de décider , & ont donné lieu dans la fuite àplusieurs difficultez contre les principes qui doivent fai-re connoitre & rejetter les pratiques superstitieuses.Pour en pouvoir juger avec connoissance de cause, nousallons faire lhistoire de ces épreuves , depuis quellesfont en usage parmi les Chrétiens. Nous verrons lesprincipales expériences qui ont été faites, ce quen pen-soient les Savans, le tems auquel on a fait cesser cesépreuves ; & nous tâcherons de résoudre les difficultezque cette matière peut faire naitre.

Si lon en croit la Chronique Orientale , qui a étédonnee en Latin par Abraham Ecchellenfis , & impriméeau Louvre dans le Recueil de T Histoire Bizantine , ilfaut remonter jusquau second siécle pour y voir cessortes dépreuves. Car selon lAuteur de cette Chro-nique , (c) Demetrius, onzième Evêque dAlexandrie,qui donna la Prêtrise à Origene, voulant prouver quandon le fit Evêque , quoiqu fût marié depuis quarantehuit ans , quil avoit toujours vécu avec fa femmecomme avec fa sœur , fit mettre du feu dans les habitsde fa femme fans quils en sussent brûlez. Mais ce fait

(«) Non enim est in prssenti meritorum retributio , sed fafuturo. Non oportet mentem fidelem suspicari quòd omnipotensDeus occulta hotninum in prîesenti vitâ per aquam calidam , autferrum revelari velit. Quantò minus per çrudelia certamina ? Ibid.

pítg- I 10.

(b) Detestabîlis duellorum uíùs fabricante Diabolo introductus,Ut cruenta corpomm morte , animarum etiam perniciem lucretur,ex Christiano orbe pemtus exterminetur. Sess. d» Reform. cap.

io.

(c) De Patriarchis Alex. pag. iij.

CRITIQUE

nest pas rapporté par les anciens Auteurs.

La première épreuve autentique que je trouve parffliles Chrétiens, est rapportée par Grégoire de Tours,au Chapitre LXXVl. de la Gloire des Confejfeurs , toU'chant Saint Simplîce , Evêque dAutun. Ce Saint q utvivoit au quatrième siécle , avoit été fait Evêque étantmarié. femme qui étoit très chaste ne put se réseu'dre à qui ter son époux , quoiquEvêque. Elle couchatoujours dans la même chambre : le peuple en murwU-ra , & accusa le Saint duser du mariage. Mais lépo u 'sc entendant murmurer le peuple fur ce point le jourNoël , se fit apporter du feu, & le tenant dans ses ha-bits durant près d une heure , le mit ensuite dans 1^habits de lEvêque , en lui disant: Recevez, ce feu , f*ne vous brûlera point , afin quon voje que le feu de l*concupiscence n'agit pas plus fur mus , que ces chariotagijfent fur nos habits. Le peuple admira cette merveil-le, & peu de jours après plus de mille personnes deman-dèrent , & reçurent le -Baptême.

Au {d) commencement du cinquième siécle, SaintBrice , Evêque de Tours, successeur de Saint Martin»usa dune pareille épreuve pour se purger dun crim equon lui imputoit. Ce Saint Homme faussement ac-cusé dêtre le père dun enfant , dont on ne connoiísoftpoint la mère , à qui les domestiques du Saint faisoien 1 -laver les habits de lEvêché , se justifia devant le peu-ple par deux miracles : le premier en faisant parier l'en-fant qui navoit que trente jours, & lui faisant dire q ú£Brice nétoit pas son père : le second , en prenantcharbons ardens dans ses habits, & les portant ainsi simse brûler jusquau Tombeau de Saint Martin. Le peu-ple ne parut pas satisfait de ces épreuves. II les p<fpour des prestiges. Ce qui nous fait assez voir que l* e 'preuve du feu nétoit pas alors en usage parmi les Fran-çois Chrétiens , pour faire connoitre linnocence ;quon regardoit ces sortes dévénemens , ou coiní 152un miracle extraordinaire , ou comme un effet de hmagie. , ,

En Orient un'Evêque Orthodoxe ne pouvant ré-pondre aux subtilisez dun Evêque Arien fort exess cdans la Dialectique , crut devoir demander à Dieu unsemblable miracle , pour convaincre lArien. Théodo-re le Lecteur , Auteur du sixième siécle , dit (e) qlEvêque Orthodoxe offrit à lArien dentrer chacundans un feu , pour prouver de quel côté étoit la sa' nedoctrine , lArien refusa cette condition , & le Catho-lique se jettant avec foi dans le feu, disputa merveilleu-sement avec son Adversaire du milieu des flammes stn 5en être endommagé.

Peu de tems après un Solitaire qui demeurait fur un*colomne auprès de la Ville dHieraple , & qui étoi ctombé dans l'hérésie de Severe , rejettant le Concisde Calcédoine , eut la hardiesse de demander une sem-blable épreuve pour autoriser son erreur, (f) ComsSaint Ephrem , Patriarche dAntioche , homme tre5zélé & fervent dans la foi , étoit allé au pied de la c °"lomne pour conjurer ce Stilite de rentrer dans la Com-munion de la Sainte Eglise , ce Solitaire pensant éto 0ner le Saint Patriarche lui dit , que sil vouloir entt eavec lui dans un feu, on reconnoitroit pour Orth°^celui qui ne serait point endommagé, & que lautreroit obligé dembraffer la même croyance. (

Rien de plus sage & de plus pieux que la rép or îde Saint Ephrem : elle mérite bien dêtre inférée 1toute entière avec lhistoire du miracle quil °P e . s * Mon fils , répondit ce Saint Patriarche , vous dectM.

,, mobéir comme à votre père, fans vouloir quuo ^

racle vous y oblige. Mais quoiquétant , ainsi si : je le fuis, un pauvre pécheur, vous désiriez àe une chose qui est au dessus de mes forces , j al .

telle confiance en la miséricorde du Fils de

»

út

(d) Greg. Tur. Hist. Franc. Liv. II. ch. i.

(ô + LÌv. II. edit. Vales. pag. 566.

(f) Sophron. íeu Moíchu Prat. Spir. c. 36.

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