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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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Le Seigneur soit be-

les

DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c. ioj

que je ne refuse point de m’engager à cela pour pro- belle édition de (c) Grégoire de Tours, qu’il a donnéeCUrer votre salut Ensuite de ces paroles , il dit au public.

Ces merveilles furent peut-être aussi cause que lesFrançois Chrétiens ne surent pas surpris de trouver dansles Loix des Frisons , des Ripuariens , & des autresPeuples qui leur devinrent soumis , qu’on examìnoitpar ces épreuves les personnes accusées de crime. Dansune addition que les Rois Childebert & Clotaire firenten 593. à la Loi Salique , il est dit qu’un homme ac-cusé de vol , en sera jugé coupable » s’il se bnile à l’é-preuve du feu (d).

En 63 o. sous le Roi Dagobert, après la Préface quiprécédé les Loix des Allemans , des Bavarois , & desRipuariens , où il est dit qu’on réforme leurs Loix »autant qu’il est possible , fur celles du Christianisme jon reçoit cette Loi des Ripuariens , qui porte, que siquelqu’un est cité devant un Juge pour répondre de lafaute de Ion serviteur , il sera jugé coupable, lî la mainde son serviteur est endommagée par le feu (e).

La Loi z r. des Ripuariens mm. 5. veut encore qu’urïhomme qui seroit obligé de répondre pour une per-sonne qui auroit pris la fuite , prouve son innocencepar le feu (/).

Au huitième siécle les Lombards, dont les Loix a-voient été mises par écrit au septième , vaincus patCharlemagne répandirent de nouveau ces usages, ils de-vinrent fort communs à la fin du huitième siécle , &au commencement du neuvième. Charlemagne voulutqu’on y ajoutat foi, & il fit pour cela ce Capitulaireen 808. Ut omnes jttdicio Dei crcdant absque dubìta-tiotie.

Plusieurs motifs portèrent ce grand Empereur à re-cevoir ces u sages. Le premier, parcèque c’étoit unmoyen d’empêcher plusieurs crimes qui pouvoient êtredécouverts par ces épreuves, & qu’il étoit difficile d’ar-réter & d’intimider par d'autres voyes ces Nations bar-bares. Le second , que ces épreuves réussissant ordinai-rement , & ne servant qu’à faire punir les coupables,& à sauver les innocens, plusieurs croyoient que Dieudevoir fans doute s’en mêler, & qu’il faifoit dans laReligion Catholique , ce qui se faifoit auparavant parsuperstition chez les Ripuariens & les Lombards.

Louis le Débonnaire entra dans les mêmes sentimensun anneau &■ , 7 on convint qu’on y jet- que son Père ; car en l’an 819. il ordonna, pag. 598.

Catholique & l’Hérétique que le serviteur qui examiné par l’eâu bouillante se bru-

», curer _

en présence de tout le monde :

j, ni : Apportez du bois ”. Ce qui ayant été fait,st commanda qu’on allumas un grand feu devant la co-loni ne : puis (jif- au Solitaire : ,, Descendez donc main-», tenant , afssi q U e suivant votre désir nous entrions», ensemble dans le feu ”. Le Solitaire épouvanté deh constance du Patriarche , ne voulut jamais descendre,^ur quoi le Saint, après lui avoir reproché de n’oserExécuter une proposition qu’il avoir faite , prit sa tuni-c ) Ue » & en s’aprochant du feu, fit fa prière en ces ter-„ JRsu s-C h R 1 s t notre Seigneur & notre„ Dieu, quí avez daigné pour l’amour de nous vous» revêtir de notre chair dans le sein de Marie , votre" Sa inte Mère , & toujours Vierge , faites nous con-», noitre la vérité ”. Ayant achevé ces paroles, il jet-ta se tunique au milieu du feu , dont le bois étant toutconsumé , on la retira trois heures après fans que laviolence des flammes y eût donné la moindre atteinte.Ge Solitaire voyant un si grand miracle , & ne pouvantdouter de la vérité , prononça anathème contre laPjrsonne & l’hérésie de Severe ; & étant retourné danséglise Catholique ,

il reçut la Sainte Communion par

mains de ce bienheureux Patriarche, & rendit à Dieu^ gloire qui lui étoit due.

Grégoire (a de Tours apprit d’un témoin oculaire'st 1 Exemple assez semblable, qui confirma plusieurs Ca-* cliques dans la Foi. Un Orthodoxe ne pouvant con-vaincre un Hérétique par les plus fortes raisons , vou-k persuader par un miracle. II jetta son anneau dans!; ln grand brasier où il devint aussi rouge qu’un char-bon de feu , & se tournant vers l’Hérétique , lui dit :si votre, croyance est véritable , tirez, cet anneau, du feu.L Hérétique n’ofa faire Fessai, & le Catholique aprèssvoir fait se «prière à Dieu pour demander fa protection,la confirmation de se foi, prit Panneau dans le feu,

k garda longtems dans se main sens en être incom-modé.

Le même {b) Auteur rapporte une pareille disputen re un Prêtre Arien & un Diacre Catholique , oùon demanda encore une décision miraculeuse. On al-

.-c wk-uic une aecihon >

luma du feu dans une place publiqlìr de l’eau dans une chaudièreTeroit un anneau , & que 1(qui disputoient, enfonceroie

dié:

ue , & faisant bouil-

_nt le bras nud dans la chau-dière d’eau bouillante , pour y chercher Panneau dansk fond. Après quelques contestations, pour savoir quik premier devoit faire l’expérience , un Diacre de Ra-Venne , Catholique zélé , voyant que P Arien insultoitCatholique , à cause que par timidité il avoir froték bras d'huile & d’onguenr, plongea lui-même son brasdans Peau bouillante , & y chercha durant prés d unekeure Panneau qu’il en retira enfin fans se brulèr. L A-r kn crut qti’il pourroit faire la même chose , il enfon-ça son bras dans la chaudière, & fur se champ toutes sesc hairs furent consumées jusqu’aux os.

Ce que fit le Diacre de Ravenne , semble montrerque ces epreuves n’étoient pas inconnues en Italie. 11Y a d autres exemples de cette nature dans Grégoire deFours ; & ces expériences qui avoient souvent réussi ,Pour prouver la vraye foi , donnèrent sans doute lieuue croire qu’on pourroit ainsi éprouver les Reliques.Plusieurs Catholiques craignant que les Ariens qui se^Jverussoi ent ne fi {sent passer les Reliques de quelqueshérétiques p our des vrayes Reliques de Saints , de-jian erent qu'on les éprouvât par se feu. Le Concise? e Sawgoffe tenu en °

iero j - - y nu. en 592. ordonna , que les Reliques

les q J” st! éprouvées, & qu’on n’honoreroìt que cel-

acc oril C * eu auro st respectées. Cette cérémonie étoitUn plusieurs prières , qui se trouvent dans

le Reyg ^Lnusent de Saint Rémi de Reims , & querend Père Ruinart a fait imprimer à la fin de la

(#) Gréer f

W Idem de ri àe G]or - Conf - c - *4-Mart. lib. I. c. 81.

leroit, seroit mis à mort (g).

Agobard , Archevêque de Lyon ne regarda pas cesépreuves comme quelque chose d’indifférent. U sescrut injurieuses à Dieu & à la Religion , & il composeun Traité intitulé : ( h) Contra damnabilem opinionetuputantium divìni judicii veritatem , igné , vel aejuis , velconfliElu armorum patefieri. U se recrie d abord contre1 e nom de jugement de Dieu , qu’on a osé donner à cesépreuves , comme si Dieu ses avoir ordonnées , ou s’ildevoir servir à nos volor.tez , pour nous révéler tòutce qu’il nous plaie de savoir. Ou est-ce , dit-il , queDieu a conseillé ou ordonné ces pratiques (i) ? En secondlieu : c’est une grande témérité de vouloir pénétrerdans lès secrets jugemens de Dieu, PEcriture (k.) nous

di-

se) Col. 1 366.

(d) Si homo ingenuus in furto incuìpatus , ad améum proyo-

catus manum incenderit, quantum inculpatur furtum còmporiat.Capit. Tom. I. pag. if. .

(e) Si servus in ignem manum miíèrit, & laetam tulerit , Do-minus ejus, sicut lex continet, de furto servi culpabilis judicetur.Capit. Tom . I. pag. 34..

(/) Qnéd si in Provinciâ Ripuariâ juratores invéstire non po~tuerit, ad ignem, feu ad sortem se exciísare studeat.

(^) Si proprius servus hoc commiserit, judicio aquse ferventsexaminetur utrùm hoc sponte an se défendendo fecisset, 8c si ma-nus ejus exusta fuerít, interficiatur.

(h) Agobard. Opéra pag. 301. ex edit. Baluz. Tom. I.

(i) Mitte unum de tuis qui congrediatur inecum singulari cer-tamine , Sc probet me reum tibi eíîè , si occiderit. Aut certe ijubé ferrum , vel aquas calefieri , quas manibus inlsesus attrectem.Aut*. constitue cruces s ad quas flans immobilisperícvcrem.

fag. zoL.

^ ps. 35.

Fff