DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c. 107
âtìfqueis elles ont donné íieù, jusqu’à ce qu’on aye con-damné généralement ces usages, & que les Evêques sesoient ap!iq Uez à les faire cesser par tour,
(-) f'épreuve de l'eau chaude k faisoit simplementen plongeant le bras dans une chaudière bouillante, poury prendre un anneau , un clou, ou une pierre qu’on yhsspendoit. II y avoir des causes pour lesquelles On en-ronçoit la main jusqu’au poignet, B’autres jusqu’au cou-, & dans les Formules de saint Dunstan , il est mê-J^ e dit qu’on enfonçoit quelquefois 1a pierre juíqu’à la«auteur d’une aune. Lés Roturiers fuioient l’expérien-j- e par eux-mêmes, & les personnes qualifiées pouvoient. soire faire par d’autres. Ceux qui se bruloient croientjugez coupables, & ceux qui étoient préservez, décla-rez innocens.
L’épreuve du fer chaud, qu’on appelloit le jugementdu feu, f e faisoit en diverses manières.. Quelquefois onprenoit à la main un fer rouge, ou plusieurs successive-ment qu’on portoit à quelque petite distance. Le fer de-'’ 01t être ordinairement semblable à un soc de charrue,** S apelloit pour ce sujet borner.
La seconde maniéré étoit de marcher sur ces fers rou-£ es > ayant les pieds & les jambes nues jusqu’au genouil.On préparoit quelquefois six de ces fers, tantôt neuf,
■ tantôt douze, selon la grandeur du crime imputé.
3 * On se servok auísi d’une espèce de gand de fermuge, qui alloit jusqu’au coude, comme on le voit dans^ ax on (b) le Grammairien.
A mesure que ces épreuves devinrent plus fréquentes,les accompagna de beaucoup de cérémonies. Au ch-rême & onzième siécles il y avoir des Abbayes quitegardoient comme un droit singulier celui qu’elles s’at-tribuoient de bénir le feu , & de conserver les fers &les chaudières destinées à ces usages ; aneum & c Maria.On ne faisoit alors ces expériences qu’après la Messe, &avec des Bénédictions & des Exorcismes qu’on voitdans les Formules de Marculfè , (c) & de saint Dunstan*iui vivoit au dixième siécle.
Le Concile de Tibur en 89). avoitpermis ces épreu-X e * ® ux Laïques en quelques occasions ; & le Péniten-ciel Romain du dixième siécle veut qu’un serviteur ac-cuse d’avoir tué un Prêtre, se justifie en marchant surdouze sers (d).
,W 0 £J OÌtapreS " te m s às exemples fort mémorables
des épreuves par le feu. Telle est celle d’une Dame, dont
le Man, qui etoit un Comte de la Cour avoit eu la têtecoupée, comme ayant attenté à l’honneur de I’Impéra-trice femms d O thon III. Rien n’étoit plus faux quecc prétendu crime. Toute la faute étoit du côté de l’Im-Pyratrice, qui ne pouvant souffrir d’avoir en vain solli-ce Comte, le fit condamner à la mort. La veuveP’olée porta la tête de son mariai'Empereur, 8 c prouvaJ soustice de cette punition par l'épreuve du fer ardent,t Empereur fut touché d’avoir cru si légèrement sonEpouse; & l’Impératrice, qui étoit fille du Roi d’A-cagon , reconnue coupable devant toute la Cour, fut™ e conte vive. Baronius après plusieurs anciens Au-eurs, écrit au long cet exemple l’an 096., & 8pondean 990. âpres Crantzius. Ilraporte aussi en 10Z4. ce-1 e lainte Cunegande Femme de l’Empereur saintpi . nri ’ ss UI faussement accusée d’adultére , se justifiafinement en prenant entre ses mains des fers ardens1 facilement qu’un bouquet de fleurs.
avec n J 0<s 3. un Disciple de saint Jean Galbert prêchantalors b r aUcou P de zélé contre la simonie, qui regnoitm ■’ soutint que Pierre Evêque de Florence étoit si-8 r and f Ue * ^ offrit de le prouver en entrant dans unP°ur r^'rr^ ^ entra en effet nuds pieds, & y retournadu bras Ra er ^ on mouchoir qui étoit tombé au milieulei > fans que le feu fît jamais la moindre impres-
Peudatuj^ 11 fervente accipiat homo lapidem qui per funem íùs-tCna unius® ílin P'â probatione per mensuram palma; in tripla au-
heim vomeres ardentes se expurges, c.
sion fur lui, ni fur ses habits. Ce Religieux devenu cé-lèbre sous le nom de Pierre du Feu, Petrm Igneus , futfait Evêque & Cardinal d’Albâno > & mis ensuite aunombre des Saints. E'Evêque simoniaque fut déposé,& mena une vie fort pénitente. Ce sait est raporté parles Auteurs contemporains, citez dans Baronius , & autroisième tome (e) de l’Italie Sacrée par Ughelli.
Dans le tome cinquième du beau Recueil des Ecri-vains d'Italie par M. Muratori, on trouve dans uneHistoire de Milan dont Landolphe le jeune est fauteur,un semblable sait touchant Grosukn Archevêque de Mi-lan. En 1103. le Prêtre Luitprand oncle de Landolphe,accusa publiquement ce Prélat de simonie ; & passa im-punément au travers des flammes pour vérifier le crimequ’il lui imputoit. Lésait est rapporté au 9. 10. & 1 r.chapitres ; & les circonstances ont quelque chose de sin-gulier. Luitprand s’étoit lui-même offert à soutenir sonaccusation par la preuve du feu : cependant la confiancequ’il avoit dans l’équité de fa cause n’étoit pas si iné-branlable , qu’il ne craignît k mort , & qu’en cas demalheur il ne crût devoir user de précaution , dresserson testament, & marquer jufqu’au lieu où il desiroitqu’on l’inhumat. Cela fàit, fa résolution alla jusqu’àprendre sur lui les frais du bûcher. L’argent lui man-quoit , il mit en gage une peau de loup cervier, quiétoit vraisemblablement une espèce d’aumusse. Mais lesamis de l’Archevêque n’étoient pas si vifs pour en venirà l’exécution. Lui même tâcha de rompre le coup parquelques pourparlers, qui ne donnèrent que plusd’écktà k fermeté de Luitprand. (f) Alors voyant les malé-dictions du peuple fe multiplier contre lui par ses délais,lui & les siens s’aviférent d’étendre & de charger ì un'tel point les deux piles de bois, qui étoient disposées enlong avec un passage fort étroit, qu’il ne seroit pas pos-sible d'échapper à la violence du feu. Luitprand nudspieds & revêtu de ses habits Sacerdotaux, affronta d’unbout à l’autre cette affreuse carrière. Les tourbillons déflammes, au rapport de Landolphe, fe coupoient devantlui, & fe répandoient au midi & au nord, comme si ducentre de l’embrasement il se fût élevé deux vents con-traires qui les y eussent poussez. On le reçut avec accla-mation au sortir du bûcher, où ses habits de lin & de
soys
(e) De Archiep. Florent, p. 9f.
(/) Tune Groíùlani, 8c Reipublic* Ministrî quercina ligna, adHammam , & ad calorem aptiffitna , triginta folidis deflàriorumemerunt ; qu* in campo ante atrium Eccîeli* sancti Ambrolìi induabus congeriebus reîpicientibus fe composuerunt longitudoquaruna decem cubitorum fuit altitudo & latitudo major staturâ ho-minis cubitorum quatuor. Via verò inter ipsas congeries unius cu-biti 8c semis. His itaque dispositis, 8c quibuídam lignis in viâ in-terpoíitis, in quarta teriâ Presbiter indutus cilicio , camiíio atquecaíulà , more Sacerdotis, ab Ecclesiâ sancti Paulí tìíque ad Eccie-íìam sanctorum Martyrum Protasii 8c Gervasii, 8c beatiffimi Am-broíìi , nudis pedibus ’crucem portavit. Super quorum sanctorumaltare , cseteris facerdotibus deficientibus, ipfe íìbi missam canta-vit, 8c missâ cantatâ Grosulanus quoque gerendo crucem ean-dem Eccleliam intravit.... Et illico apprehendit cappam Grosulani,ipsamque quaílâvit, dicens : iste Grosulanus qui eit sub istâ cappâ,èc non de alio dico, est; Simoniacus de Archiepiscopatu Medìolaniper munus à manu, per munus à linguâ, per munus ab obsequio.Et cùm illis videbatur sufficere addidit ; Et ego ad fiduciam male-ficii , aut incantationis , vel carminis, non intro hoc judicium,fie me Deus adjuvet, 8c ista sancta Evangelia in isto sancto judi-cio. Facto hoc sacramento Grosulanus concorditer equum alcen*dit, 8c ad Ecclefiam sancti Joannis , qu* dicitur ad Concham,venit. Arialdus verò de Meregnano inquirens , 8c expectans pleni-tudinem ignis presbyterum tenuit, 8c tenendo manum íùam 1*-fam procul ab ipíb calore ignis íèníit. Et tamen ad presbyteruminquit: Presbiter Liprande vide mortem tuam in igné, converteread Dominum meum Archiepiscopum, habita securitate vit* tu* -,Alioquin vade, 8c arde te cum Dei maledictione. Et presbyter adillum : Satana rétro vade. Illo retrocedentc , presbyter prostratus àterra íevavit, 8c signo crucis sibi apposito, ingens flamma ignis irtmeridiem, & septemtrionem se divisit, 8c viaapparuitquàm pres-byter intravit, transiens per ipsos carbones ignis , ceu arenam cal-caret, sensit & dum per ipsam viam transibat flamma post ipíùmcoibat, 8c ut ipfe mihi dixit, 8c bene intellexi , donec in viâ hu-jus ignis fuit, hanc orationem Deo protulit, dicens , Deus ni no-mme tuo salvum me sic, 8c in vittute tuâ libéra me; Deus inno-mine tuo íàlvum me sac. Et dum tertio proferret hoc verbum sac,fe extra ignem vidit, nec in fe, nec in fuis sacerdotalibus vestibuslineis ac fericis, quibus erat indutus, sive in cilicio tefíonem ul-lam fensit. Lcmdvlpbi Junioris Hist. Medioten. cap. x. p- 4-Sa, Tom,
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