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-qua des personnes mettent en doute s’il y eut là dusurnaturel , ou si ce n’étoit pas une pure imposture.Mais c’est un point fur lequel il ne doit y avoir niquestion ni doute. Ceux qui disputent, n’ont pas faitattention à ce qui en est dit dans l’Ecclésiastique ; carce Livre sacré nous apprend distinctement que Samuelétant mort sit savoir au Roi ce qui lui arriverait.(a) 11 dormit ensuite dans le tombeau , il parla au Roi ,& lui prédit la fin de fa vie ; & sortant de la terre , ilhaussa fa voix pour prophétiser la ruine que l’impiété dupeuple avoit méritée. Voilà Samuel qui prophétise aprèsfa mort , & Dieu qui fait parmi les superstitions abo-minables de la Pythonisse , ce que tout l’art diaboliquen’auroit pu opérer.
Ce fut encore une superstition bien marquée , que ladivination à laquelle Nabuchodonozor , Roi de Baby-lone eut recours, pour savoir s’il devoir attaquer Am-mon ou Jérusalem. Mais c’est une superstition queDieu prédit , & qu'il sit réussir. Ì 1 avertit le Prophè-te qu’il veut punir les péchez de Jérusalem. Me voicisitr toi , dit-il , je tirerai l’épée du fourreau pour en sa-per tous les habitans (b). Le Roi de Babylone consul-tera les Sorts fur la guerre qu’il doit entreprendre. Ladivination efl déterminée fur Jérusalem , afin qu’il fe ré-solve a tout perdre , qu il applique le bélier aux portes , &qu’il dresse des machines pour ruiner la Fille (c). H sem-blera qu'il a consulté l’Oracle en vain , n avançant pasplus par fes travaux , que les Juifs dans l'oisiveté desSabats. Mais Dieu fe souviendra des péchez, du Peuple §pour le faire prendre (d). Rien ne montre mieux queDieu agit dans les superstitions les plus sensibles , qu’ilpréside aux Sorts , & que la puissance qu’il laisse auDémon pour séduire les peuples, est modérée commeil lui plaît.
II ne fàut donc pas être surpris, si Dieu par le mi-nistère des Saints Anges, a quelquefois agi dans les é-preuves du feu , qui ont duré quelques siécles. Maiscomme il n’étoit pas facile de discerner ce qui venoitde Dieu , d’avec ce qui venoit du Démon , & qued’ailleurs c’est tenter Dieu que d’exiger qu’il fasse àtout moment des miracles, il faut toujours conclureque l’ufage commun de toutes ces épreuves étoit super»stitieux.
TROISIE’ME DIFFICULTE’.
D ’Où vient qùe l'Eglise a souffert si longtemsces épreuves, & que des Conciles les ont au-torisées ?
^REPONSE.
I.
J E répons premièrement que ces usages n’ont, été ad-mis que dans quelques Eglises particulières. Si l’E-glise ne les a pas fait cesser d’abord , c’est qu’elle nepeut pas ôter tous les maux qu’elle connoit. Elle gé-mira toujours de voir les peuples courir après des amu-íèmens & des folies', dont elle ne peut les détromperqu’après bien du tems & des discours : & quelquefoisles abus qu’elle n’empêche pas , deviennent utiles enquelque sens. Jamais tant d’épreuves ^ superstitieusesqu’au dixième & onzième siécles. Car outre cellesque nous avons exposées comme les plus communes,
(») Et post hoc dormivit : 8c notum fecit Régi > 8c ostenditffli finem vit* su* , 8c exaltavit vocem suam de terri in prophé-tie delere impietatem gentis. Eccle. 46. 23.
(b) H*c dicit Dominus Deus : Ecce ego ad te, 8c ejiciam gla-dium meum de vaginâ suâ , 8c occidam in te justum 8c inipium.Ezech. XXI. 3.
(r) Ad dexteram ejus facta efl- divinatio super Jérusalem , utponat arietes , ut aperiat os in casde , ut elevet vocem in uiulatu',ut ponat arietes contra portas , ut comportet aggerem , ut xdiû-cet munitiones. v. 22.
(d) Eritque quasi consiilens frustra Oraculum in oculis eorum,& Sabbatorum otium imitant ; ipíè autem recordabitur iniquitatisad capiendum. V- rz.
CRITIQUE
& qui embarrassoient davantage les Savans, il y en avoitplusieurs autres moins usitées, comme celles du mor-ceau judiciel, & du tournoyement du pain , pour les-quelles des Ecclésiastiques simples & ignorans introdui-sirent des Formules. On faisoit manger un morceaude fromage , ou de pain d’orge, à un homme soupçon-né de vol, & l’on prétendent que ce morceau ne pou-voir être avalé par le voleur. D’où est venue cette im-précation assez commune parmi le peuple , que ce mor-ceau puise m’étrangler. Quelquefois on faisoit seule-ment l’épreuve du tournoyement du pain. Alors ondemandoit que si l’homme en question étoit coupable»le pain se tournât en rond , & qu’il demeurât immobi-le, s’il n’étoit pas coupable (e). Nous verrons les épreu-ves de la Croix & des Baguettes condamnées avec ré-prouve du pain , fortes de pane & ligno , dont il salutencore renouvelle! la défense au troisième Concile deLatran. Mais toutes ces épreuves même les plus com-munes , & véritablement superstitieuses, ne furent p#inutiles durant ces siécles, où l’on n’étoit pas fort in-struit. Elles intimidoient plusieurs personnes, & le*empêchoient de faire du mal. Elles faisoient aussi con*noitre à d’autres qu’il y a dans le monde autre choseque de la matière , puisque tous ces effets ne peuventêtre produits par les Corps ; qu’il y a des Esprits qu*agissent fur ces Corps , & qui doivent nous faire tenirfur nos gardes ; qu’il y en a des bons qui protègent le*justes, mais qu’il y en a de séducteurs qui tâchent detromper tous les hommes. Et cette vérité n’est pas depeu de conséquence.
IL
r Je répons en second lieu , qu’on ne peut pas diteproprement que les Conciles ayent autorisé ces épreu-ves. Il est vrai que le Concile de Saragosse en 591*voulut qu’on discernât par le feu les Reliques véritable*d’avec les fausses, que les Ariens avoient confondues»Mais cette épreuve n’étoit pas alors commune parm*les Chrétiens. Et comme il n’étoit pas possible de dis-cerner naturellement toutes ces Reliques , les Evêque*d’Espagne crurent pouvoir demander à Dieu un mira-cle semblable à ceux que des personnes pieuses avoien £■déja opérez. 11 n’en fut pas de même lorsque ces fpreuves devinrent vulgaires. Je fais qu’alors des parti-culiers firent par le feu l’épreuve de quelques Reliques»Guibert dè Nogent rapporte que fes compatriotes dou-tant qu’un bras qu’on leur avoit apporté comme uu eRelique du bienheureux Amoul Martyr, fût vérita-blement de ce Saint , le jettérent dans le feu , d’où dfauta soudainement (f). On voit de pareilles épreuve*dans l’Appendice des Pièces ajoutées aux oeuvres de Gré-goire de Tours, & dans le troisième Tome du trés oídes Anecdotes du P. (g) Martene. En 1022. Léo 11Marsicanus dit qu’au Mont-Cassin on éprouva parfeu un linge , qu’on disoit avoir servi à Jes« s 'Christ lorsqu’il essuya les pieds de fes Apôtres»& que le linge ne s’étant pas brillé, ils crurentc'étoit effectivement le linge que J e s u s-C h R 1 s1 "prit lorsqu’il voulut laver les pieds aux Apôtres :pracinxit fe. Mais c’étoient-là des particuliers dont &pensées ni la pratique ne tiraient pas à conséquence. :n’en est pas de même des Papes & des Conciles ; 1 0,I Jqu’il les autorisassent, ils les condamnèrent fort ^° a 'vent. Nous avons cité les défenses de plusieursfur la sin du Chapitre III , avec les paroles duSilvestre II. qui condamna si expressément les épr eU j,
(e) Si Veritas est quòd culpabilis sit dé hac re undè reustur , tornet íè panis iste in gyro , 8c si Veritas- non est > 1,0tornet panis.
(f) Brachium B. Arnulphi Martyris in oppido , undè era j,riundus , habebatur; quod à quodam locis iliis illatum
danos reddidiflët ambiguos, ad probationem ignibus est > n Ì eí ,íèd exindè saltu subitò est ereptum. Guibert de Novig- de tpag. 524 .
(g) Sxc, VI. Bencd. Tom, I. pag. ior.
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