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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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x , 4 HISTOIRE

-qua des personnes mettent en doute sil y eut dusurnaturel , ou si ce nétoit pas une pure imposture.Mais cest un point fur lequel il ne doit y avoir niquestion ni doute. Ceux qui disputent, nont pas faitattention à ce qui en est dit dans lEcclésiastique ; carce Livre sacré nous apprend distinctement que Samuelétant mort sit savoir au Roi ce qui lui arriverait.(a) 11 dormit ensuite dans le tombeau , il parla au Roi ,& lui prédit la fin de fa vie ; & sortant de la terre , ilhaussa fa voix pour prophétiser la ruine que limpiété dupeuple avoit méritée. Voilà Samuel qui prophétise aprèsfa mort , & Dieu qui fait parmi les superstitions abo-minables de la Pythonisse , ce que tout lart diaboliquenauroit pu opérer.

Ce fut encore une superstition bien marquée , que ladivination à laquelle Nabuchodonozor , Roi de Baby-lone eut recours, pour savoir sil devoir attaquer Am-mon ou Jérusalem. Mais cest une superstition queDieu prédit , & qu'il sit réussir. Ì 1 avertit le Prophè-te quil veut punir les péchez de Jérusalem. Me voicisitr toi , dit-il , je tirerai lépée du fourreau pour en sa-per tous les habitans (b). Le Roi de Babylone consul-tera les Sorts fur la guerre quil doit entreprendre. Ladivination efl déterminée fur Jérusalem , afin quil fe ré-solve a tout perdre , qu il applique le bélier aux portes , &quil dresse des machines pour ruiner la Fille (c). H sem-blera qu'il a consulté lOracle en vain , n avançant pasplus par fes travaux , que les Juifs dans l'oisiveté desSabats. Mais Dieu fe souviendra des péchez, du Peuple §pour le faire prendre (d). Rien ne montre mieux queDieu agit dans les superstitions les plus sensibles , quilpréside aux Sorts , & que la puissance quil laisse auDémon pour séduire les peuples, est modérée commeil lui plaît.

II ne fàut donc pas être surpris, si Dieu par le mi-nistère des Saints Anges, a quelquefois agi dans les é-preuves du feu , qui ont duré quelques siécles. Maiscomme il nétoit pas facile de discerner ce qui venoitde Dieu , davec ce qui venoit du Démon , & quedailleurs cest tenter Dieu que dexiger quil fasse àtout moment des miracles, il faut toujours conclureque lufage commun de toutes ces épreuves étoit super»stitieux.

TROISIEME DIFFICULTE.

D vient qùe l'Eglise a souffert si longtemsces épreuves, & que des Conciles les ont au-torisées ?

^REPONSE.

I.

J E répons premièrement que ces usages nont, été ad-mis que dans quelques Eglises particulières. Si lE-glise ne les a pas fait cesser dabord , cest quelle nepeut pas ôter tous les maux quelle connoit. Elle gé-mira toujours de voir les peuples courir après des amu-íèmens & des folies', dont elle ne peut les détromperquaprès bien du tems & des discours : & quelquefoisles abus quelle nempêche pas , deviennent utiles enquelque sens. Jamais tant dépreuves ^ superstitieusesquau dixième & onzième siécles. Car outre cellesque nous avons exposées comme les plus communes,

(») Et post hoc dormivit : 8c notum fecit Régi > 8c ostenditffli finem vit* su* , 8c exaltavit vocem suam de terri in prophé-tie delere impietatem gentis. Eccle. 46. 23.

(b) H*c dicit Dominus Deus : Ecce ego ad te, 8c ejiciam gla-dium meum de vaginâ suâ , 8c occidam in te justum 8c inipium.Ezech. XXI. 3.

(r) Ad dexteram ejus facta efl- divinatio super Jérusalem , utponat arietes , ut aperiat os in casde , ut elevet vocem in uiulatu',ut ponat arietes contra portas , ut comportet aggerem , ut xdiû-cet munitiones. v. 22.

(d) Eritque quasi consiilens frustra Oraculum in oculis eorum,& Sabbatorum otium imitant ; ipíè autem recordabitur iniquitatisad capiendum. V- rz.

CRITIQUE

& qui embarrassoient davantage les Savans, il y en avoitplusieurs autres moins usitées, comme celles du mor-ceau judiciel, & du tournoyement du pain , pour les-quelles des Ecclésiastiques simples & ignorans introdui-sirent des Formules. On faisoit manger un morceaude fromage , ou de pain dorge, à un homme soupçon- de vol, & lon prétendent que ce morceau ne pou-voir être avalé par le voleur. D est venue cette im-précation assez commune parmi le peuple , que ce mor-ceau puise métrangler. Quelquefois on faisoit seule-ment lépreuve du tournoyement du pain. Alors ondemandoit que si lhomme en question étoit coupable»le pain se tournât en rond , & quil demeurât immobi-le, sil nétoit pas coupable (e). Nous verrons les épreu-ves de la Croix & des Baguettes condamnées avec ré-prouve du pain , fortes de pane & ligno , dont il salutencore renouvelle! la défense au troisième Concile deLatran. Mais toutes ces épreuves même les plus com-munes , & véritablement superstitieuses, ne furent p#inutiles durant ces siécles, lon nétoit pas fort in-struit. Elles intimidoient plusieurs personnes, & le*empêchoient de faire du mal. Elles faisoient aussi con*noitre à dautres quil y a dans le monde autre choseque de la matière , puisque tous ces effets ne peuventêtre produits par les Corps ; quil y a des Esprits qu*agissent fur ces Corps , & qui doivent nous faire tenirfur nos gardes ; quil y en a des bons qui protègent le*justes, mais quil y en a de séducteurs qui tâchent detromper tous les hommes. Et cette vérité nest pas depeu de conséquence.

IL

r Je répons en second lieu , quon ne peut pas diteproprement que les Conciles ayent autorisé ces épreu-ves. Il est vrai que le Concile de Saragosse en 591*voulut quon discernât par le feu les Reliques véritable*davec les fausses, que les Ariens avoient confondues»Mais cette épreuve nétoit pas alors commune parm*les Chrétiens. Et comme il nétoit pas possible de dis-cerner naturellement toutes ces Reliques , les Evêque*dEspagne crurent pouvoir demander à Dieu un mira-cle semblable à ceux que des personnes pieuses avoien £déja opérez. 11 nen fut pas de même lorsque ces fpreuves devinrent vulgaires. Je fais qualors des parti-culiers firent par le feu lépreuve de quelques Reliques»Guibert Nogent rapporte que fes compatriotes dou-tant quun bras quon leur avoit apporté comme uu eRelique du bienheureux Amoul Martyr, fût vérita-blement de ce Saint , le jettérent dans le feu , d dfauta soudainement (f). On voit de pareilles épreuve*dans lAppendice des Pièces ajoutées aux oeuvres de Gré-goire de Tours, & dans le troisième Tome du trésdes Anecdotes du P. (g) Martene. En 1022. Léo 11Marsicanus dit quau Mont-Cassin on éprouva parfeu un linge , quon disoit avoir servi à Jes« s 'Christ lorsquil essuya les pieds de fes Apôtres»& que le linge ne sétant pas brillé, ils crurentc'étoit effectivement le linge que J e s u s-C h R 1 s1 "prit lorsquil voulut laver les pieds aux Apôtres :pracinxit fe. Mais cétoient- des particuliers dont &pensées ni la pratique ne tiraient pas à conséquence. :nen est pas de même des Papes & des Conciles ; 1 0,I Jquil les autorisassent, ils les condamnèrent fort ^° a 'vent. Nous avons cité les défenses de plusieursfur la sin du Chapitre III , avec les paroles duSilvestre II. qui condamna si expressément les épr eU j,

(e) Si Veritas est quòd culpabilis sit hac re undè reustur , tornet íè panis iste in gyro , 8c si Veritas- non est > 1,0tornet panis.

(f) Brachium B. Arnulphi Martyris in oppido , undè era j,riundus , habebatur; quod à quodam locis iliis illatum

danos reddidiflët ambiguos, ad probationem ignibus est > n Ì ,íèd exindè saltu subitò est ereptum. Guibert de Novig- de tpag. 524 .

(g) Sxc, VI. Bencd. Tom, I. pag. ior.

v,