DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES* &c. 5
Tans en font des preuves démonstratives. Je ne dis rien jet présent, aux hommes les plus sages, les plus Chré-à gibier, dont un excellent chien reconnoit les voyes, tiens , & les plus Philosophes ; & p ue doute pas quelongtems après qu il a passé dans un chemin , ou traver-sé une rivière. Ce qui frit'parfaitement à mon sujet,aussi bien que tout ce qu’on connoit de l’Aiman parrapport à la terre & au set.
toutes ces véritez ne doit-on pas conclure que je* e Oppose pas fans prison les petits corpuscules, que j'airait entrer dans lé dénombrement de mon Analyse, lors-ssuej’-b essayé de découvrir la cause qui meut , & agite° u le sang, ou les esprits animaux de notre Villageois ,
^ c -• Ce que je devois déterminer.
Ce moteur une fois admis , il me reste encore à ré-pondre à la seconde objection, qui veut que quand mê-me ces corpuscules existeroient , on ne pût pas conce-v , 0Ir qu’ils dussent résister au courant d’une rivière, à1 a g«ation d’une mer orageuse , au déplacement conti-nuel de la superficie de la terre par les grands vents, auxdiverses colomnes de Pair, & à mille autres causes exté-n éuves, propres à écarter ces corpuscules de la route,
° u aura passé un meurtrier ou un voleur.
Je conviens que cette seconde objection est très vive ,
V e que beaucoup de personnes la croiront fans répliqué,pourroit-on pas néanmoins y répondre de la maniéré
•uivante ?
. Ea faine Philosophie nous apprend que la grandeur &
; a petitesse, la dureté & la molesse, &c. ne font pas desetre s absolus, & qu’un corps n’est dit grand, dur, &c.
^Ue par rapport à un autre corps moins grand & moinsdur que lui. La nature de la matière & fa divisibilitéfont des principes , d'où cette vérité fuit naturelle-ment.
. Cette vérité admise, il est sûr que nous pouvons tou-jours imaginer dans le monde que nous habitons, desc orps beaucoup plus petits & beaucoup plus durs , quef°us ceux qui tombent naturellement fous nos sens ; la^ture de la matière comme divisible n’y répugnant pas.
^ e tte conséquence est si vraye , que la découverte desf ) Microscopes , l’a démontrée sensiblement de, nosJours. De-là j e CO nclus, par raport à notre sujet, que1 e puis imaginer les petits corpuscules dont il s’agit , fiPetits, q U e malgré l'agi ration de Pair, soit fur la terre,
,°it sor la mer, les interstices de ce même air seront tou-Jours si grands , par rapport à ces petits corpuscules ,qu ils n en recevront aucune atteinte , & que par consé-quent ils ne pourront pas être déplacez par ce moyen ,
I e veux dire par P Air , de quelque maniéré qu’ilsQl fnt agitez. Ils le pourront d’autant moins , que jePuis auíïi les imaginer si durs, par rapport à leurs gran-que la dernière (m) Molécule de P Air fera tropc ° L a leur égard , pour pouvoir les ébranler , & par^féquent les déplacer.
Ce q ue j e à de P Air, j’ai aussi raison de le dire det q t£ s le S autres causes de déplacement qu’on me pour-q 0lt .proposer; néanmoins comme ces petits corpuscules,ê ‘ tr 0l que très durs & propres à résister à P Air, peuventCo? EU quelque manière détrempez & radoucis par lestf e n 11 ctl les de Peau , fur une rivière & fur la mer , ilagì t £p as m al aisé de comprendre que ce Paysan est moinsUr l’eau que fur la terre.
cteso rai f°nnement paroitra d'abord fort abstrait : jej lede Ce ° Ute fois très convaincant , si l’on se ressouvient^ 0lïlt nes Ue î a * dé Ì a à , lorsque j’ai supposé que lesVent reL' ^nguliérement lorsqu’ils raisonnent, se doi-Liirs s e re justice sur P organisation , ou structure del °Utes T ' stui ne leur ont pas été donnez pour sentirBueil. ^ véritez , & par conséquent suffire à leur or-c Vit ave aia simplement pour conserver P union de leurLisse sais C ,, r corps durant un certain tems limité. Jee application de cette pensée, eu égard au su-
(!) ^
Petites, §[ C0 P e ' Verre ou lunette qui fait que les choses tresl, Pr ° pres P ar conséquent à échaper à nos yeux , sont
ÎS* & les Pitiés intégrantes de Pair, lignifient la
‘ Cs sont fâit , on appelle parties intégrantes > celles dont lesmédiatement.
mon raisonnement ne soit pour eux assez concluant, &assez précis, pour. résoudre cette seconde objection.
Ne soyons donc pas surpris de la durée des traces ,que laisse un assassin fur la terre , fur une rivière , &même fur une mer orageuse ; & disons encore que dansles tempêtes, Pair ne change point de place, par rapportà la superficie de Peau avec laquelle il est toujours pa-rallèle (k) , comme avec la superficie de la terre la plusunie & la moins mobile. De sorte qu’à mesure que lesflots de la mer s’abaissent & s’élévent , les colomnes dePair s’abaissent & s’élévent suivant ces mêmes flots.
La cause matérielle & naturelle , que je devois décou-vrir pour m’aílurer de 1a vérité de mon Analyse sur lesujet proposé, étant connue & démontrée; pour en fai-re voir toute la vraisemblance, & rendre complette mon( 0 ) Hypothèse , il me reste à éclaircir & à déterminerle milieu par où les petits corpuscules, en quoi elle con-siste , parviennent jusqu’au sang, & jufqu’aux espritsanimaux, pour y exciter tous les mouvemens d’où dé-pendent les inquiétudes , 1a fièvre , les sueurs, les en-vies de vomir , & singulièrement le mouvement de laBaguette. II me reste aussi à faire voir pourquoi decertains hommes ont le don de découvrir les meurtriers,les voleurs, les eaux , &c. & que les autres ne Pont pas.Après quoi je ferai une application de toutes les véritez,que j'aurai découvertes sor ce sujet, à quelques circon-stances particulières contenues dans l’exposition du fait.
Pour le faire avec ordre , & d’une maniéré convain-cante & sensible , je me servirai toujours de P Analyse.
Celle de la première question est très simple, puisquece qui lui est particulier , la comprend tout entière :c’est-à-dire , que de petits corpuscules répandus fur laterre & dans les interstices de Pair qui nous environnepeuvent pénétrer notre sang ou nos esprits animaux , &jles agiter de maniéré qu’ils causent des inquiétudes, desenvies de vomir, une élévation dans le poulx, &c. Ilsne peuvent les pénétrer qu’en passant au travers de quel-ques vuides, ou pores du corps, qui se trouvera entrele sang & les esprits animaux, & ces mêmes corpuscu-les ; puisque Pair (p) ambiant, ni la terre ne touche im-médiatement que|s^) l’Epiderme , ou la surpeau & lapeau. Je ne connois donc point d’autre milieu que ksurpeau , & k peau : je sais que P une & Pautre fonttrès poreuses, par conséquent cette communication sedoit faire par les pores de ce même milieu.
On me dira peut-être qu’il est vrai que ce milieu esttrès poreux , que k preuve en est sensible dans la (r)transpiration ; mais que ces pores sont disposez du de-dans au dehors , d’une façon propre à donner issue auxvapeurs qui font 1a matière de la transpiration, mais norípas du dehors en dedans, ce qui doit empecher 1a pé-nétration des corps extérieurs, telle, par exemple , quecelle dont il s’agit. A cela je répons que, si les va-peurs servent de preuve à k disposition des pores du de-dans au dehors , l’effet des remèdes topiques ou exter-nes démontre sensiblement k disposition de certains po-res du dehors en dedans ; puisque par le moyen de cer-tains
(n) Parallèle. Les Géomètres se servent de ce mot, pour si-gnifier l’égale distance que deux lignes ou deux plans ont l’un al’égard de l’autre . en sorte qu’ils ne Rapprochent pas plus en unendroit qu’en un autre.
(o) Hypothèse , est un mot Grec qui signifie supposition. C’estce qu’on établit pour le fondement de quelque vérité , & qui sertà la faire entendre , soit que la chose qu’on suppose soit vraye,certaine 8c connue, soit qu’elle soit seulement employée pour ex-pliquer la vérité à laquelle elle se rapporte.
(p) Air ambiant. C’est l’air qui nous touche, ou enveloppeimmédiatement, dans lequel nous nageons en quelque maniéré.
(q) Epiderme. Terme de Médecine qui sc dit d’une petitepeau, ou cuticule presque insensible, qui est par dessus le cuir, oula vraye peau. _
(r) Transpiration. Ce mot se ait entre Médecins, pour signifiesla sertie insensible, ou preíque inienhble, qui se fait de quelques 'petites matières séparées du íàng dans les glandes de la peau parles pores de notre corps. II signifie aussi faction par laquelle lanature attire l’air en dedans du corps par ces pores.
S