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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c. s

nest. pas sensible , & quil sera très content,, si on peutlui faire concevoir nettement ce qui peut être conçu.

Avant que dentrer plus avant en matière , je vousprierai , MONSIEUR, de remarquer ,, ou plutôtde vous souvenir, que nos sens ne nous font point don-nez pour connoitre leffence des choses, à peine nous ser-vent-ils pour en connoitre infailliblement lexistence, &ils nous trompent souvent, du moins dans les circons-tances des choses, de lexistence desquelles ils nous assu-rent. Cela est si vrai que nous sommes tous les joursobligez à croire que les choses ne font pas telles, quenous les voyons. Nous croyons , par exemple, quunbâton entier que nous venons de plonger dans leau , estentier, bien quil nous, paroisse rompu ; que lextrêmitédune longue allée tirée au cordeau est aussi large que soncommencement, bien questé semble plus étroite quandnous la regardons d'un bout à lautre ; quune statue

du fait qritls savent déja, ri auront quk lirela let-tre ' cmx qui ignorent le fait. , H- qui ne se metttent pas' f tine de L'explication , pouront trouver ce quils cher -ent , Jans avoir la peine de lire la lettre , & ceux qui vou-ntte t an & lautre , le liront avec moins dembar -r .f s dans la lettre & dans Lhistoire du fait , séparéesUue de Vautre.

Une raison de bienséance ma encore obligé à en userLhifioire du fait ayant été écrite par Monseurde la Garde , f ai cru quil ne métoit pas permisj, m enrichir du bien. autrui, & que je pouvois au plusJ^tprunter , dans le dessein de rendre publiquement kauteur t & son ouvrage, & toute la jujhce quil mérite,f 0Mr l'avoir écrit avec beaucoup de fidélité & de justesse.

^ O N S I E U R)

\T OUS me témoignâtes, il y a quelques jours',r V que vous souhaiteriez dentendre expliquer Phy-vflUement les talens extraordinaires de Jaques Aymar ,* comment fa Baguette peut naturellement produire en-ses mainstous les effets surprenans quon lui attri-, Ue - Vous eutes même la bonté dajouter que vousdouteriez volontiers mes sentimens fur ce sujet. J ai^ 1S , MONSIEUR, votre désir pour une loi ,P^ceque cen fera toujours une pour moi de vous obéir? de vous plaire , & bien que je naye point assez deMinières pour exécuter un dessein si difficile, j'ai cruSUe je devois au moins faire mes efforts pour y réus-,lr , craignant que mon silence ne vous parût encoremauvais que tout ce que je men vais vous dire./'espère même que cet ouvrage, tout imparfait quilç st» pourra contribuer à éclaircir la vérité; car si jen,Puis faire entrevoir lombre , que ne doit-on point ef-Hrer dun génie plus élevé ; & ne ferez-vous pas,ONSIE U R, le premier à croire quil faut bien^ le Diable ne se mêle pas de cette affaire, si je fuisCa pable d*y comprendre quelque chose. ?

. Ceft m Eet ma pensée quil ay a rien que de très, Ure l dans tout ce quon publie de cet homme, rienqu on ne puisse raisonnablement expliquer par les prin-cipes de la Physique » fans être obligé de recourir àss causés surnaturelles, telks que sont le miracle ouorti.ege, nimeme aux constellations,ni aux étoiles, nileur prétendu pouvoir, non plus quâ leurs préten-dues influences, ni aux Pactes implicites. v

Moq dessein nest pas dentrer dans le détail de l'ex-Phcation de tous les talens qua Jacques Aymar, vousave *, MONSIEUR, quil en a plusieurs. IIput avec fa Baguette suivre à la piste les meurtriers &jj v °leurs, il peut reconnoitre les bornes transplantées,c fut trouver les sources , les mines, lor & largentac nez. Il faudroit se résoudre à faire un sort gros li-J e ' plutôt quune lettre , pour examiner de près touss r a!ens particuliers avec toutes leurs circonstances. Jeq f ^tacho-ai donc uniquement, MONSIEUR,1 à vous expliquer physiquement le talent qua Jaques1 ÊS . ar de suivre les meurtriers à la piste,' avec toutesdilp'^ousiances énoncées dans l'histoire du fait. Je meletisj e à toucher à lexplication de tous les autres ta-Cipts i Cet ^ omme j dautant plus volontiers que les prin-íìrnpj ^s raisons dont je prétens de me servir étant fortPuisf e S / il ny aura point desprit médiocre qui nenlageQi^jséttient faire lapplication à tout ce que ce Vil-U de plus surprenant & de plus merveilleux.

M o \} e ^uvient que je pris la liberté de vous dire ,de m . 1 E U R , le soir que vous me sites lhonneuríioin^rl 11 P ar ' er , que lon pouvoit expliquer ces Phé-dau tres S au flì physiquement quon en explique beaucoupPo U(W ceux de lAyman , par exemple , ceux de late Uis e sympathie, ceux de la fermentation du vin au6 J a vigne est en fleur, & quelques autres,donner 0n en vienne, je pense que cest assez pourje présu^!' e ^ ue satisfaction à des gens raisonnables ; car<ÌUÌ déffie 6 ^"'>1 ny a point dhomme de bon sens,c Pour se rendre , quon lui fasse voir ce qui

posée dans un lieu élevé , est bien plus grosse quellene nous paroit. Un esprit touché de lamour de la vé-rité ne saffiigera pas donc beaucoup en la cherchant ,sil ne peut parvenir à rendre ses conjectures sensibles,pourvû quil puisse trouver quelque idée claire & dis-tincte à laquelle il ne puisse refuser son consentementsens répugnance, & fans sexposer à un reproche secret deconscience , qui lui dit quil résiste à la vérité connue.

La solidité de toutes les Hypothèses de Physique(fans lesquelles il est impossible de philosopher) roulesur ces maximes, & la plus juste de toutes les Hypo-thèses ne subsisterait pas longtems, si un Physicien étoitobligé à faire tomber fous les sens les principes quilsuppose. Il suffit quil puisse les faire comprendre pardes conséquences tirées du raisonnement & des expé-riences , & on lui demande seulement que lHypothèsesoit liée aux premiers principes, & quelle en soit dé-duite naturellement, quelle. soit commode pour expli-quer tous les Phénomènes, ou du moins une très grandepartie, & quelle ne répugne ni à la raison , ni aux ex-

Î ériences. Cest ainsi quon ne trouve pas étrange que>escartes nait pas fait voir les écroues quil supose.dans les pores du fer & de layman, & les, petites vis,quil íupofe dans la matière Magnétique , pour expli-quer les effets de layman à la faveur de la pression delair. Comme la figure en vis & en écroues est une fi-gure possible , & que rien nempêche que cela, ne soit jcomme par cette Hypothèse on explique probablementtous les effets de layman , & comme cette Hypothèsene répugne ni aux premiers principes de la Méchanique,ni aux expériences, elle trouve beaucoup de partisans,bien quelle ne soit pas démontrée. Lon peut de rnêíme par une Hypothèse liée aux premiers principes, ex-pliquer très méchaniquement les talens de Jaques Ay-mar, pourvû quon jouisse des privilèges quon doit ac-corder à tous les faiseurs dHypothèses.

Sur quoi avant que dentrer dans le détail de cette af-faire , il vous plaira, MONSIEUR , de remarquerencore que l'Hypothèse peut être fausse , & le raisonne-ment ne laisse pas que dêtre bon. Dans lHypothèse »par exemple , de Descartes qui explique laitnan par lesvis & par les écroues, il sc peut faire que lHypothèsesera précisément fausse , & que le raisonnement qui ex-plique le fait par la proportion de la figure des corpuscu-les magnétiques avec les pores du fer & ceqx de lay-man , fera fort concluant , parceque le raisonnement at-tribue cela à la figure & au mouvement des parties de lamatière magnétique , C & cela est tres vrai ) & 1 Hypo-thèse décide que cette figure consiste précisément auxvis & aux écroues. ( ce qui peut être très faux,) la fi-gure des corpuscules de la matière magnétique , & despores de layman & du fer » étant peut-être très diffé-rente de celle des vis & des écroues ; mais il suffit quece soit quelque figure qui y contribue, pour que le rai-sonnement ne soit pas faux.

Ainsi dans le fait donc il sagit , quand Qn viendraità se tromper dans la détermination de la figure des cor-puscules émanez du corps du meurtrier, & dans la ma-niéré d'impression quiìs font fur le corps de Jaques

C Aymar,