DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES, &c. s
n’est. pas sensible , & qu’il sera très content,, si on peutlui faire concevoir nettement ce qui peut être conçu.
Avant que d’entrer plus avant en matière , je vousprierai , MONSIEUR, de remarquer ,, ou plutôtde vous souvenir, que nos sens ne nous font point don-nez pour connoitre l’effence des choses, à peine nous ser-vent-ils pour en connoitre infailliblement l’existence, &ils nous trompent souvent, du moins dans les circons-tances des choses, de l’existence desquelles ils nous assu-rent. Cela est si vrai que nous sommes tous les joursobligez à croire que les choses ne font pas telles, quenous les voyons. Nous croyons , par exemple, qu’unbâton entier que nous venons de plonger dans l’eau , estentier, bien qu’il nous, paroisse rompu ; que l’extrêmitéd’une longue allée tirée au cordeau est aussi large que soncommencement, bien qu’esté semble plus étroite quandnous la regardons d'un bout à l’autre ; qu’une statue
du fait qritls savent déja, ri auront qu’k lirela let-tre ' cmx qui ignorent le fait. , H- qui ne se metttent pas' f tine de L'explication , pouront trouver ce qu’ils cher -ent , Jans avoir la peine de lire la lettre , & ceux qui vou-nt “te t an & l’autre , le liront avec moins d’embar -r .f s ’ dans la lettre & dans L’histoire du fait , séparéesUue de Vautre.
Une raison de bienséance m’a encore obligé à en userL’hifioire du fait ayant été écrite par Monseurde la Garde , f ai cru qu’il ne métoit pas permisj, m enrichir du bien. dé autrui, & que je pouvois au plusJ^tprunter , dans le dessein de rendre publiquement k■auteur t & son ouvrage, & toute la jujhce qu’il mérite,f 0Mr l'avoir écrit avec beaucoup de fidélité & de justesse.
^ O N S I E U R)
\T OUS me témoignâtes, il y a quelques jours',r V que vous souhaiteriez d’entendre expliquer Phy-vflUement les talens extraordinaires de Jaques Aymar ,* comment fa Baguette peut naturellement produire en-ses mainstous les effets surprenans qu’on lui attri-, Ue - Vous eutes même la bonté d’ajouter que vousdouteriez volontiers mes sentimens fur ce sujet. J ai^ 1S , MONSIEUR, votre désir pour une loi ,P^ceque c’en fera toujours une pour moi de vous obéir? de vous plaire , & bien que je n’aye point assez deMinières pour exécuter un dessein si difficile, j'ai cruSUe je devois au moins faire mes efforts pour y réus-,lr , craignant que mon silence ne vous parût encoremauvais que tout ce que je m’en vais vous dire./'espère même que cet ouvrage, tout imparfait qu’ilç st» pourra contribuer à éclaircir la vérité; car si j’en,Puis faire entrevoir l’ombre , que ne doit-on point ef-Hrer d’un génie plus élevé ; & ne ferez-vous pas,“ONSIE U R, le premier à croire qu’il faut bien^ le Diable ne se mêle pas de cette affaire, si je fuisCa pable d*y comprendre quelque chose. ?
. C’eft m Eet ma pensée qu’il a’y a rien que de très, Ure l dans tout ce qu’on publie de cet homme, rienqu on ne puisse raisonnablement expliquer par les prin-cipes de la Physique » fans être obligé de recourir àss causés surnaturelles, telks que sont le miracle ouorti.ege, nimeme aux constellations,ni aux étoiles, nileur prétendu pouvoir, non plus qu’â leurs préten-dues influences, ni aux Pactes implicites. v
Moq dessein n’est pas d’entrer dans le détail de l'ex-Phcation de tous les talens qu’a Jacques Aymar, vousave *, MONSIEUR, qu’il en a plusieurs. IIput avec fa Baguette suivre à la piste les meurtriers &jj v °leurs, il peut reconnoitre les bornes transplantées’,c fut trouver les sources , les mines, l’or & l’argentac nez. Il faudroit se résoudre à faire un sort gros li-J e ' plutôt qu’une lettre , pour examiner de près touss r a!ens particuliers avec toutes leurs circonstances. Jeq f ^tacho-ai donc uniquement, MONSIEUR,1 à vous expliquer physiquement le talent qu’a Jaques1 ÊS . ar de suivre les meurtriers à la piste,' avec toutesdilp'^ousiances énoncées dans l'histoire du fait. Je meletisj e à toucher à l’explication de tous les autres ta-Cipts i Cet ^ omme j d’autant plus volontiers que les prin-íìrnpj ^s raisons dont je prétens de me servir étant fortPuisf e S / il n’y aura point d’esprit médiocre qui n’enlageQi^jséttient faire l’application à tout ce que ce Vil-U de plus surprenant & de plus merveilleux.
M o \} e ^uvient que je pris la liberté de vous dire ,de m . 1 E U R , le soir que vous me sites l’honneuríioin^rl 11 P ar ' er , que l’on pouvoit expliquer ces Phé-d’au tres S au flì physiquement qu’on en explique beaucoupPo U(W ceux de l’Ayman , par exemple , ceux de late Uis e sympathie, ceux de la fermentation du vin au6 J a vigne est en fleur, & quelques autres,donner 0n en vienne là, je pense que c’est assez pourje présu^!' e ^ ue satisfaction à des gens raisonnables ; car<ÌUÌ déffie 6 ^"'>1 n’y a point d’homme de bon sens,c Pour se rendre , qu’on lui fasse voir ce qui
posée dans un lieu élevé , est bien plus grosse qu’ellene nous paroit. Un esprit touché de l’amour de la vé-rité ne s’affiigera pas donc beaucoup en la cherchant ,s’il ne peut parvenir à rendre ses conjectures sensibles,pourvû qu’il puisse trouver quelque idée claire & dis-tincte à laquelle il ne puisse refuser son consentementsens répugnance, & fans s’exposer à un reproche secret de sâconscience , qui lui dit qu’il résiste à la vérité connue.
La solidité de toutes les Hypothèses de Physique(fans lesquelles il est impossible de philosopher) roulesur ces maximes, & la plus juste de toutes les Hypo-thèses ne subsisterait pas longtems, si un Physicien étoitobligé à faire tomber fous les sens les principes qu’ilsuppose. Il suffit qu’il puisse les faire comprendre pardes conséquences tirées du raisonnement & des expé-riences , & on lui demande seulement que l’Hypothèsesoit liée aux premiers principes, & qu’elle en soit dé-duite naturellement, qu’elle. soit commode pour expli-quer tous les Phénomènes, ou du moins une très grandepartie, & qu’elle ne répugne ni à la raison , ni aux ex-
Î ériences. C’est ainsi qu’on ne trouve pas étrange que>escartes n’ait pas fait voir les écroues qu’il supose.dans les pores du fer & de l’ayman, & les, petites vis,qu’il íupofe dans la matière Magnétique , pour expli-quer les effets de l’ayman à la faveur de la pression del’air. Comme la figure en vis & en écroues est une fi-gure possible , & que rien n’empêche que cela, ne soit jcomme par cette Hypothèse on explique probablementtous les effets de l’ayman , & comme cette Hypothèsene répugne ni aux premiers principes de la Méchanique,ni aux expériences, elle trouve beaucoup de partisans,bien qu’elle ne soit pas démontrée. L’on peut de rnêíme par une Hypothèse liée aux premiers principes, ex-pliquer très méchaniquement les talens de Jaques Ay-mar, pourvû qu’on jouisse des privilèges qu’on doit ac-corder à tous les faiseurs d’Hypothèses.
Sur quoi avant que d’entrer dans le détail de cette af-faire , il vous plaira, MONSIEUR , de remarquerencore que l'Hypothèse peut être fausse , & le raisonne-ment ne laisse pas que d’être bon. Dans l’Hypothèse »par exemple , de Descartes qui explique l’aitnan par lesvis & par les écroues, il sc peut faire que l’Hypothèsesera précisément fausse , & que le raisonnement qui ex-plique le fait par la proportion de la figure des corpuscu-les magnétiques avec les pores du fer & ceqx de l’ay-man , fera fort concluant , parceque le raisonnement at-tribue cela à la figure & au mouvement des parties de lamatière magnétique , C & cela est tres vrai ) & 1 Hypo-thèse décide que cette figure consiste précisément auxvis & aux écroues. ( ce qui peut être très faux,) la fi-gure des corpuscules de la matière magnétique , & despores de l’ayman & du fer » étant peut-être très diffé-rente de celle des vis & des écroues ; mais il suffit quece soit quelque figure qui y contribue, pour que le rai-sonnement ne soit pas faux.
Ainsi dans le fait donc il s’agit , quand Qn viendraità se tromper dans la détermination de la figure des cor-puscules émanez du corps du meurtrier, & dans la ma-niéré d'impression qu’iìs font fur le corps de Jaques
C Aymar,