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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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1 8 HISTOIRE

te , il faut en Avertir le public , fi interdire a jamais unusage , qui fous prétexte ds quelque bien donneroit lieu ades fripons d'accuser des gens d'honneur , V" deviendroitbientôt une source de médisances , de calomnies, fi de di-vifion dans les familles , dans les villes , fi fur-tout dansles petits lieux.

Que fi la Baguette tourne fans art fi fans fraude entreles mains de quelques personnes , on doit encore examiner ficela fait par Pacíian dun bon ott d'm méchant principe.Laisser le peuple dans le doute , c'efi le lai fier exposé à pé-cher. Condamner k cause du doute , cefi mettre au ha-sard dôter aux hommes un avantage quon ne fituroit assezpriser, sd vernit de Dieu. Efl-il rien en effet de plus esti-mable , que de pouvoir auffi aisément assigner k chacun cequi lui appartient , terminer les procès , fi empêcher lescrimes qui pourroient être découverts par le seul mouvementd'un bâton ? Ce feroit Ik (c) la verge déquité, qui ap-partient au Royaume de J e s u s-C h r i s t > ou (d) cebois de bénédiction qui produit la justice.

Mais fi fur ces belles apparences on approuvoit l'ufagede la Baguette, Q- qu'elles ne fusent néanmoins qu'un voi-le fous lequel le tentateur feroit caché ; ne feroit-ce pasfaire accepter des dons qui ne pourroient être que des pièges?Tout le monde en efi fans doute convaincu , fi la difficulténs peut confifier qu'k discerner fi le Démon a quelque parta l'ufage dont il s'agit.

Bien des gens croyent que c'eff cet efirit séducteur quifait tourner la Baguette ; fi ce n efi pas feulement-depuisla découverte des meurtriers fi des bornes qu on a formece soupçon. Lors même que la Baguette ne saisit trouverque des métaux , on s'en défiait , on en disputait ; fi AgG-cola (e) savant Allemand , témoin de ces disputes , aprèsavoir pesé les raisons des deux partis , en examina lufageavec foin , le déclara superstitieux , fi soutint hautementfin sentiment dans le traité des métaux quil fit imprimeril y a plus de deux fiécles. On ne laissa pas toutefois dêtreencore partagé. Comme Agricola insistait beaucoup fur lesparoles que plusieurs personnes prononçaient de son tems, ceuxqui réuffiffoient fans paroles , le prirent pour un bsn hommequi croyois a la sorcellerie, lorsquil voyoit joindre k certai-nes pratiques quelqu'un de ces mots mystérieux , qui ne fontfiuvent inventez, que pour faire valoir un fient dans Vespritdes simples , ou pour avoir lieu de rire aux dépens de ceuxa qui on fait déveloper de grands principes de Demonoma-nie , pour expliquer des sujets qui font tout-k-faitnaturels.

Si le plus grand nombre n'a pas été du sentiment dAgri-cola, des Auteurs de réputation fi de mérite y font entrez.Ils ont trouvé fa décision bien fondée , fi fie font contentezen traitant la question , de transcrire ce quil en avait dit.Voilà le doute qui subsiste depuis longtems. Voyons com-ment on pourra le refeudre.

Jl me semble que ce qui met en peine la p'upart des per-sonnes , lorsqu il faût décider fi un effet surprenant efi oun est pas naturel , c'efi que la nature ne nous est pas déve-lopée , fi que fiuvent elle fuit des vojes qu on ne peut fanstémérité fi promettre de pénétrer, XJne infinité de mer-veilles que les Naturalistes rapportent , plufteurs secretsque lon croie semblables k celui qui est mis en question :tout cela fi présente a lejprit , on est ébloui , on n'ose pro-noncer , ou bien fi l'on décide , c'efi quelquefois par desprincipes qui peuvent fort bien saccommoder avec le faux.

Pour remédier k cet inconvénient , il faudroit , ce sem-ble, établir des principes qui fissent voir de quelle maniérés'exécutent les loix générales des communications des mou-vemens. Il faudroit observer, avec foin ce qui fi rencontre devrai efi de singulier dans tous ces effets surprenant , danstoutes ces prétendues merveilles , dans tous ces secrets quonvante tant. II faudroit les tirer d,'me certaine obscuritéou toutes choses paroijfent semblables. Il faudroit éclaircirles doutes, réfiudre les difficultez , montrer aux uns quebien des chofis qu'ils croyent vrayet font de pures fables,prouver aux autres que. leurs principes mènent a l'erreur ,

te) Virga xquitatis, virga regni tui. vf. 44.

(d) Bencdictum lignumyer quod fit justifia. Sap. 14.

(e) Georg-. de re metallica . I. 2.

CRI T I Q_U E

convaincre ceux-ci de prévention. Mais que cette voye estlongue ! Quil est k craindre quon ne révolte les esprits , udlieu de les persuader , fi quil narrive du moins corntntdans ces disputes académiques , ou après quon a bien coît *testé de part fi dautre , chacun demeure dans fin fient tment !

fie voudrais donc quon pût fi dispenser de toucher AUXprincipes daucun parti , efi qi ie par les ' feules circonstance squi accompagnent les pratiques extraordinaires , on tâchâtde découvrir fi Ieffet efi produit par une cause qui ag' 1toujours de la mime manière , ou fi des circonstances pure'ment morales ne la font point varier. Car on peut jugespar-lk , fans beaucoup philosopher, fi leffet efi natures Asil ne lefl pas.

Peut-être trouvera-t-on de la difficulté k examiner ainscertaines pratiques qui n osent fi montrer , efi qui ne fidconnues que de très peu de perfimes. Mais rien n efi pl í,saisé que de faire cet examen a ! égard de la Baguette. %l'le tourne entre les mains de plufteurs perfinnes , efi lon Afait rien qui ne puisse être examiné de bien près.

Il faudroit donc observer plufteurs faits dans des circott -stances différentes, en faire une histoire , efi comparer tot* !ces faits les uns aux autres, auffi bien que les circonstance 1qui les accompagnent , pour juger fi tout y est physique , Afi ce n est point quelque moralité qui détermine la Baguettea tourner. Mais cette histoire doit être faite fur des fait trapportez par des personnes qui ne fi laissent pas éblouit1fi qui ont ajfèz de bonne foi pour dire tout , fi ne rictdéguiser.

Ce feroit , par exemple , sexposer k être trompé que

fi

croire quelque chose fiun la parole des perfinnes qui ont eu ^hardiesse de faire mettre dans le Mercure de Févriei1693. que les secrets d'Aymar avoìent parfaitement réufstk Paris , fi que chez Monsieur le Prince il avoit décoU'vert lor fi largent cachez j au lieu quon devoit dire qstles prétendus secrets avoient presque toujours manqué. Ost*Chantilly la Baguette navoit tourné a Aymar en aucun e* 0droit de la terrasse fous laquelle la rivière coule. Ost*,dans un autre jardin de Monsieur le Prince on avoit cachede lor , de l'argent , des cailloux fi du cuivre en quatr*endroits différens,.fi quen présence de S. A. S. la Bagud'.te navoit tourné que fur les cailloux.

Ce font-lk des faits fi remarquables fi fi connus , q* 0 *ne devroit ni les taire , ni les déguiser. On doit encottbien moins obmettre le fait suivant.

Le .... du mois . k dix heures du soir 0>t

méne Aymar dans la rue Saint Denis , fur lendroit mètA l feu de tems auparavant un Archer du Guet avoit d 1tue. Comme on lavoit percé de quinze ou seize coUfjdépée, il y avoit répandu tout fin sang ; fi cela donrsAlieu de croire que cet endroit étoit fort propre pour f stimpression fur Aymar. Armé de fia Baguette , on le f#*passer plufteurs fois fur le même endroit , mais la B aga A 1est immobile , fi fin sang nest point agité.

famais fait ne fut ni plus authentique , ni moins fstjstk être contesté. Leurs Altesses AI. le Prince fi MPrince de Conti étoìent préfens , accompagnez de MProcureur du Roi , fie.

Après ces faits fi plusieurs autres de cette nature , st *m'étonne pas fi on trouve étrange que lAuteur de la Pst",fi que occulte naît pas laissé de dire dans fia ?refa ct ''Enfin cet homme si fameux Jacques Aymar est venu »Paris le 21. de Janvier 1693. par Tordre dun g r3t1 ,Prince. Je Pai vu deux ou trois heures par jour p reS tque un mois durant , & on peut croire que dansce tems- je Pai tourné & retourné comme je devs 1 'II est certain que la Baguette devinatoire lui tourne Atre les mains fur les eaux , fur les métaux , & ^ ustraces des voleurs & des meurtriers fugitifs. <

Peut-etre a-t-on ajouté fugitifs , pour avoir liett j qpondre que fi la Baguette n'avoit pas tourné fur l ^ ' P Archer avoit été tué , cefi que les meurtr ,

le

meurtriers ct0 ^

en prison, fi qu ainfi ils n étoient pas fugitifs cornue .de Lyon. Mais la circonstance d'un meurtrier qui ^

ou qui est arrêté , peut-elle changer quelque chose st,

qui doit sexhaler du sang répandu ? Si P Auteur t a