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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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I

3 0 HISTOIRE

Réflexions critiques fur ['hypothèse de Monsieur Chauvin.

C Omme les corps sont susceptibles de toutes sortesde figures & de dispositions , celui qui fait unehypothèse a droit den supposer de telle maniéré qu ilveut , mais il faut qu il prenne garde d il fera sortirces corpuscules.

I. Monsieur Chauvin veut composer une traînée decorpuscules fort durs. Je voudrois donc les faire sortirdun autre endroit que du corps dun homme. Quenpenfez-vous, Monsieur? Ce qui sort de notre corps parla transpiration , est-il si dur ? Ne sont ce point les par-ties les plus faciles à mouvoir , & les plus flexibles quisévaporent ?

II. On suppose ces petits corps plus petits que lespores de lair , & en même teins si gros quils peuventdonner entrée par leurs pores à une grande quantité departicules deau ; car on veut quils puissent être dé-trempez & ramolis par ces vapeurs de leau , ce qui nese peut faire sans que ces petites parties deau les péné-trent de tous cotez. Cette suposition na-t-elle rienqui vous fasse de la peine ? Quoi quil en soit, souve-nez-vous en , sil vous plaie , Monsieur, car elle esttoute propre à prouver que les corpuscules peuvent êtreaisément déplacez.

3 Qu e U tramée des corpuscules émanez, du corps des meur-triers f doit être dijsipée par les vents & les tempêtes.

I. TExpérience apprend à tout le monde que ce qui| j sexhale des corps , est emporté par les vents.Portez un bouquet de fleurs le long dun chemin quunvent un peu fort traverse ; ceux qui sont hors du che-min au dessous du vent en sentent l'odeur , ceux quisont au dessus ne la sentent presque pas , & ceux quipassent dans le chemin quelque tems après ne sentent-rien du tout. Nest-ce pas pareeque ce qui sétoit ex-halé , a été emporté par le vent ? Et nen est-il pas demême de tout ce que les hommes & les animaux trans-pirent ? _

Il nest personne qui nait éprouvé que les vents seressentent des lieux d ils viennent, quils sont chaudssils ont passé fur une terre échauffée , humides quandils ont passé fur des lieux aqueux , & que selon ce quise trouve sur leur chemin, ils sont sains ou contagieux,puans ou de bonne odeur , pareequils entraînent avecàix les vapeurs & les exhalaisons répandues dans lair.Cela est général pour toutes sortes de corpuscules , ceuxqui sexhalent du corps des hommes ne sont pas excep-tez ; & si communément pour purifier une chambreun homme a été enfermé plusieurs jours , on ouvre laporte & les fenêtres à un grand vent , cest quon faitbien que sil ne détache pas ce qui sest colé au plan-cher , aux murailles & aux meubles de la chambre, ilenlèvera du moins ce qui est répandu dans lair.

Est-il donc raisonnable de supposer quau milieu delair, sur une rivière, dans un endroit il ny a rienqui donne priso, ce qui sexhale du corps dun homme,sy arrêtera & y demeurera inébranlable , malgré les

vents, les tempêtes & les orages?

Quon ne dise pas que cette matière exhalée par lesmeurtriers pourroit être dune certaine figure qui lem-pêcheroit dêtre agitée par aucun autre corps ; car com-me les grands vents entraînent de petits corps de toutesorte de grosseur & de figure , vapeurs , exhalaisons,sels , fable, poussière , &c. il ne se peut faire que tousces corps emportez par les vents ne rencontrent cetteprétendue matière qui compose la traînée, & sils la ren-contrent ils lentraineront infailliblement. Car pour nepas lentraîner, st faudroit quils sussent tous, ou si pe-tits quils pussent passer librement au travers des pores dela matière meurtrière , fans la toucher en aucun endroit,& quils vinssent si exactement dans le milieu des pores,quils ne la heurtassent daucun côté ; ou quils fussentli gros, quils eussent des pores si grands, si droits, Sc

CRITIQUE

quils les présentassent si justement à la matière mftrtrìfyre , que lorsquils passeroient, elle se rencontrât précisé-ment au milieu de louverture sans recevoir aucune se-cousse. Mais sonc-ce- des suppositions à faire ? Nefaut-il pas dire au contraire que les vapeurs, les exhalai-sons , & tous ces corps divers que les vents entraînent »heurteront indifféremment de tous cotez contre cetteprétendue matière meurtrière , & lentraineront.

II. Monsieur Chauvin suppose que ces petits corpssont détrempez & ramolis par les vapeurs de leau ; doflCil ne reste aucun lieu de douter quils ne doivent êtreenlevez par les vents.

En voici la preuve. Les vapeurs de leau ne peuve ntdétremper & ramolir les petits f corps fans entrer dan*leurs pores, & les pénétrer de tous cotez ; don c ces pe-tits corps sont beaucoup plus gros que les parties d'e^qui montent en vapeur , puisquils peuvent en recevsdans eux-mêmes un fort grand nombre ; & par une sc l£înécessaire ils doivent donner plus de prise aux vents #â tous les corps entraînez par les vents , que ne íeroso^les vapeurs : or les vents enlèvent les vapeurs, & c'e> £ce qui les rend humides : donc à plus forte raison ^heurteront & enlèveront les corps qui renferment ces va-peurs.

Il est donc absurde de supposer le long dun chein* 11une traînée de corpuscules, qui ne peut être dissipéeles vents ni par les tempêtes.

Nouvelle hypothèse (iv) proposée après celle de Monfl'(&Chauvin dans le Journal des Savans, (x) pour montNque les vents ne peuvent enlever les petits corps que &meurtriers ont répandus partout ou ils ont pajjé.

T) Ien que cette explication (de Monsieur ChaUtiié) jj soit fort probable, néanmoins parcequelle ne ve pas toutes les dissicultez, jen proposerai uneaut^ tirée de la nature même des vents, surtout de cfiS vents changeans qui soufflent dordinaire hors des t sct 'piques. Car il faut observer que ces vents dépendesdes fermentations particulières qui se font en diveSendroits de la terre. Cest pourquoi supposant qune notable fermentation vînt à se faire en quelque en-droit , il est évident que lair & la matière subtile ten-dent vers ce lieu- , comme vers un lieu il Ifl^est plus aisé de continuer leur mouvement. M 3 jcomme tout le monde est plein & la matière impeu^trahie , & que dailleurs la matière subtile estsorte que lair, il faut nécessairement que tandquelle tend vers le lieu se fait la fermentation»lair prenne un mouvement tout contraire pour aUoccuper la place quelle quitte, ce quil ne peutsans produire un vent qui souffle vers le côté opp°.à celui vers lequel tend la matière subtile. O r jposé , il est évident que si les corpuscules qui ^répandus fur les traces des meurtriers, étoient si $.quils ne pussent suivre que le mouvement de l 3 , 1(comme il arriveroit, s'ils ne nageoient que dans .grossier) le vent de quelque côté quil soufflât les 3roit bientôt dissipez. Mais au contraire si nous * L

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posons, comme nous avons droit de le faire» st

ces corpuscules sont si petits, quils nagent [en ^tems dans lair & dans la matière subtile, nous apP ^,, cevrons fans peine que le mouvement de lai r ^s-,, la matière subtile étant égaux & opposez » les cO ^ û0 - cules ne peuvent suivre ni lun ni lautre, & P ar séquent quils restent comme immobiles, p ar est me raison quun vaisseau parait être tel lorsq u également poussé par leau & par le vent qui,, avec des forces égales & opposées. Or si ces co p ^,, cules restent comme immobiles, il ny a p aS

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(w) Elle est de M. Régis.(*) g. Février r6g;.