yi HISTOIRE
III. Qye seroit-ce si ce qui s’exhale du corps deshommes , ne se diffipoit pas en peu de tems ? Que de-viendroit l’air des chemins batus ,. de ees chemins parou les armées défilent , par où passent tant de meurtriers& tant de scélérats ? Quelle nuée de matière meurtrière& larrottejse ! Les pores de l’air ne se rempliront-ils ja-mais ? Pourront-ils toujours contenir de nouvelle matiè-re , &c.
Je vois tant de ridicule dans les conséquences qu’onpourroit tirer de cette supposition, que je n’ose m’y ar-rêter. En vérité, Monsieur, j'admire les ressources deceux qui trouvent la raison de toutes choies dans la ver-tu des petits corps. Quand ils veulent les faire agirdans des lieux éloignez du corps dont ils s’exhalent, ilsont cent raisons & autant d’exemples pour vous prouverque ce qui s’exhale des corps est d’abord en mouvement,qu’il se filtre en l’air, & se répand de tous cotez. Ce-la va si loin , (z.) qu’ils prétendent qu’au Printems lesatomes des vignes de Canarie, viennent jusqu’en Angle-terre , & y fermentent le vin : (a) Que du lait tombantsur les charbons ardens , se convertit en vapeur qui sedisperse , & se filtre par tout dans l’air, fait rencontrede la lumière & des rayons solaires qui l’emportent en-core plus loin, & augmentent & étendent fa sphère d’ac-■tivité jusqu’au lieu ou se trouve la vache qui a donné lelait. On ajoute que des atomes de feu accompagnentla vapeur du lait, qu’ils vont s’attacher au pis de la va-che, l’échauffent, l’enflament, & le font enfler.
Mais du sel jetté dans le feu, est un souverain remèdeà ce mal. „ (b) Ce sel saute sur les atomes qui font en„ train d’accompagner la vapeur du lait, les précipite &„ les étrangle fur la place. Et si quelques uns se sau-„ vent & s’échapent par le grand effort qu’ils font, 8 c„ s’en vont avec cette vapeur , ils font pourtant accom-„ pagnez des atomes & esprits de sel qui s’attachent à„ eux ; & comme bons luiteurs ne quittent jamais leur„ prise qu’ils n’ayent le dessus de leur adversaire.
On nous en dit autant de la poudre de vitriol pourguérir les playes de fort loin , & de plusieurs autres fercrets de cette nature. Et cela s’apelle savoir la belle Phy-sique, cette Physique de Monsieur Digby , qui donnetant d’activité à tout ce qui s’exhale des corps , & quifait de tous les atomes, des cavaliers mentez, fur descoursiers ailez, , qui vont par tout où l’on veut. Maisquelquefois cette grande activité gâterai r tout. Si on lalaissoit aux petits corps que les meurtriers ont répandusdans le chemin , la traînée se dissiperait en fort peu demomens ; ainsi quoiqu’on nous ait promis d’expîiquerles phénomènes de la Baguette ; comme on a expliquéceux de la poudre de sympathie & de la fermentation duvin , au tems que la vigne est en fleur, il faut changerun peu de méthode à l’égard de la transpiration desmeurtriers, car il faut quelle s’arrête & qu’elle demeu-re inébranlable dès qu’elle fort de leur corps. On luiôte toute activité : on anéantit le mouvement que lespetits corps ont reçu pour transpirer, & on les met horsde toute atteinte. Matière subtile , globules , troisièmeélément, vapeurs, exhalaisons, rien ne pourra les ébran-ler. On les plante en l’air comme des pieux en terre : 8 ctout immobiles qu’ils soient si un homme à Baguettepasse auprès d’eux, ils viendront fondre fur lui , fermen-teront son sang, remueront ses humeurs , le feront suer,vomir, pâmer, & tordront ou rompront même la Ba-guette qu’il tient dans ses mains.
Je ne fais, Monsieur, comment vous êtes fait. Pourmoi, je vous avoue que ce n’est pas fans quelque pei-ne , que je me tiens dans les bornes d’une sérieuse réfu-tation. Il faut pourtant s’y tenir encore , & montrerpar une troisième preuve qu’il est impoísible que cespetits corps demeurent dans la même place-, fans monterni descendre durant plusieurs jours.
IV. C’est de la pesanteur , eu de la légèreté , quiconvient a tous les corps, que je vais tirer cette troisié»
(z) Digby. Poudre de Sympathie.
(0) Page ire.
(/>) Page 130.
C R I T I Q. U E
ìïie preuve. Vous souvenez-vous, Monsieur, de la dif-ficulté que trouvoit Apulée à donner des corps aux gé-*nies qu’il vouloit placer au milieu de l’air? Si ces corps»(c) disoit-il, sont semblables à la matière terrestre,S’affaisseront par leur propre poids ; & s’ils ressemblent àla matière subtile, ou à lá flamme , ils prendront 1 ’eííottbien haut. Voilà assurément ce qu’dn doit craindre de*petits corps qu’on veut tenir suspendus en l’air. Com'ment s’assurer qu’ils seront d’un poids tout-à-fait égal àcelui des parties du liquide dans lequel ils nagent, poutpouvoir se trouver en équilibre dès qu’ils sortent du corpsdu meurtrier ? Car pour peu qu’ils soient plus légers o®plus pesans , les voilà d’abord ou par terre , ou hors àíportée. Ï1 me semble que dans l’hypothése on n’a p 3tsait attention à cet inconvénient. Car on suppose ce*petits corps si durs & si compacts, & eh même tems onles destitue si fort de mouvement, qu’ils devraient tort*'ber auísi vite qu’une baie de plomb ; dil moins doivesils tomber plus vite que les vapeurs & les exhalaisons »dès que leur agitation cesse.
Mais saisons (d) , si l’on veut * quelque suppositi 01 *plus favorable. Tâchons avec Apulée de nous figut#des corps d’une matière qui ne soit ni trop grossière n*trop subtile. Je dis, Monsieur , que quelque suppôt'tion qu’on fàffe, il est impossible que ces petits cors*gardent longte.ms l’équilibre fans monter ni descend^La raison en est que la pesanteur & la légèreté dépendentnon seulement de la manière dont les corps sont comp 0 'fez , mais du plus & du moins de mouvement qu'^ont, & de leur rapport avec les corps qui les environ'rient. Ainsi donnons aux petits corps telle figure & t£l'le configuration qu’il vous plaira, il faut encore savoir &nóNs leur donnerons du mouvement ou non. Si no u<les supposons en mouvement, ils se mouvront donc soIon la détermination qu’ils auront reçue en se détachédu corps des meurtriers, 8 c seront par conséquent bic®*tot hors du lieu que nous voudrions leur assigner*
II en fera d’eux comme des parties qui íe détache 1 **d’un grain d’encens, lorsqu'on le met fur un chari*#de feu. .Comme faction du feu désunit ces parties &les pousse , les unes d’un côté , les autres de l’autre »après avoir formé un petit corps de fumée , nous &voyons se séparer, & se répandre dans toute une 0 'chaque partie suivant la quantité & la détermination &mouvement qu’elle a reçue. U est clair qu’il doit friver la même chose aux petits corps dont il s’agh 'puisqu’assurément ils ne transpirent que parcequ’ils olJÍété agitez. .
Mais si fermant les yeux à tout ce que je viens &dire , nous voulons supposer qu’ils sont fans motss^ment, vous allez les voir en un instant contraints p®la matière subtile de descendre jusqu’à terre. Je le m 00 'tre ainsi.
Plus un corps a de mouvement, plus il tend à 5soigner du centre du tourbillon, & par conséquent P 1 -il monte : la matière subtile qui entoure ces petits coff^a plus de mouvement qu’eux , puisqu'on les sopP 0 'fans mouvement ; donc elle doit s’éloigner davan$g e *& par conséquent prendre le dessus. t£f
Or tout est plein, & nul corps ne peut lvunqu’un autre ne descende ; donc la matière subtile P r ^nant le dessus, doit faire descendre les petits c ° r P S ’comme il se trouvera toujours jusqu’à terre de n0UV j tì sle matière subtile , ou d’autres corps qui aurde mouvement qu’eux , ils seront auísi repouff eZvite jusqu’à terre. ^ -jj
(c) Quòd si manifestum flagitat ratio debere proria ctia^aíia m aere intelligi, superest ut quœ tandem & cujyi®" ^íîèramus. Igitur terrena nequaquam, devergunt enim ?" petd nec flammida , ne íursum versus calore rapiantur.
cr. p. 418. _ . u gen«*
(d) Cedo igitur mente formemus, 8t gignamus aninwirporum tertia, qux neque sint tàm bruta, quàm terre »
m levia quàm retherca , sed quodammodo utrimq ue z*abeant igitur hxc Paemonutn corpora Sc modicurn P° n £C ipite°'1 superna incedant: Sc aliquid levitatis, ne ad interna P rr. Md.