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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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yi HISTOIRE

III. Qye seroit-ce si ce qui sexhale du corps deshommes , ne se diffipoit pas en peu de tems ? Que de-viendroit lair des chemins batus ,. de ees chemins parou les armées défilent , par passent tant de meurtriers& tant de scélérats ? Quelle nuée de matière meurtrière& larrottejse ! Les pores de lair ne se rempliront-ils ja-mais ? Pourront-ils toujours contenir de nouvelle matiè-re , &c.

Je vois tant de ridicule dans les conséquences quonpourroit tirer de cette supposition, que je nose my ar-rêter. En vérité, Monsieur, j'admire les ressources deceux qui trouvent la raison de toutes choies dans la ver-tu des petits corps. Quand ils veulent les faire agirdans des lieux éloignez du corps dont ils sexhalent, ilsont cent raisons & autant dexemples pour vous prouverque ce qui sexhale des corps est dabord en mouvement,quil se filtre en lair, & se répand de tous cotez. Ce-la va si loin , (z.) quils prétendent quau Printems lesatomes des vignes de Canarie, viennent jusquen Angle-terre , & y fermentent le vin : (a) Que du lait tombantsur les charbons ardens , se convertit en vapeur qui sedisperse , & se filtre par tout dans lair, fait rencontrede la lumière & des rayons solaires qui lemportent en-core plus loin, & augmentent & étendent fa sphère dac-tivité jusquau lieu ou se trouve la vache qui a donné lelait. On ajoute que des atomes de feu accompagnentla vapeur du lait, quils vont sattacher au pis de la va-che, léchauffent, lenflament, & le font enfler.

Mais du sel jetté dans le feu, est un souverain remèdeà ce mal. (b) Ce sel saute sur les atomes qui font en train daccompagner la vapeur du lait, les précipite & les étrangle fur la place. Et si quelques uns se sau- vent & séchapent par le grand effort quils font, 8 c sen vont avec cette vapeur , ils font pourtant accom- pagnez des atomes & esprits de sel qui sattachent à eux ; & comme bons luiteurs ne quittent jamais leur prise quils nayent le dessus de leur adversaire.

On nous en dit autant de la poudre de vitriol pourguérir les playes de fort loin , & de plusieurs autres fercrets de cette nature. Et cela sapelle savoir la belle Phy-sique, cette Physique de Monsieur Digby , qui donnetant dactivité à tout ce qui sexhale des corps , & quifait de tous les atomes, des cavaliers mentez, fur descoursiers ailez, , qui vont par tout lon veut. Maisquelquefois cette grande activité gâterai r tout. Si on lalaissoit aux petits corps que les meurtriers ont répandusdans le chemin , la traînée se dissiperait en fort peu demomens ; ainsi quoiquon nous ait promis dexpîiquerles phénomènes de la Baguette ; comme on a expliquéceux de la poudre de sympathie & de la fermentation duvin , au tems que la vigne est en fleur, il faut changerun peu de méthode à légard de la transpiration desmeurtriers, car il faut quelle sarrête & quelle demeu-re inébranlable dès quelle fort de leur corps. On luiôte toute activité : on anéantit le mouvement que lespetits corps ont reçu pour transpirer, & on les met horsde toute atteinte. Matière subtile , globules , troisièmeélément, vapeurs, exhalaisons, rien ne pourra les ébran-ler. On les plante en lair comme des pieux en terre : 8 ctout immobiles quils soient si un homme à Baguettepasse auprès deux, ils viendront fondre fur lui , fermen-teront son sang, remueront ses humeurs , le feront suer,vomir, pâmer, & tordront ou rompront même la Ba-guette quil tient dans ses mains.

Je ne fais, Monsieur, comment vous êtes fait. Pourmoi, je vous avoue que ce nest pas fans quelque pei-ne , que je me tiens dans les bornes dune sérieuse réfu-tation. Il faut pourtant sy tenir encore , & montrerpar une troisième preuve quil est impoísible que cespetits corps demeurent dans la même place-, fans monterni descendre durant plusieurs jours.

IV. Cest de la pesanteur , eu de la légèreté , quiconvient a tous les corps, que je vais tirer cette troisié»

(z) Digby. Poudre de Sympathie.

(0) Page ire.

(/>) Page 130.

C R I T I Q. U E

ìïie preuve. Vous souvenez-vous, Monsieur, de la dif-ficulté que trouvoit Apulée à donner des corps aux-*nies quil vouloit placer au milieu de lair? Si ces corps»(c) disoit-il, sont semblables à la matière terrestre,Saffaisseront par leur propre poids ; & sils ressemblent àla matière subtile, ou à flamme , ils prendront 1eííottbien haut. Voilà assurément ce qudn doit craindre de*petits corps quon veut tenir suspendus en lair. Com'ment sassurer quils seront dun poids tout-à-fait égal àcelui des parties du liquide dans lequel ils nagent, poutpouvoir se trouver en équilibre dès quils sortent du corpsdu meurtrier ? Car pour peu quils soient plus légers o®plus pesans , les voilà dabord ou par terre , ou hors àíportée. Ï1 me semble que dans lhypothése on na p 3tsait attention à cet inconvénient. Car on suppose ce*petits corps si durs & si compacts, & eh même tems onles destitue si fort de mouvement, quils devraient tort*'ber auísi vite quune baie de plomb ; dil moins doivesils tomber plus vite que les vapeurs & les exhalaisons »dès que leur agitation cesse.

Mais saisons (d) , si lon veut * quelque suppositi 01 *plus favorable. Tâchons avec Apulée de nous figut#des corps dune matière qui ne soit ni trop grossière n*trop subtile. Je dis, Monsieur , que quelque suppôt'tion quon fàffe, il est impossible que ces petits cors*gardent longte.ms léquilibre fans monter ni descend^La raison en est que la pesanteur & la légèreté dépendentnon seulement de la manière dont les corps sont comp 0 'fez , mais du plus & du moins de mouvement qu'^ont, & de leur rapport avec les corps qui les environ'rient. Ainsi donnons aux petits corps telle figure & t£l'le configuration quil vous plaira, il faut encore savoir &nóNs leur donnerons du mouvement ou non. Si no u<les supposons en mouvement, ils se mouvront donc soIon la détermination quils auront reçue en se détachédu corps des meurtriers, 8 c seront par conséquent bic®*tot hors du lieu que nous voudrions leur assigner*

II en fera deux comme des parties qui íe détache 1 **dun grain dencens, lorsqu'on le met fur un chari*#de feu. .Comme faction du feu désunit ces parties &les pousse , les unes dun côté , les autres de lautre »après avoir formé un petit corps de fumée , nous &voyons se séparer, & se répandre dans toute une 0 'chaque partie suivant la quantité & la détermination &mouvement quelle a reçue. U est clair quil doit friver la même chose aux petits corps dont il sagh 'puisquassurément ils ne transpirent que parcequils olJÍété agitez. .

Mais si fermant les yeux à tout ce que je viens &dire , nous voulons supposer quils sont fans motss^ment, vous allez les voir en un instant contraints p®la matière subtile de descendre jusquà terre. Je le m 00 'tre ainsi.

Plus un corps a de mouvement, plus il tend à 5soigner du centre du tourbillon, & par conséquent P 1 -il monte : la matière subtile qui entoure ces petits coff^a plus de mouvement queux , puisqu'on les sopP 0 'fans mouvement ; donc elle doit séloigner davan$g e *& par conséquent prendre le dessus. t£f

Or tout est plein, & nul corps ne peut lvunquun autre ne descende ; donc la matière subtile P r ^nant le dessus, doit faire descendre les petits c ° r P Scomme il se trouvera toujours jusquà terre de n0UV j sle matière subtile , ou dautres corps qui aurde mouvement queux , ils seront auísi repouff eZvite jusquà terre. ^ -jj

(c) Quòd si manifestum flagitat ratio debere proria ctia^aíia m aere intelligi, superest ut quœ tandem & cujyi®" ^íîèramus. Igitur terrena nequaquam, devergunt enim ?" petd nec flammida , ne íursum versus calore rapiantur.

cr. p. 418. _ . u gen«*

(d) Cedo igitur mente formemus, 8t gignamus aninwirporum tertia, qux neque sint tàm bruta, quàm terre »

m levia quàm retherca , sed quodammodo utrimq ue z*abeant igitur hxc Paemonutn corpora Sc modicurn P° n £C ipite°'1 superna incedant: Sc aliquid levitatis, ne ad interna P rr. Md.