CRITIQUE
J4 HISTOIRE
choses perdues ", ou dérobées, Sc qu’on avoit même dé-couvert quelques voleurs par cette voye.
Convaincu du fait , & étonne qu’on n’osat décidersur cette pratique , à cause des prétendus secrets impé-nétrables de la nature, je dis à ceux qui m’en parlèrent,qu’il n’y avoit pas à délibérer touchant la découvertedes bornes , des voleurs, & de toutes les autres chosesqui ne font telles que par un ordre moral ; qu’il étoitclair que la Baguette ne pouvoit naturellement les indi-quer. Monseigneur le Cardinal qui voulut bien que jelui en parlasse à son retour de Chambery , où il avoitprêché le Carême , approuva ce que j'en disois, & ré-solut de condamner cet usage au premier Synode.
Je n’avois pas osé dire aussi nettement qu’il n’étoit pas
Î îossible qu’une Baguette se remuât sur une source , ouùr des métaux. J’y trouvois de la difficulté , j’hési-tois , & je crus devoir y penser quelque tems. Onm’amena le fameux devin Jacques Aymar , trop connupar la découverte du meurtre de Lyon, je parlai à quel-
2 ue$ autres habiles en l’art de la Baguette, je fus témoine quelques expériences , je fis plusieurs observations ;& après avoir bien examiné toutes choses , je fus entiè-rement convaincu que rien de corporel ne causoit letoumoiment de la Baguette, & qu’on ne pouvoit l’at-tribuer qu'àu Démon.
Voilà , Monsieur, ce que Mademoiselle Ollivet en-tendit dire. Elle avoit plusieurs fois découvert avec laBaguette des métaux cachez à dessein. Cela lui faitcraindre d’avoir offensé Dieu , elle cherche le Père de!’Oratoire qui condamnoit cet usage , & lui expose sadifficulté.
Je lui répons que fa bonne foi l’a mise à couvert detoute faute, & qu’il suffit cju’elle ne se serve plus de laBaguette. J’ajoute néanmoins qu’elle devroit demanderï Dieu la grâce de ne laisser aucun doute fur ce sujet,& le prier de ne pas permettre que la Baguette tournâtjamais entre ses mains, si le Démon avoit part à ce tour-stoiment. Qu’il se pourroit pourtant bien faire que nosprières ne fussent pas exaucées , mais qu’il y avoit lieud’espérer que le Démon n’agiroit pas quand on pren-droit toutes ces précautions. Qu’au reste ce ne iëroitpas tenter Dieu » & que la prière qu’elle ferait, étoitrenfermée dans ce que nous demandons chaque jour,d’être délivrez des ruses & des insultes du Démon.
L’avis est agréé , ( ’e) Mademoiselle Ollivet passedeux jours en retraite , communie , fait fa prière enrecevant le Pain sacré , & je fais à 1*Autel la mêmeChose.
L’après-diné on fait mettre plusieurs pièces de métaldans une allée de jardin; elle y va , prend la Baguette,passe plusieurs fois fur tous ces endroits , mais la Ba-guette ne se remue point. On met les pièces de métalà découvert , on les approche de la Baguette; elle estimmobile. Enfin on avance vers un puits , où autre-fois on avoit vu tourner la Baguette , se tordre avecviolence entre les mains de la Demoiselle, & à présent onn’apperçoit pas le moindre signe d’agiration.
Vous voyez bien, Monsieur, ce qu’on eut lieu d’enConclure. Mademoiselle Ollivet en loua Dieu , & lepria de lui continuer la même grâce , si quelqu’autrefois elle étoit engagée à prendre la Baguette. L’occa-sion se présenta peu de tems après. Elle ne put se dis-penser de tenir une Baguette sur quelques pièces de mé-tal en présence de plusieurs personnes , qui savoientqu’auparavant la Baguette tournoit parfaitement entreses mains, mais elle fut encore immobile.
Vous pourrez savoir , Monsieur, si depuis ce tems-là on ne lui a point fait faire la même expérience , &vous informer des particularitez d’un autre fait , quin’est pas moins considérable ; je vois bien par votreLettre qu’on vous en a dit quelque chose , mais si peudistinctement qu’on n’y connoit presque rien. Vousen recevrez le récit par le premier ordinaire. Jefuis, Scc.
(e) Le 1 s. 4’Aout iS8r
Autre Lettre a la même personne.
V Ous avez vu , Monsieur » que les dispositionsaussi pieuses que celles de Mademoiselle Olli vetsont bien opposées à la cause qui fait mouvoir la Ba-guette ; & vous allez voir dans le fait dont je vousai promis le récit , que cette cause s’accommode aU*désirs des hommes, & qu’elle fuit leurs intentions.
Ce qui étoit arrivé à Mademoiselle Ollivet ,souhaiter à quelques personnes qu’il en arrivat de mê-me à quelques uns de ceux qui (è servoient publ 1 'quement de la Baguette. La fille d’un Marchandnommée Martin, fut la première sur qui on jetta I e *yeux. Elle étoit d’une habileté connue par quand 1 *d’épreuves ; elle avoit souvent découvert des métal#dans des caves à la ville , Sc à la campagne; & il 1avoit peu de tems qu’on lui avoit fait chercher u slîcloche cachée fous l’eau, depuis le débordement de Brivière qui avoit emporté le pont du faubourg. O"l’avoit menée dans un bateau , & la Baguette avoi £désigné précisément l’endroit où étoit la cloche. Con)'me cette fille étoit simple & sort sage , on crut que ) fflui ferois aisément entendre que le Démon avoit p eut Jêtre part à l’usage de la Baguette , & que cela suffiroifpour la porter à y renoncer. Mais elle avoit une 11grande idée de la vertu de la Baguette , que je vis a 1 }premier abord qu’on ne pouvoit fans quelque détour l atfaire desirer qu’elle ne tournât plus entre ses mains. 0^veut , Monsieur , me dit-elîe , que je vous parle dudon que Dieu m’a fait de me communiquer la vertu d6la Baguette de Moïse, & du bâton de Jacob ? Est' í£que vous faites sortir de l’eau des rochers , en les tou-chant avec une Baguette, lui dis-je? Non pas cela, re-prit-elle , mais je trouve Tendrait où sont les sources 5je découvre plusieurs autres choses ; & Dieu m'a fa* 1une grâce particulière, qui est que la Baguette me tpu f 'fie fur les Reliques. Et qui vous avoit dit , repartsje, que des Reliques pourraient faire tourner la Baguet-te? Personne, répondit-elle ; je savois seulement qu’e» 6tournoit sur des ossemens des morts , Sc fur beaucoupd’autres choses ; & je voyois bien que les Reliques dé-voient avoir plus de vertu que tout cela. Te l’ai essaye»Sc j'ai réussi. ,j
Quelque peu raisonnable que parût cette pensée, í.fallut pourtant laisser faire à cette fille quelques expé-riences , pour tâcher ensuite de la faire revénir, & P°4sobserver si elle n’usoit pas de quelque fourberie. J e .cacher plusieurs pièces de métal dans une allée du jard 1du Séminaire, elle les découvrit en très peu de tems, .en désigna si bien les différentes espèces, que ceux vétoient présens en furent Jout étonnez.
Ce qu’elle avoit dit d’abord des Reliques , elle leencore plusieurs fois , que la Baguette lui faisoit dinner lés ossemens des Saints canonisez d’avec ceux q uí ,le sont pas. Un homme de mérite en parut choû^JSc se laissa néanmoins engager à aller prendre div £sReliques qu’il avoit chez lui. ^
En les attendant , comme je m’étois apperçufille à la Baguette mettoit secrètement quelque c ,? crsa main pour deviner de quelle espèce étoit le m 1 étalché, je crus pouvoir ainsi trouver Toccasion de l ul *souhaiter que la Baguette ne lui tournât pas. .^S
Vous voulez donc, lui dis-je, nous faire un gde votre secret ? Mais je pourrais bien le devin^ z<peut-être en sais-je là-dessus plus que vous ° e , petit*Je connois des personnes qui portent toujours d e r jjjmorceaux de chaque espèce de métal ; ils en po>' te °de toutes les autres choses fur lesquelles leur jtourne : & voici tout leur secret. Font-ils to l,cla Baguette un métal différent de celui qui est f*la Baguette ne tourne plus. Font-ils toucherme, elle tourne encore mieux. ^el-
Monsieur Peisson Procureur au Parlement,gués autres ,. font tout le contraire. Si» P ar eS P