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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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I

DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES;, &c. ;x

DIFFICULTE,

savoir si les effets de la Baguette font naturels , ou? ils ne le sont pas , cest un problème. Si des Physi-ciens habiles prétendént que ces effets ne peuvènt êtrenaturels , il se trouve auffi des Philosophes qui les ex-P'isiuent naturellement. Nous avons déja vu quatre ou.cinq systèmes fur cette matière , & des Livres de sixCens pag es pour défendre ce sentiment. Quel parti doncPendre parmi toutes ces disputes , si ce nest de laisserar gnmenter les Philosophes jusquà ce quils soient dac-Cor d , & ne laisser pas cependant de se servir Ba-bette?

REPONSE.

ï-e parti est fort cavalier ; & sil est permis de le fui-, re , on peut fans scrupule recourir aux pratiques lesí* Us superstitieuses. Car je mets en fait quil nen estÍUc une , âont quelque Philosophe nait prétendu dé-couvrir la raison naturelle.

.Leffet de ces pratiques dépendoit-il de quelques pa-. ? s > ou de quelques caractères ? Voilà dabord de grosr . ait ® 2 , ou lon étaloit la vertu des Nombres, f éner-5 oes Sons , les mystères de Pythagore , les rêveriesj £s stabins, & les secrets de la Cabale. Leffet étoit-^ P. r °duit fans paroles & fans caractères ? On lattribuoitj- .^tension , & à la force de limaginatiqn. Que deotI ses qui ont été dites pour montrer que límaginationP°Uvoit remuer des corps qui sont éloignez de nous !Rougissant enfin de ces extravagances , s'est on restraintj h force de ce qui sexhale des corps ? On a dit encorefes pauvretez qui étonnent par le ridicule. Vous enRez vu quelques preuves dans la première Lettre que je?us ai écrite à loccasion de la Baguette ; & si je vous^jfois toutes les folies de cette nature quil me souvientav oir lues dans les Philosophes, je ferois un Livre que °0s pourriez fort bien apeller heteroclita Philofòphorum.

H Me feroit pourtant difficile de vous fournir beau-j e$ U P âexemples plus singuliers que celui des corpuscu-le n* ^ détachent du corps dun homme, & vont fai-. ailleurs un récit bien particularisé de ce qui se passeUn cabaret.

tu ^ UOÌ d'ìl en soit, je ne doute pas que vous nayeza souvent occasion de dire après Cicéron : (b) Je necomment il se peut faire qu'on ne puise rien dire de fim s 0 * 1 â p ar quelque Philosophe. Serai t-

uonc raisonnable que la décision dun point de prati-j^ e dépendît de lavis de quelques personnes qui se-philosopher? Il y a des gens qui avec la qualitéV err hilosophes , ne laissent pas davoir lesprit de tra-

tìj s -» vu qui étant capables de bien juger de plusieurst a L es > se laissent néanmòins facilement éblouir fur cer-7 matières. , "

c 0rtl ° Ur .veux qui ont fait les systèmes quon objecte,' s . v'avoient pas pris garde I toutes les circon-qu e ^.siui accompagnent les faits, il y a lieu despérerses ' i°rsqu*ils auront examiné de -nouveau toutes cho-5cion s ^ c l u '' s sc feront donné la peine de lire les réfle-ils s e ^ Ue jai pris la liberté de faire fur leurs systèmes,l ' a tu lj :0nVa ' ncront quil nest pas possible d'expliquerles phénomènes de la Baguette.s etlt - " quelquun de ces Messieurs persistoit dans«ou Ve , È^ent pour ne pas se donner la peine de faire unL'usà ^en, cela ne devroit pas tirer à conséquence.> ho ^ Baguette est à présent sur un pied que* a ns ent 1016 P eut en juger par les notions communes,e n j es âiscuffions philosophiques. II nest]! S Pensé ^ U ' ne scvhe quun corps ne peut appercevoireS " Or la Baguette découvre les pensées desrat $ > f S ar vile tourne fur les bornes , fur les con-v 0 ]^ lr 'ès larcins , fur ce que lon a acheté dun ar-0r aîes, * êe sur plusieurs choses qui sont purement

aHqua°Pv. 0 i do nillîl tam absuiéè dici potdl, quod.noa* *ûuosophorum. L. a. at Diviuat. -

Elle saccommode si fort aux désirs & aux intentionsdes hommes , quelle ne tourne que pour ce quon sou-haite de découvrir» Quoiquon soit auprès dun endroitou il y a de leau & des métaux, elle ne tourne pas, sice nest pas- ce quotí cherche.

Combien de fois a-t-on pu remarquer quen cherchantune source dans une maison , la Baguette tournoit sily en avoit une , & ne tournoit pas sil ny en avoitpoint ? Cependant on étoit tout auprès de quelques per-sonnes qui avoient de lor & de largent , on étoit au-près dune porte , dune fenêtre , de quelquautreendroit il y avoit du fer , du plomb , du cuivre;toutes choses qui font tourner la Baguette , quand onles cherche.

Ceux qui examineront les faits avec soin , feront Centréflexions de cette nature ; & ces sortes de réflexion?font décisives.

Au reste je voudrois bien quon jugeât de la Baguet-te par ce qua dit Saint Augustin fur les pratiques fui-perstitieuses. Si on lit quelques chapitres (c) du deu-xième Livre de si Doctrine Chrétienne , on y verraque plusieurs de ces pratiques font couvertes du titrespécieux de secrets de Physique. Que ces secrets réopè-rent que par le pouvoir des Esprits déréglez que Dieulaisse agir ici bas. Quon contracte avec eux une espè-ce de société , lorsquon a recours à ces pratiqués.Quiìs apprennent aux hommes par ces voyes plusieurschoses cachées pour exciter leur curiosité & leur cupi-dité. Quils les trompent auffi fort souvent pour scjouer deux, & les traiter comme ils méritent. Que cequi doit nous donner de lhorreur pour totit ce quilsenseignent , ce nest pas seulement à cause des menson-ges quils y mêlent. Que quand même ils diroienttoujours vrai, & quils apprendraient des choses utiles ,il faudrait rejettes leur témoignage , comme Saint Paulrejetta celui de la Pythonisse, lorsquelle disoit.des Apô-tres, quils (d) étoient les serviteurs de Dieu , qui arnon-çoient la voye du salut. Quil ne faut jamais avoircommerce avec ces Esprits diniquité. Quun tropgrand empressement de faire réuffir certaines expériencespour contenter une curiosité démesurée , donne entréeà ce commerce. Que les esprits séducteurs les font réus-sir pour irriter si curiosité , & quils saccommodentaux différens désirs de ceux qui font ces sortes dépreu-ves.

Faites, sil vous plait, lapplication de tout ceci, &voyez quelle conclusion lon doit tirer des faits quevous allez lire. Ils suffiraient pour ne me laisser aucunlieu de douter , si je nétois convaincu par si Physiquequil est impossible dexpliquer naturellement les phéno-mènes de si Baguette. Je fuis, &c.

HIA êâ.ê dîiíí HAM à.ê fegí VcL»ê

A MONSIEUR ***.

Chanoine de lEglìsé Cathédrale Grenoble.

M Ademoiselle Ollivet est 1a personne dont on vousa fait lhistoire , il voiis sera donc fort aisé,Monsieur , d'éclaircir tout ce quon vous a dit confu-sément. Mademoiselle Dufour pourrait auffi vous endire le détail ; elle fut présente à tout , & vous savezque rien néchape à íà mémoire. Mais puisque voussouhaitez que je raconte moi-même comment 1a chosc scpassa & quelle avoit été ma pensée sur l'usage de 1a Ba-guette , j'obéis , à condition que vous verrez sur le?lieux si les témoignages saccordent , & si je nobmetspoint quelque circonstance qui méritât dêtre remar-quée.

J'appris à Grenoble il y a trois ou quatre ans quonfe servoit fort communément de la Baguette, pour trou-ver de leau , des métaux, les bornes des champs, les

cho-

sc) r», il. aj. 14,

{d) Aft, 1 6. 17,

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