I
DES PRATIQUES SUPERSTITIEUSES;, &c. ;x
DIFFICULTE’,
savoir si les effets de la Baguette font naturels , ou? ils ne le sont pas , c’est un problème. Si des Physi-ciens habiles prétendént que ces effets ne peuvènt êtrenaturels , il se trouve auffi des Philosophes qui les ex-P'isiuent naturellement. Nous avons déja vu quatre ou.cinq systèmes fur cette matière , & des Livres de sixCens pag es pour défendre ce sentiment. Quel parti doncPendre parmi toutes ces disputes , si ce n’est de laisserar gnmenter les Philosophes jusqu’à ce qu’ils soient d’ac-Cor d , & ne laisser pas cependant de se servir dê là Ba-bette?
REPONSE.
ï-e parti est fort cavalier ; & s’il est permis de le fui-, re , on peut fans scrupule recourir aux pratiques lesí* Us superstitieuses. Car je mets en fait qu’il n’en estÍUc une , âont quelque Philosophe n’ait prétendu dé-couvrir la raison naturelle.
.L’effet de ces pratiques dépendoit-il de quelques pa-. ? s > ou de quelques caractères ? Voilà d’abord de grosr . ait ® 2 , ou l’on étaloit la vertu des Nombres, f éner-5 oes Sons , les mystères de Pythagore , les rêveries•j £s stabins, & les secrets de la Cabale. L’effet étoit-^ P. r °duit fans paroles & fans caractères ? On l’attribuoitj- .^tension , & à la force de l’imaginatiqn. Que deotI ses qui ont été dites pour montrer que l’ímaginationP°Uvoit remuer des corps qui sont éloignez de nous !Rougissant enfin de ces extravagances , s'est on restraintj h force de ce qui s’exhale des corps ? On a dit encore‘fes pauvretez qui étonnent par le ridicule. Vous enRez vu quelques preuves dans la première Lettre que je?us ai écrite à l’occasion de la Baguette ; & si je vous^jfois toutes les folies de cette nature qu’il me souvientav oir lues dans les Philosophes, je ferois un Livre que• °0s pourriez fort bien apeller heteroclita Philofòphorum.
H Me feroit pourtant difficile de vous fournir beau-j e$ U P â’exemples plus singuliers que celui des corpuscu-le n*” ^ détachent du corps d’un homme, & vont fai-. ailleurs un récit bien particularisé de ce qui se passeUn cabaret.
tu ^ UOÌ d'ìl en soit, je ne doute pas que vous n’ayeza souvent occasion de dire après Cicéron : (b) Je necomment il se peut faire qu'on ne puise rien dire de fim s 0 * 1 â p ar quelque Philosophe. Serai t-
uonc raisonnable que la décision d’un point de prati-j^ e dépendît de l’avis de quelques personnes qui se mê-philosopher? Il y a des gens qui avec la qualitéV err hilosophes , ne laissent pas d’avoir l’esprit de tra-
tìj s -» vu qui étant capables de bien juger de plusieurst a L es > se laissent néanmòins facilement éblouir fur cer-7 matières. , "
c 0rtl ° Ur .veux qui ont fait les systèmes qu’on objecte,’' s . v'avoient pas pris garde I toutes les circon-qu e ^.siui accompagnent les faits, il y a lieu d’espérerses ' i°rsqu*ils auront examiné de -nouveau toutes cho-5cion s ^ c l u '' s sc feront donné la peine de lire les réfle-ils s e ^ Ue j’ai pris la liberté de faire fur leurs systèmes,l ' a tu rç lj :0nVa ' ncront qu’il n’est pas possible d'expliquerles phénomènes de la Baguette.s etlt - " quelqu’un de ces Messieurs persistoit dans«ou Ve , È^ent pour ne pas se donner la peine de faire unL'usà ^en, cela ne devroit pas tirer à conséquence.> ho ^ Baguette est à présent sur un pied que* a ns ent” 1016 P eut en juger par les notions communes,e n j es âiscuffions philosophiques. II n’est]! S Pensé ^ U ' ne scvhe qu’un corps ne peut appercevoireS " Or la Baguette découvre les pensées desrat $ > f S ar vile tourne fur les bornes , fur les con-v 0 ]^ lr 'ès larcins , fur ce que l’on a acheté d’un ar-0r aîes, * êe sur plusieurs choses qui sont purement
aHqua°Pv. 0 i do nillîl tam absuiéè dici potdl, quod.noa* *ûuosophorum. L. a. at Diviuat. -
Elle s’accommode si fort aux désirs & aux intentionsdes hommes , qu’elle ne tourne que pour ce qu’on sou-haite de découvrir» Quoiqu’on soit auprès d’un endroitou il y a de l’eau & des métaux, elle ne tourne pas, sice n’est pas-là ce qu’otí cherche.
Combien de fois a-t-on pu remarquer qu’en cherchantune source dans une maison , la Baguette tournoit s’ily en avoit une , & ne tournoit pas s’il n’y en avoitpoint ? Cependant on étoit tout auprès de quelques per-sonnes qui avoient de l’or & de l’argent , on étoit au-près d’une porte , d’une fenêtre , oú de quelqu’autreendroit où il y avoit du fer , du plomb , du cuivre;toutes choses qui font tourner la Baguette , quand onles cherche.
Ceux qui examineront les faits avec soin , feront Centréflexions de cette nature ; & ces sortes de réflexion?font décisives.
Au reste je voudrois bien qu’on jugeât de la Baguet-te par ce qu’a dit Saint Augustin fur les pratiques fui-perstitieuses. Si on lit quelques chapitres (c) du deu-xième Livre de si Doctrine Chrétienne , on y verraque plusieurs de ces pratiques font couvertes du titrespécieux de secrets de Physique. Que ces secrets réopè-rent que par le pouvoir des Esprits déréglez que Dieulaisse agir ici bas. Qu’on contracte avec eux une espè-ce de société , lorsqu’on a recours à ces pratiqués.Qu’iìs apprennent aux hommes par ces voyes plusieurschoses cachées pour exciter leur curiosité & leur cupi-dité. Qu’ils les trompent auffi fort souvent pour scjouer d’eux, & les traiter comme ils méritent. Que cequi doit nous donner de l’horreur pour totit ce qu’ilsenseignent , ce n’est pas seulement à cause des menson-ges qu’ils y mêlent. Que quand même ils diroienttoujours vrai, & qu’ils apprendraient des choses utiles ,il faudrait rejettes leur témoignage , comme Saint Paulrejetta celui de la Pythonisse, lorsqu’elle disoit.des Apô-tres, qu’ils (d) étoient les serviteurs de Dieu , qui arnon-çoient la voye du salut. Qu’il ne faut jamais avoir dôcommerce avec ces Esprits d’iniquité. Qu’un tropgrand empressement de faire réuffir certaines expériencespour contenter une curiosité démesurée , donne entréeà ce commerce. Que les esprits séducteurs les font réus-sir pour irriter si curiosité , & qu’ils s’accommodentaux différens désirs de ceux qui font ces sortes d’épreu-ves.
Faites, s’il vous plait, l’application de tout ceci, &voyez quelle conclusion l’on doit tirer des faits quevous allez lire. Ils suffiraient pour ne me laisser aucunlieu de douter , si je n’étois convaincu par si Physiquequ’il est impossible d’expliquer naturellement les phéno-mènes de si Baguette. Je fuis, &c.
HIA êâ.ê dîiíí HAM à.ê fegí ií VcL»ê
A MONSIEUR ***.
Chanoine de l’Eglìsé Cathédrale dé Grenoble.
M Ademoiselle Ollivet est 1a personne dont on vousa fait l’histoire , il voiis sera donc fort aisé,Monsieur , d'éclaircir tout ce qu’on vous a dit confu-sément. Mademoiselle Dufour pourrait auffi vous endire le détail ; elle fut présente à tout , & vous savezque rien n’échape à íà mémoire. Mais puisque voussouhaitez que je raconte moi-même comment 1a chosc scpassa & quelle avoit été ma pensée sur l'usage de 1a Ba-guette , j'obéis , à condition que vous verrez sur le?lieux si les témoignages s’accordent , & si je n’obmetspoint quelque circonstance qui méritât d’être remar-quée.
J'appris à Grenoble il y a trois ou quatre ans qu’onfe servoit fort communément de la Baguette, pour trou-ver de l’eau , des métaux, les bornes des champs, les
cho-
sc) r», il. aj. 14,
{d) Aft, 1 6. 17,
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