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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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PRATIQUES SU

^ exemple illustre, nouveau, autentique , & qui aPour témoins plusieurs personnes irréprochables, donta plupart font encore vivans. Voici dont le sait. Lanï<5 68. au commencement du mois de Janvier on ap-P9 r ta à Paris cinq caisses de Reliques, qui surentonnées en garde au Sieur Milet Prêtre de Paris, &uu-onDocteur en Théologie, lesquelles avoient été ca-chetées & scellées à Rome du sçeau du Pape Alexan-Vil. Enfin rien ne leur manquoit de tout ce5 Ul peut donner crédit & autorité à ces sortes de cho-es: car elles étoient accompagnées de Lettres patent^ données en parchemin par lIllustriíïìme Cardinal'Jinetti, Vicaire Général de fa Sainteté, & de Certi-

PERSTÎTIEUSES.

fi.

^ c ats en papier signez par Fr. Ambroise Landuciusy e que de Porphyre, Sacristain du Pape, & Com-^ssaire pour les saintes Réliques ; le tout enferméles mêmes caisses. On devoir célébrer lagustation des dites Réliques peu de tems après pro«c he Paris au lieu dit la Salpétriére ou Hôpital géné-a *> avec grande solemnité. Car cest ce que témoi-p°ient des affiches publiques, ou on lisoit ces paro-s * >, 'Jeudi 9. Fevrier , on féra me célébré Tranfia-,5 tl on de plusieurs Réliques k R Hôpital de la Salpétriére ,

" av ec une Procession, ou Monsieur l'Evêque de Soif31 portera une des chajfes & Mr. R Evêque de Ca-33 l'autre. II y aura Meffes filemnelles pendant R Oc-

3 t f Ve , & Prédications par de fameux Prédicateurs ,

3> voici les noms. Jeudi par Mr. lEvêque de Ca

33°rs. Vendredi par Mr. R xlbbé Fromentiéres. Samedi33 P ar Mr. Coquelin DoBeur en Théologie de la Faculté33 de Paris , gr Curé de Saint Merri. Dimanche par1 Mr. REvêque de Soijfons. Lundi par le P. Craffet33 Jésuite. Mardi par Mr. V Evêque de Bayeux. Mer -

s, credi par Dom. Corne Feuillant. Et enfin Jeudi jour" de ROBave par Mr. l'Evêque de Noyon Ces an-j 0nces etoient donc deja faites & affichées aux portes

esEglis es & aux coins des rues, lorsque Mr. lAr-eveque de Paris Hardouin de Péréfixe, nommaeux Chirurgiens, les Sieurs Hérard & Brossard &Médecin conseiller ordinaire du Roi M. Charlestes P Germain , pour faire examen & visite des di-eu j ^st u 9 S) & ensuite signer leur rapport, devantp e de, les exposer. Après on en fit louveature, &on procéda à lexamen des dites caisses à S. Marceltìs le fauxbourg qui porte ce nom, en présence desueurs Personnes connues, considérables, & très-'pnes de foi: Savoir en présence de Mr. lEvêquepunissons nommé & député pour cet effet par Mr.> c h ev êque. de Paris; des Sieurs Gédouin, AbbéMemin; Cordel, Curé du Cardinal le Moine;

t, et . na |> Prêtre habitué de S. Nicolas du Chardon-r^j 3 ^etit Sécrétaire de lArchevêché, & autres-

de qualité tequise. Mais après que le dit Sieurdite boissons eût encensé & dûment révéré les

gie n Caa ^ es , & fait plusieurs cérémonies, les Chirur-Vrit s6£ le Médecin examinant la troisième on décou-ss , Ut |e imposture, qui donna bien de ladmirâtionde \ 'bonnement à tout le Monde. Pour ce qui estcet s j ca >sse , elle étoit liée avec des cordons & la-C ar( p e ^ye rouge, & cachetée des sceaux, tant duelle ltla ^ Oinetti que de lIllustriffime Landucius ; &le^P^rmoit leurs Lettres & certificats en la meil-ét 0 i t °œ ne est possible, par lesquels la Reliquede j> a ®rmée véritable, & étoit donnée permissionte c ,*P°ser fans crainte à la vénération publique. Cet-G U j r i l e enfin contenoit une Teste couverte duneJV^de de fleurs, avec cette Inscription , Caput S.

^Este de S. Fortuné ou de S. FortunatîCr 5tie h ^ eur parut dabord à tous un véritablehie n j Ul Jain, tant le Peintre & lArtisan avoientc ?s, Ite & contrefait la couleur naturelle, les tra-P artaes extérieures, structure, & an-$ es » qui font à tous les crânes. N éanmoinsen dr 0 jt leurs Y regardant de prés, apperçûrent à unle au dessus de loreille un qetit morceau de toi-e Nouvellement décollé, & qui leur fit soup-

çonner que ce n'étoit peut-être qu'une toile peintequi couvroit de même tout le reste. Ils grattéièhtdonc avec un ferrement, & après avoir percé la toileils ne trouvèrent que de la carte dessous. Quelquês-uns de la Corhpagnie dirent alors ( car ils étoient sur-pris dune si mauvaise action,) que cette Teste né-toit peut-être pas falsifiée toute entière, & quil fepouvoit faire que pour suppléer à quelques défauts,& la rendre complette z on y eut ajouté un Carton a-vec de ìa toile peinte par dessus, hiais le dit M-edecin& les dits Chirurgiens, pour séclaircir entièrement dela vérité, firent tin trou à la dite Teste, & introduisi-rent une bougie allumée dedans, par ils reconnu-rent quelle navòit aucunes cellules rii sinuosités tellesque toutes les Testes humaines ont coûtume davoir,& quelle étoit toute creuse & toute vuide. En-fin pour ne manquer à aucune épreuve & sasseurer detoutes maniérés si toute la Teste étoit de carte, ils latrempèrent dans un chauderon plein deau chaude ; a-près quoi dés que Peau leut pénétrée, elle sabaissá,devint molle, & fe flétrit, & parut comme un dra-peau pourri, ou de létoupe mouillée : ce qui ache-va de convaincre parfaitement, quil ny avoit riendu tout de solide dans cétte Teste fausse & falsifiée;au reste si bien contrefaite quelle ne pouvoit passerpour un coup dessai de quelquapprentif, mais pa-roissoit être plutôt le travail dun Maître habile &accoutumé à ces fortes douvrages. Le procès verbalqui fait mention de toutes ces choses & qui les dé-duit plus au long , est entre les mains du Sieur duS. Germain Médecin & Conseiller Ordinaire Roinommé ci de-vant, sait & dressé par lui, & signéde tous les témoins. Le quel Sieur Médecin allantaprès cela rapporter au Sécrétariat de lArchevêchétoutes les pièces & morceaux restans de la décom-position de la dite Teste, il fe sir délivrer par leSieur Petit Sécrétaire aussi nommé ci-dessus un actede décharge, par lequel il est attesté qiie le dit Sieurde S. Germain, suivant l'Ordre de Mr. de LionneSécrétaire dEtat a rapporté à lArchevêché de Paristous les fragmens du carton de la fausse tête de S.Fortunat; & en outre que ce font les mêmes pièces,découpures, & morceaux, qui se trouvèrent à lou-verture de la caisse lòrsquon en fit l'exámen & rap-port. Cela se fit de la sorte ; parce que laffaireayant été portée aux oreilles de Mr. le Nonce, il ob-tînt une lettre de cachet qui lui fut délivrée par ledit Sieur de Lionne pòur se faire rendre la dite Teste,craignant quon naccusât de tromperie 8 c de mauvai-se soi ceux qui lavoient envoyée : Et même pourempêcher le dit Médecin de publier son procès ver-bal, ou de le montrer à qui que ce soit, on lui fitvoir une autre Lettre de cachet, pour être conduit àla Bastille, ou du moins pour lui en laisser toujours lapeur. Cest pourquoi depuis il nâ pas voulu laisservoir à personne le dit procès verbal, ni même en par-ler. A u reste Mr. de la Moignon prémier Présidentdu Parlement de Paris, & Mr. lArchevêque étant in-formez du rapport, & ayant appris limposture & ledéfaut de la Teste, ne voulurent point ni lun nilau-tre quon exposât les autres reliques, ni quon com-mençât la solemnité. Et fur ce quon leur dit que lesaffiches de cette fête étoient déja mises àux coins desrues, & que les Annonces en avoient été faites; quecela surprêndroit le monde & scândaliseroit le Peuplesil sapperçevoit quon ne fit plus rien, il fut résoluquon férdit dautres affiches, afin de pourvoir auscandale par une feinte. On y employa dónc unenouvelle tromperie qui sût conçue en ces termes.,, La solemnité , qui fi devoit faire Jeudi 9. de Février

les Prédications ont ete remises & différées k un autre,, tems i dont on avertira. Extrait des mémoires manus-crits dune Personne très exaBe , qui a été présente au rapport(f examen ment mné çi-deffus, & qui y a fign é comme temnn.

Da B»