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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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qu’elle voyoít qu’en ce tems-là Marie Benoît dite dela Bucaille étoit fous la conduite du dit Père Saul-nier, & qu'il fe passoit en la personne de la dite Bu-caille plusieurs choses extraordinaires qui rendoient té-moignage de fa vertu , elle en prit une telle jalousie,qu’elle mêìoit auffi dans ses calomnies ladite Marie Bu-caille ; disant 8c publiant que le Père Saulnier & laBucaille avoient aussi entr’eux un commerce impudi-que & criminel.

Ces médisances 8c ces emportemens firent tant debruit, qu’enfin on fe crut obligé d’en arrêter le cours,& de s'informer de la vérité : Messire François de laLutumiere, homme de grande qualité & d’une vertuéminente , prit foin de faire assembler chez lui au Sé-minaire de Valognes, dont il est Supérieur, toutes lespersonnes intéressées : il a été entendu au Procès com-me témoin; 8c voici ce qu'il rapporte.

II dit qu'ayant fait assembler au séminaire le SieurCuré de Valognes , les deux Pérès Gardiens des Cordeliers& des Capucins dudit lieu , le Père Sixte Capucin , Con-fesseur de la Rigolette , & le Père Saulnier la Rigoletteen présence de toute cette compagnie soutint au Père Saul-nier avec une impudence & une effronterie extraordinaire(ce font les termes dont il fe sert) qu il avoìt abusé d’el-le pluseurs fois , er entre autres la veille de Noël & laveille des Rois précédente , que le Père Saulnier dénianttout cela , dit qu’il y avoit deux ans qu’il n avoìt vu laRigolette ; qu’il la connoiffoit depuis quatre ans , mais quela reconnoiffant sandaleuse il la renvoya. Le dit Sieurde la Lutumiere ajoute , que la Rigolette dit auff auPère Saulnier qu’il avoit abusé de Marie Bucaille , maisque c’ étoit par conjecture , l’ayant vu lui recouvrir le finlorjqu'elle étoit dans une extas. II explique ensuitecomment en la présence de tous lefdits Religieux ildemeura constant, par la connoissance qu'ils avoient destems & des lieux ou la Rigolette difoit que les cho-ses s’étoient passées, que cela étoit impossible: le ditSieur de la Lutumiere dit encore d’autres choses dansfa déposition , dont on parlera dans la fuite ; mais ilsuffit de dire en cet endroit ce qui vient d’être remar-qué , pour faire connoître que le mensonge & la ca-lomnie de cette misérable créature furent parfaitementconnus & condamnés.

Cela fit tant d’éclat dans Valognes , .qu’il n’y eutpersonne qui n’en fut informé ; la Rigolette s’enfuit,8c alla demeurer quelque tems à Lisieux : mais n’yayant pu durer, elle revint peu de tems après à Va-lognes.

Il y avoit environ deux ans que ceci s’étoit passé,lorfqu’il est arrivé ce que l’on va dire.

Au tems de Pâques de l’année 1698. le Sieur Curéde Valognes ayant prié quelques-uns des Sieurs Ec-clésiastiques du Séminaire de Coûtante de| l’assisterdans l’administration des Sacremens, il s’y trouva en-tre autres le Sieur Pinchon Prêtre, Supérieur du Sé-minaire de Coûtante , avec lequel un Gentilhommenommé le Sieur de Golleville ayant eu quelque con-versation au sujet des mœurs de la Rigolette , le ditSieur Pinchon lui dit entre autres choses qu'on avoittrouvé chez elle trente ou quarante Hosties , dont laplupart étoient ensanglantées , ce que le dit Sieur deGolleville ayant fait entendre à quelques-uns des Of-ficiers de Valognes, l’Avocat du Roi donna un Ré-quisitoire le r;. Avril 1698. pour en faire informes:ce qui ayant ainsi été ordonné , ledit Sieur Gollevillefut assigné , & déposa la chose comme on la vient dedire; surquoi le Sr. de Sainte Marie Juge, & l’Avo-cat du Roi, s'étant transportés chez la Rigolette, &ayant reconnu qu’elle rendoit mauvaise raison de sonsait, ils la 'mirent prisonnière , & ordonnèrent que leSieur Pinchon, dont il est ci-dessus parlé , ainsi quele Père Josaphat Capucin , Confesseur de la Rigolet-te , aux mains duquel elle difoit qu’elle avoit mis lesHosties , seroient entendus comme témoins de résis-tance.

Le Père Josaphat a véritablement été entendu , &

R E DES

a dit qu’étant une affaire qui regarde le Sacrement ^Confession il n’est point obligé de parler ; mais pomle Sieur Pinchon qui n’étoit point le Confesseur de hRigolette , & qui avoit connoissance du nombre

de la qualité des Hosties, l'on n’a point voulu le f 31 're entendre , & c’est le plus grand sujet de reprochequi se puisse jamais faire au Sieur de Sainte Marie,qui par ce défaut 8c par la protection indigne qu’il adonnée à cette Rigolette, a voulu étouffer ce sacrilè-ge qui étoit le véritable sujet de son Procès, 8c donton n’a pu abandonner la punition & la vengeance sa nSune prévarication tout à fait condamnable.

Il a néanmoins interrogé d’abord la Rigolette , la-quelle est demeurée d’accord qu’elle avoit eu des Hoi-ries , 8c qu’elle les avoit déposées aux mains du P^ffJosaphat Capucin son Confesseur , avec lequel ladh eRigolette étoit allée à Coûtante trouver Mr. l’Evo-que pour lui rendre raison desdites Hosties, mais quele dit Seigneur Evêque l’avoit renvoyée à son Cut efans la vouloir entendre.

En parlant desdites Hosties dans fa déposition , \Rigolette a dit que c’étoit le Père Saulnier qui les h} 1avoit baillées, disant une premiere fois qu’il les avo 11baillées ployées dans deux morceaux de papier , $puis dans un autre Interrogatoire, que c’étoit dans un®boette. Elle ne difoit point au commencement le noff'bre des Hosties , elle a dit depuis qu’il n’y en avo l£que quatre ou cinq qui lui avoient été baillées endeux fois , qu’elle ne fait si elles étoient consacresou non ; mais que le Père Saulnier en les lui baillaslui avoit dit qu’elles ne l'étoient pas , Sr qu’il les se 1bailloit de la sorte , parce qu’elle pourroit les lui pré-senter à l’Autel pour les consacrer lorsqu’il seroit be-soin de la communier.

Il est aisé de comprendre que tout ce galimatias n esignifie autre chose, sinon qu’elle est tout à fait cou-pable , & qu’elle ne peut pas rendre une plus mauva 1 'sc raison de son fait.

Mais ce qui intéresse Marie Bucaille là dedans,c’est que la Rigolette en disant que le Père Sauln*^lui avoit baillé les Hosties , dit en même tems qu'st âabusé d’elle, tant avant la présentation des Hostiesdepuis , 8c que ce commerce a duré près de tro* sans, citant les lieux & les tems où tout cela s’est P 3 'sé; & à l’égard de Marie Bucaille elle dit hautern? ni:que le Père Saulnier a auffi abusé d’elle. Ce n’est pl°^par conjecture, comme elle avoit dit devant le Sir 11Abbé de la Lutumiere , mais affirmant & levant I emains devant Dieu , (ce sont ses termes) qn’elle h 5vûs le Père Saulnier & elle dans faction. Elle ajout?'que le même Père Saulnier lui a envoyé de la Lot e£te& d’autres potions pour la faire avorter, dont elle rvoit été extrêmement malade.

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aepohtion lur laquelle le Sieur de

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Marie a décrété de prise de corps , tant le Père — ^nier , que la Bucaille. On peut reconnoítre p a f ^combien ce juge est judicieux & équitable; jucsiel? •en ce qu’il quitte son véritable objet qui est la q,^f

qu’il quitte son véritable objet qui tu. -> >■tion des Hosties, 8c fur laquelle, quand il enteumst^dire par la Rigolette que le Père Saulnier les l ui /baillées, il n’est pas question de Vécouter fur cetendu commerce d’impureté qu’elle dit avoir eule Père Saulnier, & le Père Saulnier avec la Bu? 31tout cela étant hors œuvre , & ne regardant auc u ^ fment la question des Hosties : mais pour m° n ,d’ailleurs combien ce Juge est peu équitable , cqu’il décrété de prise de corps un bon Religi eilXune fille vertueuse, sur la seule déposition d’uns Psonne telle que la Rigolette , déja convaincuelomnie sur le même sujet, laquelle porte son reps* 3dans fa bouche , & qui est en effet la plus û> 3 ^créature qui soit fur la terre. La Bucaille a raiso ndire que c’a été fur cette seule déposition qu’elle , 31décrétée de prise de corps ; car ce qu’on a fait ^dre de témoins qui ont rapporte qu’on a vu p‘ u / f £fois le Père Saulnier venir chez elle après y aVo1 ^