PRATIQ.UES SUPERSTITIEUSES.
F A C T U M
Pour Marie Benoît dite de laBucaille, Appellante de la réceptionde la plainte , Sc de tout ce qui a été faitcontre elle par le Bailli de Cotentin ou sonLieutenant Criminel à Valognes , ainsi quede la Sentence diffinitive prononcée le 2 8.Janvier 1699.
Contre Monsieur le 'Procureur Général duRoi , prenant le fait de son Substitut au-dit Siège de Valognes , en la présence deJeanne de Launay aujfì Appellante de ladite Sentence , & de Catherine Bédel di-te la Rigolette , autre partie au Procès.
I A Sentence dont est Appel , contient les termesfuivans :
tì ^0^5, par P avis de l’assistance en la plus grande par-jj y avons jugé la Contumace contre le Frère SaulnìerYetre Cordelier bien inftruite , Pavons déclaré prévenu,^ tC ' lnt & convaincu d’avoir distribué plusieurs Pâtes qu il°it composées, par le moyen defquelles , dr du mauvaisJ a g e qu il -a fait du Sacrement de Confession il a préten-f pouvoir Je faire suivre par plusieurs femmes dr filles ,ff 0 ' tr abusé de Catherine Bédel dite la Rigo lette , dr dejarie Benoît , connue fous le nom de Marie Bue aille fieshnitentes dr par le même avis , avons déclaré la dite
Marie Bucaille atteinte dr convaincue d’Inceste spirituel«vec le dit Frère Saulnier Cordelier d’avoir par le con-
f dt av ^ s dudit Frere Saulnier ìnfinuè d être pojfedée ;
pour le persuader an Public, d'avoir, fous prétexte dee{ ntes agitations , est faisant les allions d’une Démonia-proféré plusieurs paroles de mépris contre Dieu dr fisfl nts » & plufieurs profanations des Reliques des Saints ,du S. Sacrement de P Eucharistie ; d’avoir vouludl e r pour Sainte , dr de s'être fait apporter des enfanses estropies qu'elle touchoit , dans P espérance de leur§ tre recouvrer leur fiante , d’avoir ajfeété de parler cer-«wement des Ames du Purgatoire , dont elle fe disait af-Wee par le moyen de la révélation d avoir fait la Pro-
f h f e f e i d’avoir révélé le secret dr, les pensées les plus ca-hee j , même des choses qui fe pajfoient dans des lieux éloi-j? es du lieu ou elle étoit , lorsque le/dites choses fì pafJf 1 >' d’avoir fait , ou affecté de parottre avoir fait des}dr° nS extraor dinaires , dr qui ne peuvent être faites quety e 1?™ ma g^ ue & opération du Diable , comme de s'ê-l t transporter des cachots de ce lieu , dans lesquels el-Ven f erm ée dans la Fille de Cherbourg dr lieux cir-g^stns , éloignés de plus de quatre lieues de ladite Pri-lj ’ en Jor te qu'elle a paru dans le même tems dans deuxil f éloignés les uns des autres ; d’avoir fait , ou jetté% H fieurs
lff Hrs maléfices fur des personnes qui en demeuroient ma-rs. ° U e fi ro pióes , dr que le Frere Saulnier dr elle gué-fid ent a l lriflant : moyens dont ils fe font servis pourq J 1 f k peuple qu ils attiraient â eux par leurs aidionst> H Jjdisoieni parottre comme des Miracles ; d’avoir faitp e .J m de faire paraître plusteurs Phantômes , même desCloff mortes il y a long-tems , qui venoìent dans fas 0lís , Ye la communier ; tantôt des Saints ou Saintesde a es figures humaines , dr tantôt des hommes entourésl *o*/”* w5 & autre's Prestiges & Illusions : pourpuni-le y re paration defquels crimes , Mous avons condamnéÉ hçqìii saulnier Cordelier , dr l a dite Benoît dite de lae » à. être conduits par /’ Exécuteur des Sentences***$ e J 5 cor de au col , tête dr pieds nuds, en che-tì* * devant la principale porte de l'Eglise de ce lieu ,detfç p Ka nt chacun un Cierge â la main , du poids defar e J VYes ' faire l'Amande honorable, pour profanations£>/ fw * faùes à la Sainte Hostie , & demander pardon â& att R°i , dr ensuite être conduits en lu Place or-
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dinaire où fe font les Executions , pour y être pendus drétranglés â une Potence qui fera plantée â cet effet , leursCorps brûlés fur le lieu , leurs cendres jettées au vent , a-pr 'es avoir été au précédent appliqués a la question ordi-naire dr extraordinaire, les biens de la dite Bucaille con-fisqués au Roi , ou aux Seigneurs , desquels ils fìnt tenusdr mouvans , fur iceux préalablement pris la femme decent livres , â laquelle nous l'avons condamnée d’amendéenvers le Roi : dr par ce que la Sentence ne peut être exé-cutée en la personne dudit Frere Saulnier Cordelier, Nousavons ordonné qu il fera apposé un Fableau dans la Placépublique de son Efigie , dr qu au dessus dudit Fableau laPrésente sera écrite , dr le Procès Verbal d'exécution signédu Greffier ; condamné ladite Bédel en trois ans de ban-nissement dudit Bailliage, dr ordonné auparavant que fai-re droit, qui ladite Jeanne de Launey servante fera ap-pliquée â la question ordinaire dr extraordinaire , duquelJugement ladite Benoît a déclaré appeller.
Il n’y a personne qui en lisant le dispositif de cetteSentence, ne trouve qu’il y a plusieurs chefs d’accu-sation tout à fait puériles & ridicules , & qui ne ten-dent à rien moins qu’à une condamnation de mort ;mais l’Apelante n’en juge pas de la forte : car la fidé-lité qu’elle doit aux grâces qu’elle reçoit continuelle-ment de Dieu , entre lesquelles , elle compte commeles plus précieuses les persécutions qu’elle souffre de làpart des hommes & des Démons , lui fait regarder lesmoindres fautes comme des crimes , enferre que toutce qu’on lui reproche de la feinte & simulation qu’el-le a dû faire d’être possédée du Démon, de l’assecta-tion qu’elle a eue de fe faire parottre Sainte & Beateâux yeux des hommes , & d’avoir voulu s’attirerleur estime par l’ostentation de ses Miracles ; en unmot , routes les choses qui ressentent l’hypocrisie,paroissent à ses yeux des accusations énormes , les-quelles , si elles étoient véritables , il n’y auroit pasde châtiment assez rigoureux pour la punir ; mais elleespère avec la grâce de Dieu , faire connoître claire-ment , que de tout ce qu’on lui impute, il n’y a riende prouvé ; & l’on porte la chose si loin, que dedire , que quand Messieurs ses Juges auront pris lefoin d’examiner fa Cause de près , (ce qu’elle a toutsujet d’espérer de leur charité,) il se trouvera que cet-te fameuse criminelle , condamnée à une amande ho-norable , à une Question ordinaire & extraordinaire,à être pendue, brûlée & confisquée ; enfin cette abo-minable créature , destinée à de si grands supplices *n’est pas convaincue d’un péché veniel.
II ne faut point songer que c’est elle qui se défend,si elle suivoit le penchant de son cœur , elle ne seplaindrait ni ne se justifierait en aucune maniéré: maisquoique la modestie & l’humilité soient son partage,il saut qu’elle souffre que pour le bien public ceuxqui s’interessent en fa vie 8c en ion honneur proposentles justes défenses qu’elle peut avoir , car l’ordre de-laJustice le veut de même : au reste, tout le dénoue-ment de cette grande affaire consiste au discernementdu bon ou du mauvais esprit, y ayant dans le Procèsplusieurs choses fort extraordinaires, dont l’ignoranceou la malignité du juge a fait des crimes , en les at-tribuant à l'opération du Démon , quoique ce soienten effet des merveilles qui ne peuvent provenir quede la bonté & de la toute-puissance de Dieu.
Pour entendre le fait, la Cour est suppliée d obser-ver qu’en l’année 16 p 6 » une fille demeurante à "Valo-gnes , nommée Catherine Bédel , autrement dite làRigolette, laquelle avoit eu au commencement le Pè-re Saulnier Cordelier pour Confesseur , & qui depuisen avoit été rebutée & chassée même du Couvent pafles autres Religieux du même Ordre, conçut une tel-le rage contre le Père Saulnier qu’elle publioit contrelui toutes fortes de calomnies & d’impostures , necraignant point aux dépens de fa propre réputation depublier par tout qu’il s’étoit servi du moyen de laConfession pour abuser d’elle, & qu’il avoit continuéce sale commerce pendant deux ou trois ans; & parce
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