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HIST OIRE DES
mettre en prières quand on la regardoit, & puis quit-tant fa posture quand elle croyoit qu'on ne la regar-doit pas ; elle faifoit semblant de ne pouvoir mangerlorsqu’on la voyoit , & mangeoit pourtant fort bienquand elle étoit seule.
Elle a fortement dénié d’avoir écrit une Lettre à unsien parent, quoiqu’on ait trouvé cette Lettré dans facoëfFure dont on l’a retirée.
L’on a remarqué qu’elle ne faifoit jamais le signede la Croix quand elle commençoit à manger ; & enun mot, elle a été peinte aux yeux de tous ceux quidemeuroient dans l’Hôpital comme une personne pourlaquelle on ne pouvoit avoir aueune estime , & toutecette illusion est arrivée parce qu'il n’a pas plu aux-dits Prêtres , qui avoient les armes de l’Eglife en lamain, de s’éclaircir de l’état de cette personne par lemoyetr des Exorcifmes , quoiqu’ils eussent tous lessujets imaginables d’en faire l’épreuve , & que le Pè-re Saulnier les eut exhortés plusieurs fois de le faireou de le laisser faire à lui-même ; que la Demoisellede Bricqueville Supérieure dudit Hôpital ait avoué àgens dignes de foi , qu’elle à pressé fort long-temslefdits Ecclésiastiques d’en user ainsi, & qu'eux mê-mes ayent aussi reconnu qu’ils avoient marqué un jourpour le faire , mais que malheureusement ladite Bu-caille leur échapa un jour ou deux avant le termepris, ce qui est la plus méchante excuse du monde,puisqu’il y avoit du moins cinq mois qu’elle étoit àl’Hôpital.
Comme cette prison n’étoit pas une prison réguliè-re, & qu’elle n’avoit point été ordonnée par Justice,ladite Encaisse ue crut pas pêcher contre les Loix d’ensortir sans congé : esse a déclaré dans son Interrogatoi-re qu’elle n’en étoit point sortie par des moyens hu-mains , mais par une opération divine, & par l’afli-stance & la persuasion de plusieurs Saints de Paradis,dont il fera fait mention dans la fuite ; elle sortit doncde l’Hôpital de Valognes le de
1697. & s’en alla à Cherbourg , qui est le lieu de cèsson origine, il s’y passa là certaines choses qui siérontparler d’esse avantageusement lorsqu’on en sera sur ceChapitre.
Cependant il faut dire que vers les Fêtes de Noëlde ladite année 1697. elle fe retira en la maison de ceGentilhomme dont on a ci-devant parlé , nommé leSieur de Colleville , ou elle a resté l'espace d’environquatre mois , & que là il se passa des choses si mer-veilleuses & si extraordinaires , qui marquoient desgrâces & des faveurs du Ciel toutes singulières furcette fille, que le bruit s’en étant répandu par tout,commença à assoiblir, & à détruire les mauvaises im-pressions que les Prêtres de l’Hôpital de Valognes a-voient prises, & qu’ils avoient voulu faire prendre àtout le monde de la méchante vie de la dite En-caisse.
L’on commença donc , par la vue des grandes cho-ses qui fe passoient à Colleville , à décrier la foiblesse& la trop grande crédulité des Prêtres de l’Hôpital,auxquels on reprochent publiquement que le Diableles avoit joués , 8 c ceci causa une si grande envie &jalousie dans l’efprit de ces Prêtres , qu’il n’y a rienqu’ils n’ayent mis en usage pour se disculper.
Cette envie peut être justement comparée à celledes Prêtres de Jérusalem contre le Sauveur du. Mon-de, duquel ne pouvant pas souffrir l’éclat dé ses ver-tus & de ses merveilles , ils firent tout ce qui étoit
en leur pouvoir pour le perdre : on ne sauroit croirejusqu’où l’envie dont il vient d’êtrè parlé a porté cesPrêtres de Valognes ; l’on en parlera un peu plus am-plement en un autre endroit.
L’on dira cependant que les témoins dont le Sieurde Sainte Marie s’est servi pour parvenir à ses fins,sont ces Pretres-là ; ils n’ont pas attendu qu’on pu-bliât des Moratoires , ils fe sont présentés avec joye ;ce n’est pas qu on leur veuille imputer à aucuns d’euxd’avoir rapporte lë faux , on les estime trop eonfeien-
tieux 8 c trop honnêtes gens pour lés en accuser; maïsils se sont sait un plaisir de rapporter toutes les chosesdont on a ci-dessus parlé , qui s’étoient passées dansl’Hôpital , c’est-à-dire , qu’ils ont rapporté les en-cours tenus par la Rigolette au Père Saulnier , &ceux de la Bucaille au même Père, le boire & le man-ger , & généralement toutes les choies qui pouvoientleur avoir donné mauvaise opinion de la Encaisse,quoi néanmoins qu’en tout ceci ils dussent avoir euun peu plus de synderese qu’ils n’en ont marqué ; carles principaux d’entre eux avoient témoigné à le ursamis, qu’ils n’ajoutoient nulle foi à ce qu’ils avoiententendu soutenir par la Encaisse au Père Saulnier!mais enfin ils ont franchi le pas , & porté ces grand stémoignages , touchant lesquels la Encaisse a soutenudans le Procès contre l’un desdits Prêtres nommé M*Guillaume Larcher , qu’on lui avoit entendu dire»lorsqu’on l’exhortoit à ne pas perdre ladite Encaisse»qu’il valoit mieux qu’elle périt , que de voir , qtie to&un Clergé en fut la dupe & passât pour ignorant.
Voilà donc l’information fur laquelle le SieurSainte Marie a fait un grand fond pour condamner &convaincre la Encaisse d’Inceste spirituel avec le Pet eSaulnier , disant qu’elle l’àvoit ainsi reconnu parbouche dans; l’Hôpital en la présence de tant de te*moins irréprochables ; mais quand on a représentéce juge que pour en juger sainement il falloit entso-en connoissance s’il y avoit possession où s’il n’yavoit pas , c’est de quoi il n’a point voulu entend 1 "®parler, fans considérer que c’étoit pourtant-là l’efl® 11 'fiel de la Cause. .
II a même marqué être dans des erreurs fort grossieres, tant en Droit qu’en Fait au sujet de cette Pssession ; en Droit, parce qu’il s’est imaginé que Vé$de possession ou obsession du Démon étoit incomp 311 "”ble avec les grandes grâces de Dieu ; en Fait, p 3rcequ’il n’a pas voulu entrer en connoissance & en dff c °'tion de toutes les marques & preuves qui sont au P r ffès touchant ladite possession : l’ignorance du P r °paroît en certaines propositions qu’il a faites à Yi^"fée , & cela se trouve dans son troisième Intel" 1 ’ 0 ”'
gatoire.
II commence par lui dire qu’il n’y a point d’e^'pie où une personne possédée ait eu de si grandes gta®®ou révélations, & continuant ensuite sur ce même <°là, il lui répete en un des Articles suivans, qu’encoffla pojfejjìon ne soit pas toujours une marque de réprob& ^elle ne s’accorde pas avec les grâces gratuites , & c .en quoi l’on soutient qùe ce Jugé s’est lourd® 131 ®trompé. ,
II convient que la possession n’est pas toujours ll °marque de réprobation : mais il ne peut pas comP 1 "^dre que cette croix & humiliation soit compatis .vec des grâces extraordinaires de Dieu : est-ee d 0 .^qu’il ne fait pas que la mesure des croix & des ansrions dans les âmes Chrétiennes fait aussi la m®des grâces qui leur font départies ? secundum ^dinem dolorum meorum in corde meo consolations ^tificaverunt animam meam , Psi 95. 19. & com 030 ^état de possession est une des plus grandes tribubj 10 ^qu’on puisse souffrir dans la vie, il porte aussition des plus grandes grâces , suivant la doctrif^^S. Paul, lequel parlant des moindres tribulations ^que momentaneum & love trìbulationis noflra att<gloria pondus operatur in nobis. 2. Corinth. 4.
II faut bien fans doute que le Sieur de Saint® ,rie soit dans une profonde ignorance des maxim®? Q-rituelles & de l’Histoire Ecclésiastique pour raicomme il fait : s’il avoit lu les Auteurs qui ont ^de cette matière , il auroit grande honte d’avoù 3 j or ,cé de telles erreurs , & il ne faut pour la justm ^ ^de l’A pelante fur ce sujet là , que jetter les y eU jyjér®un Livre contenant l’Histoire de la Vie deCatherine de S. Augustin morte à Québec en e ,en l’année 1668. Elle est composée par lePërë V- &peau. Jésuite, qui avoit été son Confesseur» sin