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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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PRATIQUES SU P

^ ces chofes-là, est celle d’Adrien le Bas Ecuyer,de Golleville.

C’est un Gentilhomme qui ne trouvera pas assuré-mauvais qu’on dise de lui une chose qui est sortmilitaire en sa personne, & sort avantageuse à l’hon-n «ur de Marie Bucaille; savoir, que pendant plusieursan née S avant qu’il connut cette fille, il a mené une viea ssés déréglée , & particulièrement à l'égard de l'usage^ es Sacremens de l’Egìife dont il n’approchoit point"U tout, 8 c vivoit pour ainsi dire sans aucun íenti-î^nt de Religion. Il se trouva en Tannée 169;» dansL%hse des Cordeliers de Valognes où il entendit plu-Jle Urs coups que l’on déchargeoit invisiblement fur le? 0r ps de ladite Bucaille, ce qui fit une fort grande'^pression sur l’esprit dudit sieur de Golleville , qui^connut qu’il y avoit quelque chose d’extraordinaireJ dedans qu’il n’entendoit pas ; cela lui donna enviefaire connoiflance avec ladite Bucaille , & par leî^ 0 yen de quelques conversations qu’il eut avec elle ,“peu lui toucha le coeur , & se repentant amèrementl’irréligion où il avoit été pendant un si longtems,

11 prit le parti de croire en Dieu 8c de le servir , ce^ 3 si fort augmenté depuis, qu’on peut dire fans!* 3 gération, que c’est présentement un des meilleurshrétiens qui soit dans la Province.

On a ci-devant remarqué que Marie Bucaille vint^la maison dudit sieur de Golleville dans le tenas desctes de Noël en 1697. 8c qu’elle y demeura environ^patre mois ; il s’y est passé plusieurs choses dont cegentilhomme rend témoignage, & pour parler de l'Ar»!* c le dont est question, qui regarde les Stigmates de

erstitieusès.

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otre Seigneur z

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Ledit sieur de Golleville commence fa dépositionPar ce qui vient d’être dit des coups invisibles qu’ilétendit donner a ladite Bucaille, disant qu'en l'année*695 .ajant appris qu il Je pajfoit quelque cbóje d’eXtraor-inaire en cette fille au tems de la Communion , la curio-à le porta d voir ce qui se pafseroit dans V Eglise desPjdeliers , ou il entendit des coups qu’il vit bien que la-Ue Bucaille ne se donnoit pas. Ct sont ces coups-là qui,£°mme il vient d’être dit, donnerent occasion auditl ®ur de Golleville de rentrer en lui-même ; il rt’enharge pourtant pas fa déposition , par humilité ScPar modestie. F

Il continue , en disant qu’en Vannée ïsipy. te Vèti-sdi Saiut il f trouva dans la maìsn ou demeuroit la*J te Bucaille d Valognes , ou il vit ladite Bucaille éten-Us y ras en Croix d l’heure de midi , gh demeura** Cett e pofiure jusques d trois heures , qu’elle parut ago-Jj me , & depuis trois heures jusques d fix elle ne ditl e s rien , mais que pendant les trois premier es heures el-t lí( f >r ^ non Ç a plusieurs Oraisons jaculatoires fort ajfec*

l e Qp en Vannée 1698. pendant qu’elle étoiì d Golleville,ji s°‘ r du Jeudi Saint , elle leur expliqua tout ce quijé t0lt pajfé dans le Cénacle le jour de la veille de la Paf& que le lendemain au matin ledit Sieur de Gollë-tyit e fiant monté en la chambre de ladite Bucaille , iln e q 11 ' on frappoit pluseurs coupi fur elle , quoiqu il

^ P°int frapper : mais que d’honnêtes femmes , quiW Tf* b-e corps de ladite Bucaille , lui rapportèrenti- lt es J avoient vu les marques de la Flagellation ; qu’il(Hc ° r la marque comme d'une playe au côté , gp vitH e ss e des crachats fur son visage , ce qui dura jusques dvljfi dix heures , auquel tems ladite Bucaille s'écria,de p ^tuence ! & fur les onz,e heures elle dit au Sieurollevìlle qu'elle voyoit Jefus-Chrijl fur le Calvaire

fort,

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m4 J a Croix , & fur le midi ladite Marie ayant les

t ‘ lti Jcle°*' tteS fa r e flomac , il vit que les nerfs gr lesOffrit et °‘ em ttr ^ ^ es uns Con tre, les autres , cfi qu’elle&l e 1 épiques d trois heures les douleurs d’une agonisante ;l’tnj e ,emain le Déposant vit du sang sur les mains dt Jsie, r ° tt °' H Jefus-Chrijl les avoit eu percées , & les fittr e L , Ps r le Sieur Curé de Golleville avec du cotton<tux * s de Veau , & après vit que le sang repoujfoitm ^es endroits t ce qui n arriva pas en même tems d

son côté ; mais qu'étant montés quelque tems âpres , leditSieur Curé & lui virent sortir du sang de son côté envi-ron plein me cueiller d’argent : Il ajoute , qu’il a encorvu sur sa tête des marques comme d’une Couronne d'é-pines.

Le Sieur Curé de Golleville a rapporté sur ce mê-me sujet , qu’il avoit vu un jour de la chair enlevée défur le côté de ladite Bucaille , gr qu il a vu le refie descrachats defiechés fur son visage ajfure qu’il a vu lesStigmates par trois fois , qui étoient les premiers Vendre-dis du mois , les ayant ejfuyés lui-même avec de Veau grdu cotton , qu’il a vu par deux ou trois fois le bonnet de.ladite Bucaille tâche de sang en forme de Couronne , pa-roi fiant. qu’elle refientoit de la douleur auxdits endroitslorsqu on y touchoit , & a vu comme des trous d’épinesdans fies coiffes le jour du Vendredi Saint 1698.

Ge seroit inutilement qu’on rapporterait ici tousles autres témoignages qui parlent desdits Stigmates,on dira seulement qu’il y a outre le Sr. de Golleville& le dit Sieur Curé plusieurs autres témoins ; savoir,Joseph Moynet, Charlotte Doublet, GeorgeFolyot,Nicolas de Caux, Jeanne Rigaut, Hebert de Caux,AnneChábel, Catherine Lescureul , Marie Doguet,Artus Houffin , Gilles Marion , François Moynel,Laurent Marie d’Orange, c’est-à-dire, quin-

ze autres témoins, qui avec le Seigneur & le Curé dela paroisse , composent le nombre de dix sept , quiparlent tous de visa , & qui circonstanciel si bien lachose, qu’il n’est pas possible de la révoquer en dou-te , quelques-uns d’entre eux parlant même d’un souf-flet donné fur la joue de ladite Bucaille au tems decette Passion , dont les marques lui demeurèrent em-praintes fur la joue. Ils rapportent toutes les autreschoses dont les deux premiers témoins ont parlé, & laderniere d’entre eux qui est la nommée Marie Orangeassure., qu’elle a mis son doigt & l’a enfoncé dans lesPlayes Sc Stigmates qui paroissoient au côté, pieds 8cmains de la dite Bucaille, & en fit sortir du sang toutpur» La Cour n’oubliera pas , s’il lui plaît cette cir-constance ; savoir , que le jour du Vendredi Saint laplaye dii côté ne parut pas fi-tôt que celles des pieds& dés mains , par rapport à ce qui s’est passé en lapersonne du Fils de Dieu , dont les pieds & les mainsfurent percés assez long-tems avant le côté qui ne futpercé qu’après fa mort.

Comme le bruit desdits Stigmates fut répandu dansce païs-là, il vint en un certain jour premier Vendre*di du mois , une foule de jeunes gens curieux, par-tis de Valognes pour voir ce spectacle; mais Dieu quin’aime pas ces sortes de curiosités, ne permit pas qu’ilssussent satisfaits; car les Stigmates furent avancés d’unjour. Generatio prava & adultéra fignum quxrit & f-gnum non dabitur eì.

Or comme la preUve de cette saveur singulière duCiel en la personne de ladite Bucaille est la mieux fai-te qu’elle puisse jamais être ; ri’est-ce pas une chosetout à sait ridicule de voir une déposition que le Sr.de Sainte Marie a fait faire par Thomas ChauvinGéolièr dé la prison de Valognes & fa femme : quiest un conte comme quoi ayant un jour tué unpoulet dans la prison, & en étant sorti du sang, dontla pantoufle de la Bucaille avoit été tâchée , elle leurvouloit faire croire que ce sang-là etoit un effet de sesStigmates.

L’on demanderait volontiers au SieUr de Sainte Ma-rie comment il a pu se résoudre à interpréter cette ex-pression merveilleuse de la Passion du Sauveur, com-me un effet de l’opération du Démon , rien n’étantplus indigne de la Majesté 8c de la bonté de Dieu;vu que depuis une pareille grâce dépártie à saint Fran-çois , l’on n’a point entendu parler que Dieu ait per-mis au Démon de contrefaire un tel Mystère. Lors-qu’on a interrogé ladite Bucaille là-dessus , touchantle tems auquel elle avoit commencé à ressentir lesditsStigmates , elle a dit , qu’ils avoient commencé desl’âge de dix ou douze ans , 8c qu’ils avoient contí-

N 7. nue