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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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J0 H I S T O I

dre d’envoycr leur Confrère dans une prison à la mer-ci du sieur de Sainte Marie leur ennemi, & qui pou-voir le retenir tant qu’il lui plairait, Sc particulière-ment lesdits Religieux ne pouvant pas savoir le sujetpour lequel ce decret ètoit donné, ce que l’on tenoitsort caché, sc dont, après tout, la connoissance & lacorrection auroit dû être renvoyée Lux Supérieurs deson Ordre. Mais on n’avoit garde de le faire, puis-qu’il est certain que de tous lesdits Religieux il n’yen a pas un, depuis le Provincial jusques au dernierde l'Ordre , qui ne soient très contens dudit PereSaulnier, l'ayant employé depuis quinze ou seize ansà enseigner la Théologie dans leurs Monastères , cequ’il fait encore présentement dans le Convent deNanci.

Quant au prétendu commerce impudique d’entre lePere Saulnier & Marie Bucaille, il n’y a pas’ un motqui fasse charge au Procès; car on ne compte la Ri-golette pour rien , non plus que ce discours tenu àl’Hôpital pendant un accès ou agitation du Démon.Tous les autres Témoins qui parlent des visites que ceReligieux rendoit à ladite Bucaille, ne disent pas unmot qui ressente l’impudicité; cette porte fermée fureux ne signifie rien , non plus que ce qu’un Témoinraporte, qu’ils avoient un jour vérouillé la porte, cequi est si mal inventé, qu’il n’y avoit pas mêmè devérouil à ladite porte, laquelle ne se fermoir qu’avecune clef, & néanmoins le sieur de Sainte Marie n’apoint de honte par fa Sentence de déclarer Marie Bu-caille duement atteinte & convaincue d’Inceste spiri-tuel avec le Pere Saulnier, & il n’a pour cette con-viction que ces deux seuls Témoins, savoir la Rigo-lette & le Diable.

U y a un autre Article dans la Sentence qui fait im-pression fur ceux qui la lisent, c’est la profanation dela Sainte Hostie ; car c’est principalement à ce sujetqu’on a ordonné une Amande honorable pouf la répa-ration de la profanation faite à la Sainte Hostie , &tout le monde demeure là-dessus l’esprit en suspenspour savoir si cette profanation est véritable ; car sup-posé que cela soit, on convient que ce sont là des sa-crilèges qui ne peuvent être punis trop rigoureuse-ment.

Mais quand on vient à examiner le Procès fur cet'Article, on trouve qu’il est parlé de la Sainte Hostieen deux endroits. En l’un on a rêmârqué qu’un jourdans l'Eglise des Cordeliers , ladite Bucaille prête àrecevoir la Communion voulut cracher, mais on rap-porte positivement qu’elle ne cracha pas fur l'Hostie ,& qu’elle la reçut avec grand respect.

En un autre endroit il est raporté qu’un jour laditeBucaille ayaut communié dans la Chapelle du sieurde Golleville, se mit à tousser, & que par ce moyenil tomba une partie de l’Hostie à terre ; mais les Té-moins raportent qu’auffi-tôt ladite Bucaille la releva &l’avala, & le Prêtre qui disoit la Messe ajoute unecirconstance très remarquable, qui est qu’elle alla lé-cher ladite Hostie ì terre avec fa langue.

Le croiroit-on, si on ne le voyoit, qu’il n’y eutdans totlt le Procès d’autre profanation d’Hostie quece qui vient d’être remarqué? Le premier Article quine dit rien du tout, & le second qui bien loin d’êtreun péché, est sans doute une action de la plus grandeReligion du monde. L’on ne doute point que quandMessieurs les Juges verront ceci, ils ne demeurent ex-trêmement surpris de ce que n’y ayant nulle autre char-ge que ce qui vient d’être dit, le Juge de Valognesa eu la hardiesse d’employer dans fa Sentence quel’on est convaincu d’une profanation d’Hosties , &cela pour étonner le monde & pour s’attirer des ap-probateurs dans le jugement le plus inique qui futjamais.

L on en peut déja juger par l’examen de ces deuxpremiers Aiticles_qui regardent le prétendu Incestespirituel & la profanation d’Hosties, qui est ce qu’ily pou volt avoii de considérable au Procès ; car pour

n n o L s

ce qui est de tout le reste, comme ces Pâtes dont ôûdit que le Pere Saulnier fe servoit contre les Sortilèges& Maléfices, laquelle chose , si c’est un crime , estcommune à un grand nombre de Capucins qui en on tde la même forte ; d’avoir voulu passer pour Sainte,& de s’être fait apporter des enfans pour les guérir, Scqui néanmoins n’ont point été guéris ; d’avoir pari?affirmativement des Ames du Purgatoire ; d’avoir sarc-la Possédée ; d’avoir révélé le secret & les pensées ca-chées , même des choses qui se passoient ert des lieu*éloignés ; d’avoir fait ou feint de faire paraître plu-sieurs Phantômes dans fa Chambre, & tout le reste q u fest contenu dans la Sentence; ce font des chosesne doivent pas faire la matière d’un Procès Criminel >Sc ne méritent pas qu’on y fasse réflexion. Néanmoinsce Juge , après en avoir fait l’énumération dans f®Sentence, est assez mal avisé que de dire , pour 1®réparation de tous lesquels crimes il a condamné ìfaire Amande honorable , & enfin au dernier Sup-plice.

Quand il n’y auroit autre chose au Procès que ciqui vient d’être dit , c’en ferait plus qu’il ne f® utpour justifier ladite Bucaille, puisqu’il suffit dans u neaccusation criminelle de montrer qu’il n’y a point d?charges Contre l’Accusé, & qu’il n’est convaincu d?rien ; mais il y a bien d’autres raisons qui rehaut!entmerveilleusement son innocence , & cela consiste au*grâces extraordinaires que Dieu a répandues fur el|?pendant toute fa vie, & qui éloignent beaucouppensée qu’on pourrait avoir qu’une ame comblée d?tant de faveurs fût capable de se laisser souiller par h 5saletés & les ordures qu’on lui veut imputer.

C’est ici fans doute Pendrait le plus délicat du Pf°'cès, & le plus difficile à traiter , d’autant plus q uíl’on n’est jamais plus mal écouté que quand on ve^s’étendre fur ses propres louanges, & c’est même ^des chefs de la condamnation portée par la Sentent?»de ce qu’elle s’est voulu faire passer pour Sainte ^Beate , & attirer les approbations des hommes ? 3Íl’ostèntation de ses Miracles.

11 est pourtant vrai que de la manière que les gt" 3 ;de Dieu fur ladite Bucaille ont été manifestées aucès, cela s’est fait fans fa participation & ne ressent f'cune ostentation de fa part ; elle n’a jamais demandefaire preuve d’aucuns faits justificatifs, ni d’aucu° e ,choses extraordinaires qui fe soient passées en _el* e ’mais il est arrivé que fur un Monitoire qui a été ?blié contr’elle, le plus infâme qui fut jamais , SClequel on remarque en passant qu’il est de la comp 0 ’ /tion du sieur de Sainte Marie , puis qu’étant tossaux mains de ladite Bucaille on a remarqué que 1® E rmiere page est écrite de la main dudit I uge , Sc 1? ' gplus de celle de l’Avocat du Roi, poîir montrerledit sieur de Sainte Marie íaisoit fonction de J tl »^ u íde Partie; il est donc vrai que sur ce Monitoire, An’étoit sait que pour perdre ladite Bucaille Sc 1? ,j esSaulnier, il y a eu des Témoins, qui au lieu de P 3 : econtre ladite Bucaille , comme ledit sieur de S® ^Marie le désirait, ont parlé pour elle , & quoifl ue flS ,Juge ait eu fort grande répugnance à entendre ees §là, qu’il ait tronqué une partie de leurs dépotm^& qu’il ait renvoyé les autres fans les vouloir etlten slll ’iquand il a vu qu’ils alloient plutôt à la décharg^lla charge, il s’en est pourtant échapé quelques-u nS 0 jn’ont pas laissé d’en dire du bien, & voilà comm?l’on a tu quelque chose des grâces de Dieu st ir 'Bucaille; à quoi elle a si peu contribué, ss^,ssiè?dant tout ce tems-là elle a toujours été ?°dans son Cachot, sans recevoir aucun servicesonne. . 3 sî'

Or entre les grâces extraordinaires dont Dl?^ plu 5vorisé ladite Bucaille, une des plus grandes Sc ^ psensibles, ç’a été l’expression des. douleurs Je?

Passion du Sauveur fur fa personne, par le ^

Stigmates semblables à ceux dont Dieu a aut f ^ ffvorisé S. François. La premiere déposition qm d?