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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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P R A T I Q_U ES SUPERSTITIEUSES.

Le Sieur de Golleville en rapporte un exemple sortremarquable, en disant qu un certain jour d'aumône ré-glée qui Je faifiit dans fa maison il vint plusieurs pan-âtes , fy comme il rìj avoit pas beaucoup de pain , l'ondonnait au lieu de pain des fèves dans une écuelle à cha-Cti n defdits pauvres ; mais qu un jeune garçon du nombredefdits pauvres , âpres avoir mangé fis fèves , ayant dé-bandé du pain , on lui répondit qu'il n y en avoit pas ;fr quoi -Marie Bucaille s'étant trouvée Ik , fr étant tom-ate en extase , s'écria qu il lui falloit donner du pain ,& que c'étoit le Fils du Tr'es-Haut qui le demandoit, on^i donna donc du pain , & lon a éprouvé qu'il s'étoitre pandu une certaine bénédiction fur l'écuelle ou ce paú-

Vr e avoit mangé , en forte que lors des agitations oìi tom-&oìt Marie Bucaille , on lui mettoit ladite écuelle Jur lattte , qui chajfoit le Démon. Le pauvre même, qui de-v °|t sappeller Jean Folyot , qui étoit d'une paroisse^°isine, a depuis reconnu, tant au Sieur de Gollevil-Jf quà une autre personne , qu'il n'étoit pas venu àaumône ce jour- ; mais depuis ce tems- les erine-hso de la Bucaille ont obligé ce jeune garçon à veniríj' r e devant le Sieur de Sainte Marie que véritablement* étoit venu à laumône * reconnoissant néanmoins parlo u Interrogatoire qu'il avoit au précédent avoué lec °ntraire : mais cest une chóse faite après coup j & àpoi lon ne doit avoir nul égard ; & quand on a par-e ^ ladite Bucaille du discours que tenoit présente-ment ce jeune garçon , elle a répondu sort sagementlUe cest quon le lui saisoít dire*

II est encor fait mention dans le Procès dautres ap-siritions du Fils de Dieu , tantôt fous la figure dUnJ etit enfant , & tantôt portant fa Croix fur ses épau-e $, & même du Père Eternel fous une autre figure ;& lorfquon a demandé raison à la Bucaille de ces for-tes dapparitions , elle a répondu quelle ne pouvoitÊas empêcher que les personnes de la très-Sainte Tri-> pour apparoître aux hommes , ne prissent telle^gure quil leur plairoit*

A ceci se rapporte encor qui est dit de pòstu-I e & de la contenance que prenoit en certaines occa-( j 0ns ladite Bucaille , lorsque dans ses extases elle ten-°it son doigt comme pour recevoir une bague de la>in Nôtre Seigneur Jefus-Christ , ou quand ellea ssoit certains mouvemens de la bouche comme pour'Uccer le lait de la) très Sainte Vierge. Ceci a si fortystayé & échauffé le Sieur de Sainte Marie quil naPu-*- J - '- ----- - » -

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sempêcher de la traiter de Visionnaire & de sa-

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& de lui dire quil la falloit mettre aux pe^& cela causé par l'ignorance profondee st ce juge des sécréts & des mistéres divins ; carle si e quil y a des exemples fans nombre de ces sor-Sj ue choses dans les Vies des Saints, du moins le ditjj Ur de Sainte Marie ne devoir pas ignorer ce qui estj Pporté dans la Vie de S. Bernard , quil avoit fuccéa,t des mammelles de la Sainte Vierge. Ce fontl^Wes que les Spirituels appellent des vues intel-fnt ' 6S » lesquelles de quelque façon quelles se paf-d es 5 & ou les hommes ne cònnoiffent rien , laissentt e pétions merveilleuses qui fondent, pour ainsi di-Uluefient les cœurs en lAmour de Dieu. S.l'p étant encor fort jeune, 8c sétant trouvé danssio la nuit de Noël avant quon commençât lOf-d e A s endormit un peu > & pour lors il eut une vuej* humanité sainte du Sauveur naissant si agréablej^quuchante , que depuis ce tems- elle ne lui esttefk'l Partie de lesprit , & il en a été embaumé lepj vie.

Ue a A. x 'éme Article qui a encor le plus fait de pei-do Qtl * leur de Sainte Marie, ce sont ces CommunionsqUeie^P 3 . 1- les Saints du Paradis à ladite Bucaille, ce^ de ait îu^e appelle des phantômes par fa sentence :si y er ^ es Communions il y en a de deux sortes ; car$ le s n a qui semblent navoir été faites quen esprit,sie j, s autr es par une manducatiòn réelle 3c effective

7i^ e j£ lere consiste en ce que lorsque la dite Bu-

caille étoit empêchée de recevoir la Communion ordi-naire i Dieu ne la vouloir pas laisser privée des avanta-ges de la Communion , de sorte quen ce tems- on voyoit lorsqu'on diíoit la Messe fe présenter avecla posture dune personne qui ouvre la bouche poúrrecevoir la Communion , & après lavoir reçue elleretiroit à quartier comme pour sairé son action de grâ-ces. Cela a été vu par plusieurs témoins ; & quandelle a été interrogée-dessus, elle a dit qu elle ressen-toit en elle-même les grâces & les effets ordinaires dsla sainte Communion.

Les autres Communions sont celles qui lui ont étéeffectivement apportées par les Saints de lautre mon-de , comme par le Saint Jésuite le Père de Brebeuf,& par un Saint Hermite nommé le Père JacquesSainte Anne, lequel, auffi-bien que le Père de Bre-beuf , est mort en odeur de Sainteté. Il y a une dsces Communions qui a été vue & rapportée par Jean-ne de Launey partie en cette Cause , laquelle demeu-roit pour lors avec ladite Bucaille en quálité de íâCompagne ou Servante. Elle a déposé quun jour dePâques le Père de Brebeuf étoit venu apporter laCommunion à ladite Bucaille danS une des Chambresdu Sieur de Golleville , avec cette circonstance quilavoit pour lors deux Hosties, dont il en présenta unéà ladite de Launey , qui ne la vòulut pas recevoir,parce quelle avoit mangé ce jour-.

Le Sieur de Sainte Marie nauroit pas été étonné &scandalisé de tout ceci, comme il la paru , sil avoitvoulu jetter la vûe fur lHistoire Ecclésiastique, ouil y en a quantité dexerriples , entre lesquels il ne serápas hors de propos de reprendre ici ce que le Père R.a-gueneau en a dit dans cette Vie de Catherine de S.Augustin , ci-devant citée, comme les Saints du Pa-radis lui apportoient la Communion ; & voici commeil commence ce Chapitre.

Plus les Démons dEnfer s'efforçaient dempêcher quécette aime innocente , quoique toujours tentée dans des ex-trémités inconcevables , ne reçut la Communion , d'ou el-le tirait fin plus puissant secours , fr des forces pour de-meurer toujours viElorieufì , plus au contraire ceux qutavoient fiin de fa direélion l'obligeòient de communiersouvent : mais les Etnges fr les Saints du Paradis P y en-gageaient encore davantage , Dieu permettant queux- -mes lui apportassent le Corps de Jésus- Chris , fr qu'elle lereçut de leurs mains : voici, dit cet Auteur, ce quel-le en écrit elle-même dans ses Mémoires.

Le sixième Mai i66q. Fête S. Jean lEvangelisiea trois heures du matin , je sentis la présence de ce Saint ,j'eus un Colloque si doux avec lui lespace dune demieheure , que mon ame en étoit comblée de douceur frjoye ; pendant ce Colloque grand, Saint m'insinua deprier pour une certaine porfònne qui étoit en Fraùce , frde lui appliquer ma Communion de ce jour-la. Je lui disque je ne devois pas communier ce your-lk , mais que sifavois communié je lui aurois de bon c mur donnéCommunion , il m'assura que je commUnierois , fr m'a-jouta qu il vouloit que je le griajfe dappliquer cette Com-munion a la susdite personne. Jl vouloit particulièrementque madrèjfant k Dieu je demandajfe que par les méritésde la grande pureté de S. Jean il lui plût effacer entierrement toutes les taches fr péchés dimpureté que cet hom-me avoit commis. Lorsque jajsiftois a la sainte Mejfi ,je fintis dérechef la présence de ce Saint , il me semblactue lui-même me communiòit Çce fut un peu âpres l élé-vation') la présence de Nôtre Seigneur causa beaucoup depaix fr de suavité k mon ame ; car encor bien que lesDémons agissent en moi souvent dans mes Communionsplus fortemént qu en dautres tems , toutefois leur opéra-tion ne sert qu k me faire mieux sentir la force fr le pou-voir de celui qui esi dans mon cœur.

Dans un autre endroit de çe même Chapitre * par-lant de S. Pierre & de S. Paul, elle dit : Toute l'O Ba-ve f ai toujours ressenti la présence de ces Saints ylpòtres ,fr j ai communie tous les jours ; j'ai cru par deux foisque çétoit par leur moyen ; les autres de celles du Père

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