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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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PRATIQUES SUPERSTITIEUSE S.

eux-mêmes, Sc ceci est fans doute un ester

Bdes fur

dune grande ignorance de ce Juge; car il a bien en-t£ ndu dire quun Sorcier en guérissant un maléficerenvoyé souvent le maléfice fur une tierce personne ,frais on na jamais ouï parler que le Sorcier prenne le^al ssr lui-mème, & ainsi dans les guérisons que Dieua opérées par ladite Bucaille, si el'íe sest chargé véri-frhlement des maux des malades, comme il est justifiéj a nt âu fait présent quà légard du Sieur Curé de Gol*Avilie & des autres personnes dont on a parlé ; cettelanière de guérir les autres a quelque chose de pluspand & de plus noble-que les autres guérisons miracu-Eufes qui fe font dune feule parole : puisque la cha-rit é est beaucoup plus grande à fe charger ainsi dujfrl dautrui, à lexemple de celui dont il est dit pare Prophète, Vere dalores noftros ipfi tulil , dr languores^flros ipfi portavit.

Cette guérison nest pas la feule chose extraordinai-re qui se soit passée à légard dAnne Feuillie.

Bile rapporte quêtant allée voir ladite Bucaille dansj t rfin d Valognes, elle lui prit son Chapelet , lequel el-e ef uporta a Cherbourg, & le mit dans fin coffre ; drtytelque tems âpres elle trouva ledit Chapelet pendu à laMitre de son grenier , étant fort surprise de le trouver,te ^ment qu'elle le reprit , le renoua dans un linge , & leVern it dans fin coffre, & kàit Chapelet ayant encore étét er du une seconde fois, dr ue layant plus trouvé , elle^nda à ladite Bucaille par Pafquet de Launey qu elle laBW de dire ou étoit le Chapelet, à quoi il fut réponduelle le cherchât, dr qu'elle trouveroit dequoi au bout ;e ffet elle le trouva fur le chevet de fin lit avec un®dlet , lequel y étoit attaché, qui lexhortoit à la patience.

Or quoique ladite Feuillie parlant du contenu du-dit Billet ne fasse mention que de lexhortation à lahtience, il est pourtant vrai quon y avoit ajouté un5v ertissemept dêtre plus fidelle à Dieu, & il est bienProuvé au Procès que depuis la guérison de laditeeuilfie la Bucaille lauroit toujours prêchée-dessus,? exhortée à être plus fidelle à Dieu quelle navoitîfr par le passé*

. Çe Billet qui étoit attaché au Chapelet devroitjroir été apporté à la Cour avec les autres Pièces :

aïs il na pas plû au Greffier, soit par lui-même,soitPar l ordre du Juge, de lenvoyer , & lon na appor-. e que le Chapelet fans Billet , quoique ce fût unefrce importante au Procès. Le sieur de Sainte Marié3 Bêtement interrogé ladite Bucaille pour savoir delleest-ce qui avoit écrit ledit Billet ; & elle a répon-jp quelle ne le savoit pas; & quand on lui a deman-r ®. somment elle avoit tout ce qui sétoit passé auj- ! et du Chapelet qui avoit été perdu Sc retrouvé deuxj î s dune maniéré si extraordinaire , elle a dit que cé-*'t son Saint Ange Gardien qui len avoit avertie.

, aj s le fi eur Je Sainte Marie qui interprète toutes

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?í es ^ la manière du monde la plus injuste Sc la plus

^?8ue, veut absolument que ce soit une œuvre duos 011 quoique toutes fortes de raisons le dussentdi]/^ er à en penser tout autrement; car tant la guérisonc Ur CQr ï>s que celle de lame, laquelle on vouloit pro-Bir ^ âr Ce Chapelet & par ces exhortations à bien W choses qui ne tendent quau bien ; & cela§ìl e ait '^ P a s souvenir de ce qui est écrit dans lEvan-Pa u si Ue le Sauveur du monde opéra à légard de cele J r , e .' an guissant de la Piscine, car il commença paril guérir, & p a y an t depuis rencontré dans le Temple,fafty amoureusement pour lui dire : Eccê^ sanus

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deterius tibi con-

í.iy r g n Pourroit faire un neuvième Article dun petit na l ou Manuscrit qui est au Procès, tant en Ori-^ r efí^ U ' en Copie, cest un cahier qui a été mis auAf, re e ,P ar íe Sieur Curé de Golleville , & cest unéc rit ge ^ la Vie de Marie Bucaille, qui na pas étét>i re £ ar elle, mais par un Prêtre qui étoit autrefois sonqui î n < " Ur à Cherbourg, nommé le Sieur Dallet » Scfrort il y a dix-fept ans.

11 na pas pour titre, Vie de Marie Bmaillé ; maisbien, Vie dune Personne qui veut travailler à sa per-fection.

On ne dira rien en particulier touchant cet Ouvra-ge , qui fut nécessairement fait il y a dix-fept ans ; carlAuteur y parle dune personne âgée pour lors de vingt-cinq ans -, Sc ladite Bucaille en a présentement quaran-te-deux : mais tout ce que lon en peut dire , cestquil semble en le lisant, quon lit la Vie de Sainte Ca-therine de Sienne, ou de Gennes, ou de quelquunede ces grandes Saintes du Paradis. Il est vrai quonpeut parler de toutes ces chofes- pour ladite Bucaillefans répugnance Sc fans confusion : mais enfin puisquela Piéce est au Procès, elle servira pour faire connoî-tre ce que pouvoit être ladite Bucaille il y a dix-íeptans.

Ët lon feroit peut-être encófe un dixième Articledu Portait de ladite Bucaille qui est au Procès , &qui fut fait par Tordre du Pere Saulnier en T Année1696. par un Peintre de Valognes nommé le Prieur*Cela ne sest pas fait du consentement ni de la cònnois-sance de ladite Bucaille,qui pour rien du monde nau-roit souffrir quon leut peinte ; mais on prit letems de trois ou quatre extases pendant lesquelles on ytravailla, Sc ce quil y a de merveilleux-dedahs, &dont mention est faite par un écriteau qúe le PerèSaulnier a mis au dos de ce Portrait, est que le Pein-tre après avoir peint le visage voulut auffi peindre lesmains : mais il sy trouva un défaut en ce quil y avoittrois doigts de chaque main Courbés Sc pliés dansmain par une infirmité arrivée il y avoit dix ans ; maislorsquil fut question de peindre les mains, lon sap-perçût que les doigts fe redressèrent comme les autres,& après la peinture achevée ils retombèrent dans leurpremière insirmité, ce qui avoit encore duré plus dehuit mois.

Tout ce qui vient dêtre dit fait autant preuvesdes grâces extraordinaires que Dieu a répandues fur la-dite Bucaille, Sc qui doivent fans doute beaucoup é-loigner la pensée quelle soit coupable de ce prétenduInceste spirituel, ou de cette profanation dHosties quona voulu lui imputer, & qui font dailleurs des choses trèsmal prouvées. Mais ce qui a le plus étonné le Sieur deSainte Marie dans toute la fuite de ce Procès, cest cequi est rapporté de ces transports extraordinaires arri-vés à ladite Bucaille , laquelle sest tróuvée en mêmétems dans Prison de Valognes & à Cherbourg , é-loignés de quatre lieuest Cest une affaire qUe ce Jugena jamais démêler, Sc à faute de la comprendre, ilsest porté tout dun coup à T attribuer au Diable.

Ces transports ont paru en deux occasions ; luné ïlégard dAnne Feuillie, & lautre à T égard dun jeunegarçon nommé Thomas Darrás , qui demeurent tousdeux dans les confins de Cherbourg.

Anne Feuillie a rapporté , qu un jour après qu ellefr fa mere avoient reçu plufieurs mauvais traitemens , quifi faifiient dune maniéré invifible , par des mains quileur tiroient la couverture dr les linceuls de fur leur lit ,elle vit en un certain jour Marie Bucaille aux pieds defin lit; Sc ceci étoit dans un tems il est constantque ladite Bucaille étoit prisonnière à Valognes, êllene rapporte pas dans fa déposition que Marie Bucaillelui parla, mais la chose est demeure constante lors dela confrontation , Sc le langage que lui tint ladite Bu-°caille tendoit toujours à la rendre plus fidelle à la Loide Dieu. ,

Lautre Témoin , qui parle de ce fait, est un jeunegarçon âgé donze ì douze ans, nommé ThomasDar-ràs, il demeure avec le Pere Messe Cordelier, Her-mite dans lHermitage de Cherbourg , ayant desseinde fe faire Religieux.

Ce jeune Témoin rapporte qu'étant un jour , qu ildéfigne du mois de Septembre dernier , dans le Jardin duPere Mejíe a quatre heures demie après m idi, dr dansun tems fort fer ain , il fit surpris d f y voir tout d. unçmp Marie Bucaille , laquelle il connoiffiit fort bien ,O 2,

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