histoire des
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des vérités, & Us abandonnent souvent , selon leur lan-gage , leurs femmes aux Dieux & aux Vents. La nuitétant venue, la Sorcière , qui est du nombre de cesfemmes que les Latins nomment Tribades ou Frìcatri-ces, embrasse la belle, & en jouît au lieu du Démondont elle pense être caressée.
Au reste fi les Sorcières n’étoient pas folles ou in-timidées par l’horreur des tourmens, jamais elles n’au-roient découvert le commerce qu’elles disent avoir euavec le Démon. II y en a eu même qui en ont saitgloire en Béarn auffi-bien qu’en Allemagne , & on ena vu qui se vantoient hautement d’être Reines duSabbath. L’Ellébore ou les petites Maisons feraientdes rémedes plus proportionnés à leurs maladies , quele feu & les tourmens dont on s’est servi jusques ici.Mais pour connoître plus parfaitement la vérité de cet-te opinion, examinons ce que les Médecins disent dela maladie qu’ils appellent Incube.
Cette maladie n’est q u'une suffocation nocturne,dans laquelle la respiration & la voix sont interrom-pues : il nous semble , quand nous en sommes sur-pris , que le Démon (comme parle le vulgaire) nouspresse la poitrine & nous empêche de crier au secours.Si une femme amoureuse & mélancolique en est atta-quée , elle croit fortement que le Démon la caresse ;& fi avec cela elle a la mémoire embaraílée des contesque l’on fait ordinairement des Sorcières , son imagi-nation se trouvant alors dépravée , fait qu’elle raconteensuite sa rêverie comme une vérité.
Une femme effroyable à voir, vieille, sèche & mé-lancolique , qui a l’esprit imbu des fables du siécle ;un vieillard attrabilaire , qui a passé toute fa vie dansles plaisirs illicites, & qui, dans l’âge ou il est, con-serve encore un vif souvenir de sa lascivité passée, nesaurait mieux entretenir ses voluptés que dans fa mé-lancolie amoureuse : si bien qu’étant tout occupé deses plaisirs impudiques quand cette maladie l’attaque,fa folie amoureuse va souvent jusques-là , qu’il luisemble voir & caresser un Démon en forme de fem-me , comme se l’imaginoit le vieillard de 8 o. ans. que l'on appelloit Pinet , qui parloir partout où il é-toit à son Incube Florine , selon le rapport de Pic de laMirandole.
Le dormir sur le dos, le travail que souffre í’esto-mac à digérer des viandes dures , la faiblesse de lachaleur naturelle, la fermentation d’une humeur atra-bilaire , font les véritables causes de ces illusions noc-turnes & démoniaques. Une vapeur épaisse , quis’élevé & qui se mêle parmi le sang, cause la difficul-té de respirer & la privation de la voix ; cette vapeurnoire étant ennemie de notre vie , empêche le libremouvement du cœur & du poumon, & retarde ainsil’ébulition naturelle qui s’y fait , en embarassant lesconduits de l’une & de l’autre de ces parties, de forteque non seulement on ne peut alors ni parler ni respi-rer , mais que même tout le corps languit par la fai-blesse de ces deux parties principales.
Cette vapeur obscure étant portée au cerveau , of-fusque les esprits qui s’y sont depuis peu fabriqués,& puis se mêlant parmi le cerveau empêche l’ame d’a-gir selon se coutume : l’imagination en est dépravée,les sens en font troublés & les nerfs embarassés ; telle-ment qu’il n’y a pas d’apparence que le cœur, le pou-mon , le diaphragme , en un mot toutes les parties d ucorps soient dans leur tempérament ordinaire. La diffi-culté de respirer en est augmentée, auffi-bien que cel-le de se mouvoir ; car cette vapeur épaisse, & ennemiede nous trouble si fort la fermentation naturelle dusuc nerveux , que l’ame , qui s’en sert comme d’uninstrument prochain , ne peut faire toutes les bellesactions que nous lui voyons faire tous les jours.
La maladie Incube est quelquefois si commune,soit par l’intemperature de l’air , ou par la mauvaisequalité des alimens & des eaux, qu’elle devient com-me épidemique , & populaire , ainsi que Lifmacusl’observa autrefois à Rome ; & si parmi toutes les per-
sonnes qui en font attaquées , il y en a quelques-uste$qui ayent l’ame embarassée d’un amour impur , oUdes sables des Sorcières , il ne faut pas douter que sepassion ou se créance ne lui fassent voir en dormant »ou même en veillant, des objets capables de l’entréte-nir dans ses rêveries. L’amour & la maladie Incubejoints ensemble, sont des maux qui sont deux espècesde folie, & qui peuvent causer tout ce que l’on nousdit de surprenant touchant le commerce des Démonsavec les femmes.
Toute l’Antiquité n’a pas cru ces bagatelles, puis-qu’elle nous a laissé par écrit des rémedes pour gisentceux qui sont possédés d’un Esprit impur & qui sentattaqués des terreurs paniques , croyant bien que c eque l’on pensoit être un Démon n’étoit ordinairementqu’une humeur mélancolique qui étoit la cause detous les désordres que l’on voyoit arriver à ces sorte 5de personnes ; jusques-là que Pemponace nous se ltl’histoire de la femme d’un Cordonnier , laquelle p ar 'loit plusieurs Langues fans les avoir jamais apprise 5 »& qui sut ensuite guérie par le savant Médecin Cdfran ì qui avec l’Ellébore lui chassa ses rêveries , 8c se 1ravit en même tems la science par l’évacuation de la bi-le noire dont le Démon se servoit.
S’il est vrai , comme l’expérience de tous les joui" 5nous le fait connoître , qu’après avoir préparé la bisenoire & l’avoir purgée, après avoir corrigé l’intemp s 'rie des entrailles , ôté les obstructions qui s’y trou-vent, & provoqué le sommeil , nous rétablissons 1*santé de ceux qui ont l’imagination dépravée & qui » epersuadent d’être agités par un Démon ; nous pou-vons dire hardiment qu’en combattant l’humeur mé-lancolique & en la chassant du corps de ces fortes dsmalades, nous en faisons sortir en même tems le Dé-mon. Cela arriva de la sorte à un Apotiquaire , quiaccompagnait un Médecin dans un des Hôpitau*d’Auvergne. Cet Apotiquaire protestoit, si nous encroyons Houllier , qu’il avoit vû pendant la nuit J®Démon figuré d’une maniéré qu’il dépeignait, & q u yen avoit été maltraité ; cependant ce Démon imagi' 131 're fut chassé par les soins du Médecin de l’Hôpse 3 .!qui guérit l’Apotiquaire de la maladie Incube dont »étoit attaqué.
On pourroit à tous ces raisonnemens en ajouter u° finfinité d’autres , qui ne seraient pas d’un moin“ fî
poids,pour prouver la fausseté du commerce des Incu-bes & des Succubes avec les hommes & les semtse 5 ’Mais comme ce que nous venons d’en dire paraît p' 1 }que suffisant pour détruire ce préjugé , passons à ^seconde partie , & voyons si nous réussirons égrf'ment à prouver l’impoffibilité de l’apparition ^Esprits.
Les Esprits sont de telle nature, que nous pouv°^dire que c’est Illud qmd neque oculus vidit , nets c ^ris audivit , neque manus tetigit ; & néanmoins tousmonde dit qu’il a vu un Esprit, qu’il a ouï unE*P l \[un Esprit a battu ; & l’on sait si peu ce que l’°° £[)touchant cette matière , que l’on parle d’un corp Spensant parler d’un Esprit. On me dira peut-être Qles Esprits peuvent sc former des corps d’air, ou P r "..dre des cadavres pour se faire appercevoir. Je se vet í 5mais puisqu’ils ne peuvent rien faire de sensiblel aide du corps , voyons si l’artifice humain, ° a £ílnature, ou le hasard , n’ont point la meilleure P^ttous cesmistéres. Il y a eu de tout tems des J 10 ^mes plus fins les uns que les autres. Les prem! erS j £Sfont servi de toutes sortes d’artifices pour trotnp er /derniers ; & quand le pouvoir humain leur a rnanss ^ils ont mis en usage tout ce qui leur a pû servir, po.abuser de la simplicité de ceux dont ils se sent v ° c£rendre les maîtres , jusques à leur persuader ss ue ^ e5qu’ils leur proposaient étoit la volonté du Ciel* ,Payens n’ont pas manqué de ces sortes d’adre ^comme nous Pavons déja prouvé évidemment. lìs 0 .eu leurs Dieux, ils ont eu leurs Oracles. Nuffî apilius , qui assurément avoit découvert quelques v ^