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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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PRATIQUES SU

tés dans la Bible, au lieu de s’en servir pour instruireson Peuple & pour le conduire dans le chemin duCiel > aima mieux s’en servir pour la gloire de ce mon-de , & en faisant le singe de Moïse , faire accroirea Ux Romains qu’il recevoir les conseils de la Nimphefgerie pour le gouvernement de l’Etat. Il y a uneinfinité d’histoires qui ont embarassé les plus incredu-le s ; & l’on peut bien dire qu’il en est , comme destours de gobelets , qui surprennent les yeux les plusPerçans , mais qui font rougir ceux qui se laissent a-Wser par des choses si simples , lorsque l’artifice enE découvert. Voici quelques histoires qui vousprouveront ce que je dis.

Mr. L. B. D. N. me racontent un jour qu’un jeu-Prince d’Italie, dont les mœurs croient déréglées,'■tant dans fa chambre aperçut un Spectre qui lui ditd’un ton fier 8c d’une voix menaçante , Corrige-toi ,êe puis disparut auffi-tôt. Ce jeune Prince voulutfaire l’esprit sort, & croire que ce n’étoitqu’une ima-gination ; mais après que le Spectre lui eut apparu unefronde fois & lui eut redit la même chose, il en sutVilement épouvanté, qu’il changea entierement de vie^ ne songea plus qu’à faire son salut.

Je vous prie , Monsieur , de permettre que cetsemple vous convainque, du moins pendant un instant,l’apparitión des Esprits. Cependant il n’y a rien^toins dans toute cette avanture que de l’extraordi-? a ire , & le fait est des plus simples. Le Père de ceî e UnePrince voyant que son fils, dont il connoissoit leRenie, portoit son ambition trop avant, & craignant^n’il ne manquât de pieté envers, celui qui lui avoirdonné le jour , se servit de cet artifice pour le retenirdans son devoir : pour cet effet il fit disposer dans lachambre de son fils une porte dérobée, à l’endroit delaquelle on avoir coupé la tapisserie , asm d’y fairePasser une machine en forme de Spectre , dans laquel-s il y avoir un homme enfermé, lequel, comme je viens0e vous dire, menaça ce’jeune Prince, qui étoit alorsat taché à la lecture, & qui par fa surprise donna assezde loisir à ce phantôme artificiel de se retirer , 8c deAjuster subtilement la tapisserie. Voilà par quel ar-mee ce Père ingénieux fit rentrer son fils en lui-mê-Voyons si le hazard n’y contribue pas quelque-. 0ls ' aul h-bien que la ruse : deux histoires vont leProuver.

Une Servante de la rue S. Victor étant descenduedans la cave, en remonta avec une frayeur fans égale,f 1 s’écriant qu’elle venoit de voir une ame entre deuxAnneaux. On se moqua d’elle. Les plus hardis yfendirent ; mais ils en remontèrent aussi prompte-v ,. nt , & avec autant de frayeur que cette pauvre Ser-nte, Tout auffi-tôt le bruit courut partout lejj^artier, qu’un Esprit revenoit dans cette cave , &l e 6 tr °uva plus de vingt témoins de vifì* , qui toust J" a F>porterent comme la chose du monde la plus assu-b * Tant de témoignages étoient bien capables d’em-f Ç j er des esprits foibles : néanmoins admirés les eí-hazard & de la foiblesse humaine. Le chariotffptel-Dieu ayant versé près de cette maison oùt 0t ^, dssoit que l'Esprit revenoit , & les corps étantlz Ca es sor le pavé , il en passa un par le soupirail de

. - lequel tomba entre deux muids & y demeu-

,° Ut droit. Voilà ce qui donna lieu à cette fausse

>n ce .

Je

Ce' f 16 doute point que vous n’ayez lu dans CardanPrit p ^° nna sujet à un François de croire qu’un Es-Vq L| | ay oit voulu perdre au moment que ce Françoisôc Co^ P a *sor de nuit par un lieu qu’il ne connoissoit pas ;On ^ ^ept après qu’il eut demandé en ces termes peut-éifçp ^t ici, l’écho lui répondit auflì-tôt fifi-, qui veutc Un e j °uioui: De sorte qu’après cela il ne fit au-v ier e cul té d’avancer, mais il se jetta dans uneRi-v en u £. u doute il auroit été noyé , si l’on ne futPût l u - le ?. v * te à son secours ; & quoiqu’après cela onJou£ Ce caire pour lui prouver que l’écho seul lui avoirr Qtn l ^ au vais tour , jamais on ne lui put ôter de

PERSTIÏIEUSES. s $

l’esprit la croyance qu’il avoir conçue qu’un Démonl’avoit voulu faire noyer : tant il est vrai que les ap*parences nous impriment de puissantes idées très-malaisées à dissiper. Voici une autre avanture , qui nevous surprendra pas moins que les autres & qui fitperdre à un des plus courageux hommes du monde soncourage & fa fermeté , ainsi qu’il l’a dit lui-rréme.C’est Mr. le Marquis de C. qui s’est tant signalédans les guerres , & qui avoir fait paraître un espritsolide & inébranlable dans quelques desseins qu’on a-voit eû de lui faire peur par des apparitions arti-ficielles.

Ce brave Marquis étant en garnison dàns une petiteVille de Dauphiné, entendit une nuit, lorsqu’il étoitcouché, marcher à grands pas dans fa chambre, & com-me qui dirait quelqu’un qui traînerait des chaînes. Ilprêta l’oreille à ce bruit , & il ouït que cela alloitdroit à la cheminée : il ne voyoit rien , à cause de làgrande obscurité ; mais comme cela eut frappé de lapelle fur une bûche mal éteinte, le feu se ralluma unpeu : ce qui fit une lumière à la faveur de laquelle ceSeigneur vit un grand homme sec, qui avûit les jouescousues, un regard effroyable , & des chaînes auxmains & aux pieds. Ce Spectre s’approcha ensuite!d’une table où il y avoir deux pistolets chargés ; il estprit un & le banda en le regardant ; &r puis le remitbrusquement sur la table ; ensuite de quoi il fut droitau lit du Marquis , à qui d’un ton de voix lugubre8c capable d’inspirer de la terreur à Mars lui-même ildit: que fais-tu là? Je tâche de dormir, lui réponditce Seigneur avec assez de peine. Le Phantôme lui fitencore quelques demandes, toujours du même ton devoix. St lui dit enfin, retire-toi, afin que je me couche:& il se coucha en effet auprès du Marquis qu’il pousloíttoujours comme s’il l’eut voulu j errer hors du lit. Estcet état la générosité & la solidité d’esprit abandonnèrentnotre Marquis & donnèrent prise à la peur, s’il est permisde parler de la sorte. II faut avouer auss qu’il n’y aque la brutalité qui puisse donner de l’assurance dárisune pareille rencontre. Toutefois, comme ce Mar-quis avoir un fond de courage qui ne pouvoir l'aban-donner pour longtems , auffi-tôt qu’il eût ouï dumonde qui crioit dans une cour prochaine : Le fou estéchappé , le fou est échappé ; alors il cessa d’avoir peur,8c se jetta sur cette hideuse Figure, qu’il tint embras-sée de toutes ses forces , jusques à ce qu’on fut venuà son secours pour le délivrer d’un si vilain camarade.En effet c’étoit un fou maniaque , Père du maître dela maison. On le tenoit enfermé il y avoir long-tems,le plus secrètement qu’on pouvoir ; & il s’étoit écha-pé ce jour-là, ou plutôt cette nuit-là.

Je vous demande, Monsieur , si la fantaisie lui eutpris de s’en retourner en son lieu ordinaire avant qu’onse fut apperçu de sa sortie; je vous demande, dis-je,si Monsieur de C. n’auroit pas été fortement persuadéde l’apparition des Esprits , & si cela n’auroit pas étécapable d’en convaincre entierement ceux qui le con-noissoient pour un homme qui ne manquoit ni de fer-meté de courage ni de solidité d’esprit.

Je me ressouviens d’un trait à peu près semblable,’quoique les circonstances en soient bien différentes.Les locataires d’une maison située à Lyon , dans laplace des terreaux, surent obligés d’en sortir,ne pou-vant plus résister aux frayeurs que leur causoit toutesles nuits la vue d’un Spectre épouvantable , qui fai-soit la ronde de toutes les chambres en poussant desheurlemens affreux. Déja plusieurs années s’étoientécoulées, que personne n’osoit non seulement habiterdans cette fatale maison , mais même en approchertant la peur étoit universellement répandue. Les pro-priétaires avoient presque renoncé au droit qu’ils yavoient , quand cette nouvelle vint aux oreilles d’unsoldat du Régiment d’Artois. C’étoit un jeune hom-me intrépide , 8c qui bien loin d’avoir peur des Es-prits disoit fans cesse qu il ne ferait jamais plus saris—fait que lorsqu il en pourroit voir. II y avoir de quoi

A a çon-