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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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semblés, l’Eglise qui s’appelle Marie, Ecclesta qm di-citur Maria. Mais on ne trouvera nulle part dans lesA meurs anciens, exacts, & orthodoxes , qu’on aitjamais dédié des Temples à la Sainte Vierge , auxSaints, ou aux Saintes. C’est depuis fort peu de temsque quelques gens peu instruits des principes solidesde la bonne Théologie en ont voulu introduire lacoutume par des inscriptions qu'ils ont fait mettreaux frontispices, ou au-dessus de quelques Temples.Quand ils se sont vu pressés là-dessus par les raisonsque je viens d'alleguer, ou par d’autres semblables,

6 qu’on leur a objecté que cela donnoit occasionaux hérétiques de calomnier la foi de l’Eglise, quoi-que très claire & très distincte fur ce point ; ils ontété obligés d’avoir recours à diverses distinctions dela Scholastique pour expliquer ces inscriptions ehbonne part, & leur donner un sens en quelque fa*'çon plausible St supportable : mais après tout ils n’enont eu que de la confusion.

Lors donc qu’on appelle les Eglises du nóm de laSainte Vierge, & de ceux dés Anges, des Saints Oùdes Saintes , ou que l’on dit qu’elles- sont bâties' Scconsacrées en leur nom, en leur mémoire * ou en leurhonneur: c’est ou afin de lés distinguer plus facile-ment les unes des autres par , les divers noms qu’onleur impose, ce qui né se pourroit pas faire si ellesportoient toutes le nom de Dieu , auquel seul ellesfont toutes bâties Sc consacrées,- ou poùr faire voirqué la mémoire des Saints, dont elles Ont le nòm ,y est particulièrement hótiorée ; où parce que Dieuy a opéré de grandes merveilles par leur entremise Stpar leur moyen ; où patce que cés Saints leS ont eux-mêmes consacrées a Dieu par l’effusioh dé leur sang joù parce que nous soûlons y célébrer leurs divineisvertus à l'honneur & à là gloire dé Dieu, qui estl ’Auteur & le consommateur de leur foi* selon l’ApôtreS. Paùl («) ; ou enfin parce qu’ils eh font les Patrons,les Titulaires, & les Protecteurs après Dieu.

C’est d’une de ces maniérés qu’ìl faut expliquer lespassages des Conciles, des SS. Pérès, & dès autres Écri-vains Ecclésiastiques qui donnent aux Eglises les nomsde quelques Saints où de quelques Saintes* Où qùi diferitqu’elles sont bâties ou dediées à leur honneur : com-me quand S. Jean Chryfostome (b) parle des Templesdes Martyrs , S. Jérôme (c ), des Basiliques des Mar-tyrs*, Bajïlicas Martyrum , S. Augustin (d), des lieuxdes Martyrs & des Basiliques des Apôtres, Martyr umIb'ca &- Bâfilicas sîpoflolorum ; & que Nicephore (e)rapone que Sainte Helénè, mère du grand Constantinfit élever des Temples à laTainte Vierge , à S. JeanBaptiste* à S. Joseph,.aux SS. Innocens, à S. Laza-re, áù Prophète Elie & aux S S. Apôtres.

Car il ne faut pas s'imaginer qu’ils ayent jamais étédans ce sentiment que les Temples sussent véritable-ment consacrés aux Saints ou aux Saintes, mais feule-ment à Dieu sous l’invocation des Saints ou des Saintes,comme lé prouvé fortement le Président Duranti.(f) C’est pourquoi S. Léon parlant de l’Eglise de S.Pierre de Rome, après l’avoir nommée , la Basiliqueda B . Jpotre Pierre , dit formellement qu’ellé est con-sacrée (g) ail seul Dieu vivant & vrai : priusqUam adB. Pétri Basilicam , qm uni Deo vivo &• vero est dedì-cata , perveniant , &c. pour nous aprendre que si l’onlui donne le nom de ce Prince des Apôtres , elle nelui est pas consacrée pour cela , mais à Dieu. Ceuxqui ont écrit le plus exactement de cette matière n’ontpas parlé d’une autre façon que S. Léon , comme ilme feroit aisé de le justifier par un grand nombre detémoignages des Auteurs Ecclésiastiques , si je ne

(a) Hebr. n.

(b) Hom. 2.8. ad pop. Antioch.

\ c ) Ltb. contra Vigilant.

, ,, T,„ t. de ci vit, Dei c. i.

) < Lib. 8. Hift. Eccles. cap. 30.

y), r n, , de Rit- Eccles. CatKol. cap. r. §. il. 8C C. 1 . §• r.

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croyois point de m’arrêter trop à éclaircir une ventequi de soi est très claire, & très constante.

J'ajouterai pourtant que lorsqu’on appelle une Eglisel’Eglise de Notre-Dame, de S. Michel, de S. Jean, de S.Pierre, ou de quelqu’autre Saint , cela se doit enten-dre dans le même sens que l’on dit, la Meste de NotreDame , de S. Michel , de S. Jean , de S. PierreOn ne prétend pas que cette Messe soit osserte ì No-tre-Dame; &c. mais à Dieu , afin de lui rendre g ra "ces pour les saveurs qu'il a fait à Notre-Dame , & c ’8c la gloire dont il l’a couronnée ; ou afin qu’on seprie dans cette Messe par l’interceíïìon de fa Sainte Mè-re, &c. De même lorsque nous appelions lesTempse sdu nom de la sainte Vierge , des Saints ou des Sain-tes , notre intention n’est pas de dire qu’ils leur s° ntconsacrés, mais qu’ils font consacrés à Dieu sous se urinvocation , en leur nom , en leur mémoire, en se urhonneur & c. ou afin que nous l’y prions, & l’y ado-rions par leurs intercessions, & leurs mérites. Cet#explication est d’autant plus véritable , qu’elle est tr eSconforme à la plupart des prières qui se font dans se sconsécrations des Eglises, car on y dit assez fréquem-ment que les Temples & les Autels sont consacrés }Dieu, ou à son honneur, & au nom, ou à la mémo*'re d’un tel Saint, ainsi qu’on le peut voir par les p â 'rôles de la ( h) consécration.

CHAPITRE III.

& Inscription du grand ‘Portail du Consentdé S C or délier $ de Reims ejl idolâtre &Superstitieuse. Ce S paroles , U trique Crù'cifixo, marquent que Jefus-Chrìfit & SaintFrançois ont été tous deux crucifiés ; &cependant Saint François n*a été que st té'matizé , ou fi l'on veut crucifié fig urí 'ment & métaphoriquement ; au lieuJefits-Chrifi a été véritablement crucifia

S lJpposé donc ce que je viens de montrer dansChapitre précédent , qu’â proprement parsef __n’y a que Dieu à qui on érige ou consacre des T® 111pies & des Autels , n’est-il pas vrai de dire qu’il )de l’idolâtrie & de la superstition tout ensemble d*ces paroles de l'inscription du Père le Franc , Deomini & B. Francisio ? Entant qu’elles signifient fiF Eglise des Cordeliers de Reims est consacrée à J e ' 11Christ Dieu & homme, & à S. François. ^

Car je vous prie , qu’est-ce qu’Idolâtrie dan* ^pensée de S. Thomas (i) » sinon un crime par lefi^on rend indument à la créature le culte qui n’ei\ ^qu’au Créateur? Et n'est-ce pas rendre indumentcréature le culte qui n’est dû qu’au Créateur , fid’ériger des Temples & des Autels à S. FranÇ 0puisque cet honneur n’est réservé qu’à Dieu -De plus qu’est-ce que Superstition \ la Supes)

(dic

’ (h) Ut Ecclesiam 8c Altare lioc ad honorem tuu® &

Sancti N. coníècranda benedicere , sanctificare , 8c cor b j^ce-digneris, 8c hoc in ternplo tibi aedificato apparere 8cc. S_aotur hoc altare in honorem Dei omni pptentis , 8c glori° ’ginis Maria: , atque omnium Sanctorlim , & ad nonaenmoriam Sancti N. 8cc. Deus qui loca nomini tuo dícafl. jjo-tifteas &c. Ecclefíam sub invocatioriesancti jíominisnorem íanct* Crucis 8c mémorial» Sanct-s tui N • nt ? sconsecramus 8cc. Eam in honorem Omnipotentis D el ’ fiaP 1Mari# íèmper Virginia Lc omnium Sanctorum , ac 106 ^ p 3 *'Sancti N. dedicamus, 8cc. „ 11 y a encore plusieurs a j ^o-„ sages de même nature , qu’on peut lire dans le Pon íb ríl tio° e ’„ main aux titres” , De Ecclesi# dedicatione feu c °®

&c. De Altaris consecratione qu# fit sine Ecclesi* beO^ 1 *’„ Ët dans le Rituel Romain de Paul V. au titre’ , R 1 '

cendi Ecclesiam novam. ç

(i) 2. 1. q. 94. art. 2. i« Çorp. Idololatria, (dtt cedivinam reverentiam indebité exhibet creaturs.

•,ï

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