Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
99
JPEG-Download
 

PRATIQUES SUPERSTITIEUSE

Mit lé même S. Thomas (a) ) efi un vice opposé a laReligion par excés , non pas parce qu il rend plus d’hon-n eur à Dieu que ne fait la vraje Religion , mais parcequ il rend un culte divin ou a celui à qui il ne le doitP as , ou qu il le rend d Dieu d’une maniéré indue. Or^ eft-ce pas rendre à S. François un honneur qui n’estdu q u ’à Dieu, que de dire qu’il y a une Eglise quijd.’eft dediée, puisque les Eglises ne doivent pas êtredédiées aux Saints , mais à Dieu qui est le Saint des” a ìnts ? Mais pour faire voir encore mieux au P. le^anc qu’il honore S. François d’une maniéré indueP ar son inscription , il ne saut que lui faire observerk force & la conséquence de ces deux paroles ; Utri-1 He Crucifixo : car que veut-il dire par là sinon quejí* François a été crucifié de la même maniéré que Je-^■Christ , comme le mot TJtrique semble l'emporter,ou au moins qu’il l’a été auffi bien que Jefus-Christ.^ e pendant il est constant que toutes les vies de SaintFsa nçois qui ont été jusques ici données au Public,parlent nullement du prétendu crucifiment de cea «it. Elles parlent bien à la vérité de stigmates, &J e st remarqué dans celle qui à été écrite par Saint^°naventure , que S. François étant un jour fur laMontagne de l’Averne, vit comme la figure d’un Se-ra .phin (b) , qui lui imprima extérieurement fur lac hair l’image d’un crucifié (c) : ensorte qu’on remar-'ssoit sur ses pieds & fur ses mains une forme (d) de*°us & une cicatrice rouge à son côté droit , com-s’il eût été percé d’une lance. Le P. Barthelemi de**fe (e) rapporte que Jefus-Christ crucifié s’est ap-P a ru à 8. François par quatre diverses fois ; & que laderniere , qui fut fur la montagne de l’Averne, il luiimprima les stigmates de son crucifiement. Mais quandcela Ferost vrai , pourroit-on dire avec fondement quejh François a été crucifié en la même maniéré que Je-us-Christ, ou auffi bien que Jefus-Christ ? Utrìquec ^cifixo. L’Apôtre Saint Paul (f) déclare qu’il por-e imprimés fur son corps les stigmates du Seigneur'stffis, & néanmoins personne n’a jamais soutenu qu’ila,t été crucifié comme léSeigneur Jésus. Il avoir dit^paravant, que par Jefus-Christ le monde étoit mortcrucifié pour lui , comme il étoit mort & crucifiér°ur le monde (g )& il témoigne ensuite qu’il a étéc tucifie avec Jefus-Christ (h) : cependant ces deuxc /ucifiemens ne sont pas réels & effectifs , comme acelui de Jefus-Christ , mais seulement métaphori-ques & figurés j selon l’explication de tous les Inter-nes de ce Saint Apôtre. Car comme le monde n’aPis été réellement & effectivement crucifié pour SaintSaint Paul n’a pas été non plus réellement & ef-p hivernent crucifié pour le monde. Et comme Saintail l n’étoit pas encore Apôtre! de Jefus-Christ , lors-qu. 6 Jefus-Christ fut véritablement crucifié, auffi n’a-p" Pas été véritablement crucifié avec Jefus-Christ.3 e m p n de n’a donc été crucifié pour lui, & il ne l’a^ " été pour le monde , que parce que le monde estÇ .°J pour lui , & qu’il est mort pour le monde:s > t-à-dire , que comme le monde l’a méprisé & neç* Pas soucié de lui , de son côté il n’a fait aucunété te f es M ens de fa gloire. De même il n’at^o c ^ Uc ifié avec Jefus-Christ , que parce qu’étanta la loi de Moïse , par la loi de Moïse même,1 l’affure expressément (i) : cette mort lui aExtrêmement avantageuse , puis qu’elle l’a fait vi-eri Jefus-Christ , & l’a tiré du vieil arbre de la

1*0 JKïj

(éj t 1Q - q. 9 i. art. i. m corp.

(c) çS en - S. Franc. cap. r;. Quasi fpeciem unius Seraphim.{d) £j arnen i crucifixo conformi exterius insignivit effigie.^ U stun, extrum btus, quasi lanceâ transfixum, rubrâ cicatrice ob-

(/) q : ^°nform. Lee.

(g) lb a *- 6 - StigmataDomini jesu in corpore meo porto.Xd 0 c> Per quem mihi mundus crucifixus est & ego

(h) j b |,

(<) Xbid ' ^-sristo crucifixus fum cruci.

• *-go enim per legem legi mortuus fum.’

99

Synagogue, pour l’enter fur l’arbre de lâ Croix * afind’y prendre une nourriture nouvelle.

C'est encore de ces crucifiemens métaphoriques &figurés qu’il faut entendre ce qu’il enseigne, que ceuxqui sont à Jefus-Christ ont crucifié leur chair avecfes pallions & fes désirs déréglés (k) j & que ceuxqui tombent dans le péché après le Batême (l) cruci-fient de nouveau le fils de Dieu autant qu’il est eneux.

Or ces mots TJtrique Crucifixo , ne peuvent pas s’ex-pliquer à l’égard de Saint François d’un crucifiementmétaphorique & figuré : car il n’y a point de petitgrammairien qui ne sache , que selon la force de lalangue Latine le prônom Uterque marque une -espèced'égalité ou de ressemblance] entre les deux choses aux-quelles il fe rapporte , ensorte que l’une soit égale ousemblable à l’autre. C’est pourquoi afin que YUtriqueCrucifixo de l’inscription fut juste , & que les deuxchoses auxquelles il a relation fuílent véritables , ilfaudroit au moins que S. François eut été crucifiécomme Jefus-Christ l’a été : je ne dis pas pour lesmêmes raisons , ni par le même principe , ni par lamême efpéce de crucifiement, ni avec les mêmes avan-tages , ni enfin dans toutes les autres circonstances quiont accompagné la mort du Sauveur fur la croix,mais seulement dans la circonstance du crucifiementen général ; quel qu’il fut , les pieds en bas ou enhaut, de côté , ou de travers, à droit ou à gauche ,ou de telle autre maniéré que l'on peut s’imaginer.Mais où trouvera-t-on cette qualité, ou cette ressem-blance de crucifiement entre Jefus-Christ & SaintFrançois ? Jefus-Christ a été effectivement attaché àune croix : Saint François ne l’a point été. Jefus-Christ a été réellement & véritablement crucifié ;Saint François ne l’a été tout au plus qu’en apparen-ce (m). La croix de Jefus-Christ a été réelle & ef-fective : celle de Saint François n’a été que mystique& métaphorique. Jefus-Christ a eu les pieds & lesmains percés de clous durs & solides, & le côté per-cé d’une véritable lance : les clous de Saint Françoisn’ont été que des clous du saint amour , qui le te-noit attaché à Jefus-Christ , & qui le brûloir. Salance n’a été qu’une flamme de la charité divine quile confumoit.

Quelle égalité ou quelle ressemblance peut-il doncy avoir entre une chose réelle & une chose figurée,entre un fuplice qui est effectif, & un autre qui n’estqu’extatique ? enfin entre une véritable douleur, &une douleur mystique ? Boire & manger en aparence,figurément , extatiquement , & mystiquement, cen’est ni boire , ni manger ; & qui ne boiroit, ni nemangeroit point d’une autre maniéré ne tarderoit gué-res à mourir de faim & de soif. Ainsi n’être crucifiéqu’en aparence, figurément, extatiquement & mysti-quement , ce n’est pas être crucifié : & par consé-quent Saint François ne l’ayant été que de cette for-te , on peut dire qu’il ne l’a point du tout été, &que le P. le Franc a grand tort de faire graver en let-tres d’or fur du marbre, que S. François l’a été de kmême façon, ou auffi bien que Jefus-Christ , Uni-que Crucifixo.

CHAPITRE IV.

Les stigmates de Saint François ne passentpas pour me •vérité constante. Arrefl du

Far-ts) Ibid. c. 5- Qui sunt Christi carnem suam crucifixeruntcum vitus 8c concupiscentus fuis. nxerunt

(l) Hebr. 6. Ruríum crucifigentes sibimet ipso fffi um De :

{m) Selon ces paroles de Pierre de Natalibi Evêque de Citta-

fvnríine ï>Ìd 1 9- c. .8. 8c de Jacques

de Voragme : Legend. aur. cap. Seraphim crucifixus cru-

cifixioms fuse ligna sic ei evidenter impreffit ut crucifixus vidretur8cipse. - 1 -

Bb »