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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

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N Otre Sauveur à marqué en caractères visibles lanécessité du Batême, lorsqu’il a dit dans sonEvangile (a) : Oue fi un homme ne renaît de l'eau & del’esprit , il ne fourra entrer dans le Roïaume de Dieu.

Ces paroles ont servi de fondement au Concile deFlorence (b) pour établir la nécessité de ce Sacre-ment ; & elles ont obligé le Concile de Trente (c)d’anathématizer non seulement ceux qui leur donnentUn sens métaphorique, mais même ceux qui assurentque le Batême n’est pas nécessaire à salut (d) : Nonob-stant cette décision si précise & si authentiqué, quel-ques-uns ont crû. / >

I. Que l’Eucharistie reçue souvent,». & durant untems considérable , pouvoit suppléer au défaut duBatême. S. Denys d’Alexandrie , l’un des plus sa-vans & des plus illustres Prélats de son siécle , semble,avoir été de ce sentiment. Au moins cela paroît-ilpar une des lettres qu'il a écrites à S. Sixte (e) , 8cqui est rapportée par Eusebe (/), & par Nicesore (£).

„ On m’a proposé une question (dit-il S ce Pape)„ sur laquelle, pour ne me pas tromper , je vous de-,, mande vôtre avis, vous suppliant très-humblement,, de ne me le pas refuser. Un homme de notre dio-„ cése 8c de notre communion , qui a passé jusqu’à,, présent pour fidèle , & qui est for- avancé en âge,,, a été reçû à la participation stes prières 8ç des mys-„ téres sacrés, avant que je fusse Evêque, Ze même,„ comme je croi, avant le Pontificat du bienheureux„ Héraclas , mon prédécesseur. Cet hpmme ayant„ assisté depuis peu au Batême que j’administrois,„ & ayant entendu les demandes 8c les réponses qu’on„ y faisoit, m’est venu trouver , fondant en larmes,„ & déplorant son sort , s’pst jette à mes pies, &„ m’a protesté par tout ce qu’il y a au monde de plus„ saint, que le Batême qu’il avoit reçû parmi les hé-„ rétiques , étoit rempli d’impiétés & de blasphê-„ mes, 8c tout autre que celui qu’il m'avoit vû ad-„ ministres; 8c que c’étoit-là ce qui lui causoit une„ extrême douleur. Et se sentant coupable tant de„ crimes, qu’il n’osoit lever les yeux au ciel, il m’a„ conjuré avec de grandes instances , de lui donner,, un nouveau Batême , & de ne lui pas refuser la„ grâce de ce divin Sacrement. Mais n’osant pas la„ lui accorder , je me fuis contenté de lui dire ”,Oue le corps de Jesus-Chrtst , qu il avoit reçû plu-sieurs fois avec les fideles , avoit assez, de force pour lepurifier de tous fies crimes. ,, Car je n’ai pas osé reïte-„ rer le Batême de celui qui avoit si souvent enten-„ du les actions de grâces, répondu Amen , assisté à,, la sainte Table , présenté sa main pour y recevoir,, l’Eucharistie , qui l’y avoit effectivement reçue,„ 8c qui avoit tant de fois participé au corps & au„ sang du Fils de Dieu. Je l’ai seulement exhorté„ de prendre courage , 8c de s’approcher de nos„ saints Mystères avec une foi ferme 8c constante, &„ avec une conscience pure & sincère. Mais tout„ cela n’empêche point qu'il ne s’abandonne aux ge-,, roissemens & à la douleur. II a de l'horreur de,, s’apprpcher de la Table sacrée , 8c , quoique je,, puisse lui dire ponr l’engager d’affister aux prières„ de l’Eglife, il a bien de la peine à s’y résoudre ”.

La vérité est que ce saint Patriarche ne décide riendans cette lettre. Il propose seulement avec beaucoupde soumission au Pape S. Sixte , les raisons qu’il a deçroire que l’Eucharistie peut tenir lieu de Batême àcet homme batizé parmi les hérétiques ; & c’est

peut-être là le meilleur endroit par lequel on le peutdisculper.

Mais fans donner aucune atteinte à une conduite si

(a) Johan. j. y.

W Pp£ ret - de unio. Armenor.

(p Sfss 7-.de Baptis. can. i. & y.

fr- < 3 U1S d ixer « Baptiímum liberum eíle, hoc est , non ne-cessanum ad salutem, anathema sit(e) Epist. y.

(f) L. 7 . Histor- Eccles. c. 8 .

\ s ) L- 6 . Histor. Eccles, c. 9 .

sage & si respectueuse, il me semble qu’on peut direabsolument parlant , que c’est une Superstition depenser que l’Eucharistie reçue , même plusieurs fois,puisse servir de supplément au Batême.

Premierement, parce que selon S. Thomas (h) > ^y a de la Superstition à rendre un honneur divin aqui on ne le doit pas , ou de la maniéré qu’on ne ledoit pas : 8c c’est aussi la pensée de Gerson (i). Orfaire servir l’Eucharistie de supplément au Batêîne,c’est vouloir honorer Dieu d’une maniéré dont il nedoit pas être honoré, puisqu’il n’a pas institué l’£u-ch^ristie pour le même effet pour lequel il a institué1g Batême. Ç@r l’Eucharistie n’efface pas le péchéOriginel, ni les péchés actuels par elle-même , & 1 £Batême les efface , ainsi que la foi constante, & kTradition perpétuelle de l’Eglise nous Renseignent. S.Augustin (kfi s’en explique en termes fort précis. L £Concile de Florence (l) assure dans le même esprit,qúe l’effet du Sacrement du Batême est la rémissi° ntant du péché Originel , que de tous les péchés aC' -tuels , & de toutes les peines qui sont dûes pour Bcoulpe même de ces péchés : Et c’est pour cela quele Concile de Trente (m) dit anathème à ceux q u *nient que le péché Originel, 8c tout ce qui s’appeU epéché, soit remis par la grâce du Batême

Secondement, parce que ç’est une Superstition qu ed employer les choses sacrées à d’autres usages quceux auxquels elles sont destinées. Le Cardinal &C usa le marque positivement (n) : Or l’Eucharistien’est pas destinée pour effacer le péché Originel #tous les autres péchés, cela étant propre 8c particuleau Batême.

Troisièmement, parce que dans la pensée du Con'cile Provincial de Malines en 1607. (0) 8 c du Syno-de diocésain de Namur en 1659. c’est une Supersti-tion que d’attendre quelque effet que ce soit d’une

pas ìnítituée pour cet effet ; ni ‘enfissi par l'appro^'tion ou le consentement de l’Eglise , puisque l’Eg llícn’a jamais approuvé , ni consenti qu’on s’en sef v,tdans cette vue. Elle a toûjours cru au contrais>que le Batême étoit la porte des autres Sacreme^'c’est-à-dire , qu’il falloit l’avoir reçû pour être £tldroit & en état de recevoir les autres Sacrern eI1$ 'Aussi l’appelle-t-elle dans le Concile de Florence (fi[la porte de la vie spirituelle : & elle dit dans le C °j c

(h) r. 2. q. 92. art. 1. in corp. Superstitio est vitium

ni oppositum secundum excessum, non quia plus exhibet 10 .■tuui divinum quaro vera Religio ; sed quia exhibet cultu®num vel cui non debet, vel eó modo quo non debet. , gc

(i) Descript. terminor. ad Theolog. utilium, Tit. De Ì.-J Stpart. ejus. Superstitio ( dit-il) est vitium oppositum adoras C)Religioni per excessum, quo quis aliter, & quando non àe b

Sç sic de aliis, ostendere nititur latriam exteriorenv . ; pa lc

(k) Enchyrid- c. 64. Baptismi munus ( dit-il ) contra 0 &Z r rpeccatum donatum est, ut quod generatione attractuni U ’$#-generatione detrahatur. Et tamen activa quoque peccata ,cumque corde, ore, opéré commissa invenerit, tollit. 0 {\-. (0 Decret. cit. Baptismi essectus est remissio omnis culp* jc-ginalis & actualis > omnis quoque pœnx qux pro ipiâ cU *betur. , Je-

(m) Sess. y. Decret. de peccat. Origin. num. y. Si q uis y er fitr>su-Christi Domini nostri gratiam , qu* in Baptismale c0 fi n a^reatum originalis peccati remitti negat ; aut ethra p^ eIit jj 3 be t;tolli totum id quod veram 8c propriam peccati rationeMied illud dicit tantum radi, aut non imputari, anathenra 1 jyj a gí >(») En ces mots: T. 2. Exercit. 1. 2. ex Sermon. Ibatit- .j ce jj-Lee. Si res consecratae ad aliud quàm proprium usum a r‘tur , est Superstitio. -m

(0) Tit. y. de Superstit. c. 3. Superstitiosum est feS illa

pectare quemeumque effectum à quacumqúe re , < 3 ual jjnati 0 'nec ex sua natura, nec ex institutione divina , nec ex one vel approbatione Ecclesi» producere potest.

(f) Loc. citât. Vitre ípiritualis janua.