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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS*

soient possédés des ‘Démons , & qu'il s nesentent mauvais comme des chiens. Su-perstition de ceux qui font batizer leursensans , afìn de leur conserver la san-té , ou de le s guérir ; & de ceux qui sefont batizer à dessein de faire fortune , oud'éviter quelque mal.

C E n’est pas assez à celui qui batize , de verserl’eau vraye & naturelle sur la tête de celui qu’ilbatize , en disant , se te batizœ att nom dtt Pere , grda Fils , & du S. Esprit il saut en outre qu’en lebatizant il ait intention de faire ce que sait l’Egli-se , dans l’administration du Batême (a). Auíîi estce pour cela que le Concile de Trente (b) excom-munie ceux qui disent , que le Batême qui est con-féré même parles hérétiques , au nom du Pere, Scdu Fils , & du S. Esprit , avec intention de faire ceque fait l’Eglise » n’est pas un véritable Batême.

Ce seroit un crime énorme à ceux qui confèrent leBatême , de n’avoir pas cette intention ; mais ils nepourroient pas aussi en avoir une autre, quelle qu’ellefût , fans se rendre coupables de la Superstition dufaux culte , du culte superflu , & de la vaine obser-vance. Voilà pour l’intention de ceux qui adminis-trent le Batême. Ceux qui le reçoivent, ou qui lefont recevoir aux autres , peuvent aufli tomber dansla même Superstition, si cette intention leur manque.Ainsi les T ures font vraiment Superstitieux , de fairebatizer leurs ensans par des Prêtres orthodoxes , oupar des femmes Catholiques, non en vue de les laverde la tâche originelle , dont il ne croyent pas qu’ilssoient souillés, mais de crainte qu’ils ne soient possé-dés du Diable , & qu’ils ne sentent mauvais commedes chiens. Car c’est uniquement pour cela qu’ilsleur font administrer le Batême,, suivant le témoigna-ge de Théodore Balsamon Patriarche d’Antioche.Du tems du très saint Patriarche Luc (c) ,, (dit-il)s, on fit venir dans un Synode des Turcs qui âvoient„ été faits prisonniers de guerre ; Sc comme on vou-3 , lut les obliger à se faire batizer , ils répondirent„ qu’ils l’avoient été dans leur pais , & que c’étoit„ la coutume parmi eux de faire batizer les ensans par„ des Prêtres orthodoxes. On ne les en crut pas ce-„ pendant fur leur parole, parce qu’on fût qu’ils ne„ demandoient pas aux Chrétiens le Batême , avec„ une intention pure & Catholique , mais seulement„ pour en recevoir du soulagement dans les maux„ qu’ils appréhendent pour leurs ensans. Car ils font„ dans cette pensée , que leurs ensans font tourmen-„ tés des Esprits malins, & qu’ils font puants comme„ des chiens , s’ils ne reçoivent le Batême des Chré-„ tiens. C’est pour cela qu’ils le demandent pour„ eux , non qu’ils estiment qu’il purifie leurs âmes„ de toute souillure , & qu’il les fasse participans de„ la lumière divine, & de la grâce sanctifiante , mais„ parce qu’ils le regardent comme un charme Sc un„ préservatif. II s’en trouva même quelques-„ uns parmi eux qui assurèrent , qu’ils avoient des„ mères Catholiques, qui avoient eu foin de les bari-„ zer. Mais on ne les écouta pas , parce qu’ils n’a-â, voient pas de témoins qui déposassent de ce sait en3 , leur saveur. On les blâma au contraire , de ce„ qu’ils ne donnoient pas lieu de croire , qu’ils s’ap-3 , prochassent de la foi à bonne intention. Et c’est„ ce qui fit qu’on leur permit à tous de se faire ba-,, tizer.

Matthieu Blastares témoigne la même chose dans

(a) Facere intendat quod facit Ecclesia , comme parle le Con-cile de Florence. I n Decret. Union.

(b) Sess. 7. de Bapt. can. 4. Si quis dixerit Baptismum , quietiam datur ab nsreticis in nomine Patris , St Filii, 8c Spiritusíàncti, cum mtentione faciendi quod facit Ecclesia, non esse ve-;fnm Baptismum > anathema fit*

Can. 8*. Traita,

son Nomocanon , ou Collection des Canons des Con-ciles Grecs, en parlant du Batême {d). Mais Ost nfipeut pas juger par ses paroles, non plus que par cel-les de Balsamon , ni quelle étoit l’intention de cesPrêtres orthodoxes , & de ces femmes Catholiquesqui avoient conféré le Batême à ces Turcs, ni quelleétoit celle de ces Turcs , qui l’avoient reçu, s’il estvrai qu’ils l’eussent reçu avec connoissance , & dansUn âge avancé. Il est fans doute néanmoins que Ûl’intention des uns & des autres étoit la même que cel-le des pères & des mères de ces infidèles , elle étoitmauvaise & superstitieuse , que c’étoit un faux cul-te, un culte superflu , qui n’est ni ordonné de Dieu»ni prescrit par l’Eglise, ni conforme à la pratique or-dinaire de l’Eglise í enfin que c’étoit une vaine ob-servance , où l’on saisoit servir le Batême à des usagespour lesquels il n’a pas été étâbli.

L’intention de ceux qui faisoient batizer leurs en-sans , âfin que par le Batême ils fussent ou maintenusen santé , ou guéris de leurs maladies , n’étoit pasmoins superstitieuse. Saint Augustin en parle à l’B-vêque Bonisace (e). On peut porter le même ju-gement de ces gens intéressés qui n’entroient dans I eCatéchuménat , & ne recevoient ensuite le Batêmeque par des vues temporelles, comme le désir de fastefortune fous des, i Princes Chrétiens , l’empressementd’éviter quelque mal , la complaisance pour leurs p*'rens , ou pour leurs amis, la crainte de déplaire au*personnes pour qui ils avoient de la considération #du respect : enfin tous les autres motifs qui agitesaujourd’hui les hypocrites Sc les faux dévots, f®même saint Augustin (/) traite ces gens de réprou-vés, Sc marque visiblement par là l'injustice de leuf sintentions.

CHAPITRE V.

Des Superstitions qui regardent le Miniífr®du Batême.

II y a de la Superstition à croire , Que U*femmes ne puissent pas donner le Batê0\Que ce Sacrement n'a aucune vertu S ' 1n'est administré par les Urètres , & dasles Eglises $ Que de ne vouloir être b d fzé que par un certain homme , comme "jeûne Valentinien , qui ne le voulut et fêque par S. Ambroise , & qui mourutl’avoir été ; Qu’il ne faut pas batizer fprès avoir mangé } Que les pères & ^mères ne doivent pas batizer leurs enf aflSìlors même qu'il s font en danger dede peur de contraster une alliance sf irl ‘tue Ile qui empêche I usage du Mariage .

E Ncore que l’Evêque Sc le Prêtre soient les ^qui puissent administrer solemnellement le »terne, néanmoins comme ce Sacrement est absolus .

flv

(d) Litt. E.’ 0IJ eî

(e) Epist. îj. Nec te moveat (lui dit-il) quod quidam " ppj-fide ad Baptismum percipiendum parvulos ferunt , ut g rat . t fo 0 crituali ad vitam regenerentur a:ternam , sed quod eos pu ta en f rî aremedio temporalem retinere, vel recipere iànitatem. „ti oí,cpropterea illi non regenerantur , quia non ab iftis hac vois p j,offeruntur. Celebrantur enim per eos neceííària ministep?' 0 jjí-lios autem, feu quoslibet parvulos, Daemoniorum íàcrileg* .j £íí igare conantes, spiritaliter sunt homicidae. Nain jP-s ! te& 0 'interfectionem non faciunt, íèd quantum in ipsis est , 10

res sunt. / iie-il) v0 ^

(f) L. de Catechis. rudib. c. 17- Sunt qui propterea ( ten ypO'lunt esle Christiani, ut aut promereantur homines a qui s £ j-ralia commoda exspectant , aut quia offendere nolu

ment. Sed isti reprobi sunt,