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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

ne dise que l’ablution qui se sait sur le corps de laroere, passe jusqu’à senfant ; ce qui ne peut-être, tantparce que l’ame de l’ensant pour 1a sanctification de la-quelle le Batême est destiné, est différente de l’amede la mere; qu’à cause que le corps de l’ensant estdéja formé, & par conséquent distingué du corps dela mere : & qu’ainsi l’ablution de la mere ne retombepoint fur l’ensant qu’elle a dans son ventre.

Ce seroit autre chose si l’ensant avoit une partie ducorps hors du ventre de la mere. Car en ce cas là on lepouroit batizer fur cette partie; avec cette différencenéanmoins que les Rituels & les Statuts Synodaux quenous venons de citer, & plusieurs autres encorequ’isseroit trop long de rapporter, marquent que si c’étoitla tête qui eût été ainsi batizée, il ne saudroit pas le bati-zer lorsqu’il seroit tout-à-sait hors du ventre de fa mere ;au lieu que si c’étoit la main, ou lepié, ou quelqueautre partie, il le saudroit rebatizer sous condition (a).

On a fait autrefois difficulté de batizer les fem-mes grosses, & {b) S. Augustin Apôtre d’Angleter-re proposa cette difficulté à S. Grégoire le Grand,comme il est clair par les Interrogations qu’il luifit. Mais ce Saint Pape décida en peu de paroles,en disant (c) , qu’on pouvoit batizer les femmes gros-ses. Ainsi il n’y a point de Superstition en cela.Les Grecs refusoient auffi autrefois de batizer lesPa-yens. Mais c’est une Superstition que le CardinalHumbert leur reproche avec beaucoup de justice, &qu’il appelle une invention du Diable & une ruinedes âmes (d). Enfin les Maronites ne veulent pas ba-tizer des garçons & des filles ensemble, dans la penséeque les garçons & les filles contractent une affinité spi-rituelle les uns avec les autres. C’est ce que nous ap-prenons des Interrogations qui surent faites au Patriar-che des Maronites, pour être proposées dans un Sy-node qu’il devoit tenir en 1578. & qui sont rappor-tées par le P. Thomas de Jésus (e). Ce qui est uneSuperstition sondée sur une erreur opposée à ce que leConcile de Trente a décidé (/), qu’il n’y a point d’au-tres alliances spirituelles dans le Batême, que cellesqui se contractent entre le parein & sa filleule, & lamere de sa filleule, entre la mareine & son filleul, &Je pere de son filleul, & entre celui qui batize & ce-lui qui est batizé & le pere & la mere du batizé.

Puis donc que le Batême n’est feit que pour l’hom-me, & qu’il n’y a que l'homme qui soit capable dele recevoir, c’est un horrible sacrilège & une Super-stition abominable, un culte pernicieux, un culte su-perflu, une vaine observance , une observance deschoses sacrées, une idolâtrie diabolique, que de ba-tizer tout ce qui n’est pas homme. On est coupa-ble de ces crimes.

I. Lorsqu’on batize des chiens, des chats, des co-’chons, des crapaux & d’autres animaux, morts oiívifs. Pierre Grégoire de Toulouze rapporté (F),qu’un malheureux Prêtre du Diocèse de Soissons vou-lant se vanger de ses ennemis, consulta une Sorcière a-fin de savoir ce qu’il devoit faire pour cela ; que cetteSorcière lui conseilla de batizer un crapaut de la mê-me maniéré que l’on batize les Chrétiens, & de lu*donner le nom de Jean en le batizant ; de consacrer u ’ne hostie & de la lui faire manger ; que la choie étantfaite ainsi, elle prit le crapaut, le déchira par mor-ceaux , & en composa un poison qu’elle ordonna à cePrêtre de porter dans les maisons de ses ennemis, cequ’il fit, & que ses ennemis moururent misérablement.Cette histoire est tirée du Rozier historial (h ), &Pierre Grégoire de Toulouze ajoute, que cette infi-

.gne méchanceté ayant été découverte, la Sorcière sotbrûlée en 1460.

II. Lorsqu’on batize de la chair morte , soit des

hommes, soit des animaux, comme font ceux qui gai'dent la membrane dans laquelle leurs enfans -viennentau monde, la batizent & soignent des saintes huiles»comme s’ils la confirmoient, pour en faire enfuit?quantité d'horribles maléfices. Saint Bernardin deSienne parle de ce Batême execrable (i). /

III. Lorsque l’on batize un certain boiau; appellele nombril de Pensant , quand on le voit sorti du ventrede la mere, & que le corps de Pensant y est encoreenfermé. Les Statuts Synodaux du diocèse de Lan-grès en 1404. (k) défendent expressément ce Ba-tême.

IV. Lorsqu’on batize des Images de cire, d’airain»,d’or, d’argent, de plomb, d’étain,oude quelqu’aU-,tre matière, pour en faire des sortilèges ou des malé-fices. La Faculté de Théologie de l’Université deParis, dans fa Censure du 19 jour de Septembre1598. déclare que cette pratique est une erreur âasla foi, dans la Philosophie naturelle, & dans la vér} -table Astrologie, & qu’il y a de l’erreur & de l’inn'délité à s’en servir, & à y ajouter foi. Dire que somages d'hirain s c’est ainsi qu’elle parle) (/) de plo0">d’or , de cire blanche ou rouge , on de quelqu'autretìere , étant batiz,ées, exorcisées & consacrées , ouconjurées , filon les réglés de Magie , (f a certain j otiíS ’ont les vertus admirables que les livres de Magie leut f'tríbuent, „ c’est une erreur dans la Foi, dans la Ph 1 '„ losophie naturelle, & dans la véritable Astrologie 'Dire qu'il ft y a joint d’erreur , ni d'infidélité à fi

de ces Images, & à y ajouter foi , „ c’est une errent *Martin d’Arles est dans le même sentiment ( m) r y’Delriò dit (n ), que ceux qui batizent des Images > fquelque matière qu’elles soient, ou qui rebâtirent ^

(a) Tít. Qu * Parochus ín Baptism. ministrat. Stc. Si verò fœ-tus ( dit le Rituel Ambroifien ) ex utero matris, quae in partu pe-riculosè laborat, vel manu, vel pede, vel alia aliqua parte extans,ob necestitatem in ea ipsa parte ab obstetrice baptizatus est; cùmíuperstes erit, sub conditione baptizetur, adhibitis cseteris Baptis-mi Cererooniis. Si verò in capite, quod primum ex utero pro-diit, baptizatus est, formâ rectè servatâ, quando sopervixerit,ad Eccleíìam deferatur, cui tantùm reliquse Ceremoniae adhibean-tur, qux ad soiemnitàtem Baptilfni attinent.

(b) Non l’Evêque d’Hippone, mais le Moine de S. Benoit, queS. Grégoire le grand envoya en Angleterre en 597. sous le régnéd’Ethelbert Roi de Kent.

(c) Respons. ad Interrog. 10. I. iz.Epist. 31. Mulier pregnanscur non debeat baptizari, cùm non fit ante omnipotentis Dei o-culos culpa aliqua fœcunditas carnis? Quod nature humanat exomnipotentis Dei dono servatum est, qua ratione poterit à saeriBaptismatis gratia prohiberi ?

(d) Disput. contra Grec. in fin. apud Baron, in Append. To.il. Hxccine finit illa perfectiora (leur dit~il) ut Paganis Bapcìí-mus interdicatur? H-c. Non sont hxc t alla ostenlio vere fidei,íed adinventio Diaboli, nec sont firmamentum, &d destructioammarum.

(é) L. 7. p. 2. c y. Non simul baptilàmus masculos 8c fœmi-nas (dit ce Patriarche) credentes hoc pacto affinitatem contrahi.

(fi Self. 2 +- de Reformât. Matrimo. c. 1. Ad summum unus& una baptilatum de Baptismo suscipiant, inter quos ac baptiíà-tum ipsom & ìllius pâtre m & matrem, nec non inter baptizan-tem St baptizatum, baptizatique patrem & matrem tantùm, co-gnatio contrahatur.

se) Syntag. Jur. Univers, part. 3. î. 34.. c. ry. n. 9. , £t ,

(h) Fol. 120. p. 2. col. 2. & seq. Narrat historia Galbe 3 1

il) in pago quodam apud Suessiones, fuislè Presbyterum st 11 ®dam qui vindictam cùm qusereret inimicorum, SortilegaM f ^soluit ea de re: illam autem ei persuaiìsse, ut bufonem more*- i 0 >stiani hominis baptizaret, eique inter baptizandum nonre 11bannis imponeret : délire ut nostiam consecraret 8t eide® e< ? j,dam porrigeret. Quod ut firctum, illa eum bufonem ® e . 0 ^ 0 .tím discerplit, St sortilegium confecit, quod jussit deferri r slmura inimicorum Presbyteri : unde accidit eosdem intérim?-autem scelere detecto, flammis venesicam consomptam a nn °mini 14.60. . j àrI j

(i) Loc.sopr. cit. En ces termes: Quidam conservant

cum qua ortus est puer, Sc f quod horrendum est etiam au s‘ re so<jsl smaledictam carnem 8tpellem baptizari faciunt, 8tinungi unsacra, St multa horrenda inde fiunt, qua: fieri minime

(k) Tit. de Baptis n. 11. Doceantur obstetrices 8t a11 j u0 ilieres ne baptizare presomant infantem, fie ut aliqui facrunt-^-n.apparet extra ventrem quidam bodellus, quem appeilant

cum infantis.

(l) Art. 21. Sc 22.

(m) Tract, de Superstit. Tût. Quod Imagines de xre ° íC j [úCS e*

(n) Disquis. Magic. 1 . y. sect. iy. Si qui baptizant j lS rcti í: ‘qualibet materia, vel rebaptizant pueros, hoc ipso ve a K âI n es'sont, si putant formam , vel materiam Baptismi aliquaffl fas-se posté ab ea quam Christus inslituit: vel sont vehe®e ^pecti, etiamli negent se hoc credere; quia taies actus

prte so ferunt aliquid quod est hasrelìs manifestât.