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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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,8 DES SUPER

quelquefois du chrême pour fâire des maléfices & desSortilèges, selon le témoignage de Grilland (a); &Delrio rapporte (b ), qu’iî y en a qui pour ôter unmaléfice de haine par un maléfice d’amour, baisent lapersonne de qui ils veulent se faire aimer, ayant lasainte Eucharistie dans leur bouche, ou les lèvres frot-tées de Chrême. C’est pour empêcher ces abus, cesSuperstitions & ces sacrilèges, que les Conciles &les Evêques ont ordonné aux Curés en une infinitéd’occasions, de tenir les Fonts baptismaux sous la clef,

& de conserver soigneusement le Chrême, avec défen-ses expresses, fous peine dé déposition, d’ên donnerà personne sous quelque prétexte que ce soit, ni pourservir de remede dans les maladies, ni pour faire desmaléfices. C’est ce que nous lisons dans le Concile deMayence (c) en 813. & dans les Capitulasses de nosRois (d). Le 3. Concile de Tours (ê), auífi en 8x3.ordonne la même chose aux Curés, mais par un autreprincipe. U y avoir des gens Superstitieux qui s’i-maginoient qu’on ne pouvoir tirer la vérité de la bou-che des criminels, quand une fois ils s’étoient frot-tés du S. Chrême, ou qu’ils en avoient bû. Pour dé-sabuser ces gens-là de cette faufle imagination, & afinque cela ne se fît plus à l’avenir, ce Concile veut quel’on tienne le S. Chrême enfermé (/). Les mêmesCapitulasses (y) déclarent que les Curés qui en aurontdonné pour cette fin seront déposés, & qu’on leurcoupera la main.

Les Maronites ont une autre erreur & une autre Su-perstition fur le sujet du S. Chrême. Car ils cròyentque la personne du S. Esprit y est de la même manié-ré que la personne de Jesus-Christ est dans l’Eucha-ristie (h). C’est une des propositions que le P. Tho-mas de Jésus (i; a tirées tant de quelques uns de leurslivres, que de quelques-unes de leurs traditions.

Enfin les Ruffiens se servoient autrefois de l’huiledes infirmes, ou de l’Extrême-onction, au lieu duS. Chrême, pour confirmer des enfans ; ce qui peut-être a donné lieu à quelques Auteurs de croire qu’ilsn’admettoient point le Sacrement de Confirmation.Mais Arcudius les retira de cette erreur & de cetteSuperstition, dans le tems qu’il fit la fonction de Mis-sionnaire Apostolique en Russie, ainsi qu’il le témoignelui-méme par les paroles que je mets au bas de la page

(k). Or qui peut douter que la pratique de faire ser-vir l’huile des infirmes à la Confirmation ne soit Su-perstitieuse , après ce qué le Cardinal de Cusa (/) a sijudicieusement observé, que c’est une Superstition qued’employer les choses saintes à d’autres usages qu’âceux ausquels l’Eglisc les a destinées.

(a) De Sortileg. q. f. n. 3.

(b) L. 6 . Disq. Mag. c. 2. sect. 1. q. i. n. r.;. Ut odii malefi-cium tollant, utuntur amoris maleficío : v. g. Eucharistiam sa-crai» in ore habentes, oículantur eam quam volunt in amoreminducere, vel labiis chriímate inunctis id faciunt.

(c) Can. 27.

(d) L. 7. art. 80. En ces termes: Presbyteri íub sigillo custo-diant chrisma, & nulli, íub prsetextu medicin*, vel, maleficíi,donare inde présumât. Quod fi fecerint, honore priventur.

(e) Can. 20.

(/) Presbyteris injungendutn ( dit-il ) ne sacrum chrisma Forasconclave dimittant, ubi à quolibet attingi poffit. Nam criminososeodem chrismate unctos 8t potatos nequaquam ullo examine de-prehendi posté à multis putatur.

(g) E. z. art. 77. Ut Presbytes qui sanctum Chrisma donave-rit, ad judtóium subvertendum, postquam de gradu suo depofi-tus fuerit, manum amittat.

(h) In oleo sancto chrismatis est persona Spiritus íàncti, sicutpersona Christi in Eucharistia.

(>) L. 7. p. 2. c. 6 . Tit. de Sacram. Confirmât.

(k) L. 5. de Concord. c. 4. Apud Ruthenos oleum infirmorumab Episcopo consecratum ante paucos annos adhibebatur ad Con-firmandos infantes loco chrismatis. Neque possumus diceíe fuis-se divinum unguentum, cùm & fimplex oleum fuerit, 8c iisdemproríus Cerimoniis 8c precationibus illud quoque Presbyteri con-secrarent: quibus tamen Chrisma Confirmationis conficere nefas est.Unde Rutheni forsan ex hoc à nonnullis Auctoribus Chrismatisinficiatores exiíhmati ffint. Sed hune abusum, Deo juvante ,sustulimus, cum a Sede Apostolica in eas regiones missi eflemus.

(l) To. 2. Exercitat. 1 . a, de Sermone Ibant Magi, &c. Si resconíecràtáî ad aliud, quam proprium usum applicentur, est Su-perstitio.

S -T I T I O N S.

CHAPITRE II.

Des Superstitions qui regardent la forme dc laConfirmation.

Hérésie & Superstition de Gabriel de Phild"delphie touchant la forme de la Confirmétion. Autrefois on fe ferlait d'autres sot"mes en administrant ce Sacrement , quecelles dont on fe sert aujourd'hui dans l'&glife Latine ér dans l’Eglise Grecque.forme de la Confirmation est maintenùtdfixée dans l'une & dans l'autre EgliseQuoique celle des Latins soit conçûè eíid’autres termes que celle des Grecs , ett* sont néanmoins toutes deux le mème sent-‘Présentement il y etureit de la Superstitionà fe servir d*autres formes , <fir même &ajouter à celles qui font reçues & approti'ivéeS) à en retrancher , & à en change*quelques mots estentiels. IIy enauroit aítffià un Evêque Latin à fe servir de la sot 'me des Grecs , & à un Evêque & d n®Prêtre Grec d fe servir de celle des L A'tins. Les Evêques & les Prêtres Grec{ne font point Superstitieux pour repeter &chaque onêfion la, f orme de leur Eglise >cette répétition n'étant qu'Un seul a£fe.

S I l’on en croyoit Gabriel, Archevêque de Phite"delphie (m ), il ne seroit pas nécessaire de pronon-cer aucunes paroles en administrant la Confirmationparce qu’il assure que la forme de ce Sacrement n’ eautre chose que les paroles que l’Evêque proférsconsacrant le S. Chrême. Mais il n’en est pas de f° e 'me de la Confirmation, que de l’Eucharistie. L’f u "charistie est Sacrement auffi-tôt que le Prêtre a P 1 ' 0 'nonce les paroles de la consécration ; mais la Confismation & les autres Sacremens, ne font Sacrem e °*que dans le tems qu’on les administre. Si bien qu^seroit une hérésie & une Superstition du faux& de l’observance des choses sacrées, de ssemploVaucune forme en conférant la Confirmation, & cecrement seroit nul de toute nullité, fi on se contestoit d’oindre du saint Chrême ceux qui vOudroien 1 ^recevoir, sans prononcer en les oignant les paroles pim-entes par l’Eglise. Il y avoit autrefois dans l’£stLatine, & dans l’Eglise Grecque d’autres formes ^la Confirmation, que celles dont les Latins stGrecs se servent aujourd’hui. Dans l'Eglise Ltâ ineconfirmoit, ou avec ces paroles, qui sont rapp° r ^dans l’Ordre Romain (n) : Confirma te in nanti#?tris, & Filii , & Spiritus fiancli ; ou avec celles-Çì»nous lisons dans le Traité des Sacremens de G® 1 n® nîde Paris: Conjìgno te dr crttce confiirmo , &c.l'Eglise Grecque, du tems de Sévére Patriarchelexandrie, qui vivoit vers le milieu du septième ^cle, ondonnoit la Confirmation en disant: ,

Jdniíoy Juavitate odoris Chrifti Dei, Sigillo ver#complemento pignons Spiritus fianêlì , obfigmtnr , p&c. in nomine Patris , yímen , dr Filii , Amen, &çfiritus fianeli , ad vìtam Jkculi fiículorum , Ame#-,qu’il le témoigne lui-mème dans son livre T>esC? ^nies du Batême. Mais ces différentes formes n echoient pas qu’on ne fe servît dans l’une 8 c dans ^tre Eglise des formes qui y sont d’aujourd n u

(m) Tract, de Sacram. Forma unguenti (dit-il)ficis, qu* dicuntur fiiper unguentum, 8c qu* v>Wiformandi.

(n) Tit. Ordo in nocte 8t die Sabb, íàncti.