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DES SUPERSTITIONS.
besses du Royaume , me fit l’honneur de m’écrirepour savoir ce que je pensois de cette prétendue dé-votion qui se pratiquoit dans son Abbaye , & qu’elleavoit découverte il n’y avoit pas long-tems. Nos dé-votes (me dit-elle dans sa lettre) ne veulent sas fi con-tenter de communier par me hofiie ; elles gagnent des Con-fesseurs pour leur en donner deux ou trois. Je lui fis ré-ponse que cette pratique me paroissoit tout-à-sait ir-réguliére & Superstitieuse pour plusieurs bonnesraisons.
1. Parce qu'elle étoit contre l’institution de Jésus-.Christ , qui ne donna qu’un morceau de pain consa-cré à chacun de ses Disciples, lorsqu'il les communiale jour de la sainte Cène. Et en effet, il dit de Ju-das dans l’Evangile de S. Jean (a), que quand il eutpris le morceau trempé que le Fils de Dieu lui donna,le Diable entra dans lui : Pofi buccellam introìvit in eumSathanas; & qu’ayant reçu ce morceau , il sortit aussi-tôt : Cum accepìjfet ille buccellam , exivk continuo. IIn’y a pas pofi buccellas , ni cum accepiffet buccellas , aupluriel, mais pofi buccellam Sc cum accepiffet buccellam ,au singulier.
2. Parce qu’elle étoit contre 1 * usage de toutes lesEglises d*Orient & d’Occident , dont les Eucholo-ges , les Missels , les Rituels, & les Cérémoniauxréordonnent de donner qu’une hostie à chaque Fidellequi communie.
5. Parce qu’elle étoit contre le sentiment des Au-teurs Ecclésiastiques qui ont écrit des Offices divins.Car lorsqu'ils parlent de la communion du Peuple,ils marquent qu’on doit donner une hostie , non pasplusieurs hosties, à chaque communiant.
4. Parce qu’elle donne lieu aux personnes simples& ignorantes de croire , ou que le Corps de Jesus-Christ est plus parfait 8 c plus entier fous plusieurshosties, que fous une feule f ou qu’enrecevant plu-sieurs hosties, on reçoit plus de grâces qu’en n’en re-cevant qu’une feule. Ce qui est contraire à la Foide l’Eglise , qui nous apprend que le Corps du Filsde Dieu est auísi parfait & aussi entier sous la pluspetite partie d’une hostie , que fous la plus grande.D’où vient que S. Thomas dit dans la Prose de laFête-Dieu :
Fraéio demtm Sacrameuta ,
Ne vacilles , fed memento ,
Tantum ejfe fub fragmento ,
Quantum toto tegitur.
5. Parce qu’elle porte les personnes qui reçoiventplusieurs hosties en communiant, à s’estimer plus sain-tes , & plus parfaites que les autres qui n’en reçoiventqu’une, & à les mépriser ; ce qui est une vanité cri-minelle devant D^u.
6. Parce que Itzs Prêtres qui donnent , & les per-sonnes qui reçoivënt plusieurs hosties, font juger queles uns & les autres sont dans la pensée qu’il y a plusde vertu dans plusieurs hosties que dans une feule, &qu’il est par conséquent plus avantageux d’en rece-voir plusieurs qu’une feule. Ce qui ne s’accorde pasavec la foi Catholique, selon laquelle il n’y a pas plusde vertu dans plusieurs hosties que dans une feule,puisque Jesus-Christ est tout entier sous une feulecomme sous plusieurs , 8 c que celui qui n’en reçoitqu’une feule ne participe pas moins à l’effet du Sacre-ment que celui qui en reçoit plusieurs, pour user destermes de saint Thomas (b) : ce qui peut-être con-firmé par le Canon Ubi pars (c)
(?) c - iz. 8c 30.
{0) 3. p. 79 _ art . 7 , ac i z. Nihil plus est vittutis in multishosties consecratis, quàm in una, cùm fub omnibus 8c fub unajion fit nisi totus Christus: unde nec si aliquis simul in una Miíiàniultas hoftias consecratas fumât, participabit majorem effectumSacramenti.
(c) Dont voici les paroles De Consecrat. Dist. a. Ubi pars estcorporis , est 2 c totum. Eadem ratio est in corpore Dominí,quse in Manna , <p°d 1® ejus figura decessit : de quo dicitur ,
7. Parce qu’elle étoit condamnée par le Décret d cla Congrégation des Cardinaux , Interprétés du Con-cile de Trente , que l’on vient de rapporter. Enfinparce qu’elle fait entrer les Prêtres, qui donnent pl u "sieurs hosties à une feule personne, dans des íentitnensde présomption , ne pouvant en user de la sorte & nSse croire assurés de connoître les dispositions intérieu-res de cette personne ; sans vouloir pénétrer le sondde son cœur, qui n’est pénétrable qu’à Dieu ; &s’exposer eux mêmes à une infinité d’illusions. Ap reSavoir ainsi exposé mes raisons à cette Abbesse, elle l eSfit entendre aux Confesseurs Sc aux Religieuses de s° stMonastère, & elle abolit la Superstition qu’une dévo*tion phantastique y avoit introduite.
XV. Les Prêtres Grecs préparent le Jeudi saint 1 ^grandes hosties qu’ils réservent pour la Communia"des Malades , après les avoir consacrées 8 c partage^en plusieurs autres petites, de la même maniéré qu’il*préparent la grande hostie qu’ils consument à la Mesi" e »& sur chacune de ces grandes hosties ils répetent l eSmêmes paroles. Mais Arcudius (d) dit que cet us*'ge a peut-être été introduit par l’ignorance des Gre cSmodernes , & qu’il suffit de prononcer une sois lÇ*mêmes paroles fur toutes les hosties , fans qu’il s° l£besoin de les répeter fur chacune en particulier, bqui fait voir manifestement que c’est un culte f"'perflu.
XVI. Saint Augustin rapporte (e) un éveneme" 1fort singulier d’un certain Acacius, aveugle né, q" efa mere , qui étoit une femme de vertu & de piété »guérit par lé moyen d’un cataplasme qu’elle lui si £avec la sainte Eucharistie, & qu’elle lui appliqua su £les yeux. Si la foi de cette bonne femme l’excusoi tdevant Dieu d’avoir employé le Sacrement du Corp*& du Sang de Jesus-Christ à cet usage, une condui-te si extraordinaire ne peut point faire de régie, & nSdoit pás être tirée à conséquence , selon la maxir° e ,du droit Canon (f) : 8 c ceux qui en useroient ain# 'ne seraient pas exemts de Superstition , puisqiíe d anSla pensée du Cardinal de C usa (g) , c’est Une Sup^T*stition de fàire servir les choses saintes à d’autres
ges qu’à ceux auxquels elles font destinées : &l’Eucharistie n’est pas destinée pour faire des cataph 1 'mes aux yeux des aveugles.
XVÎI. C'étoit autrefois une coutume assez rép^due dans l’Eglise d’enterrer l’Eucharistie avecmorts. Nous lisons dans la vie de S. Basile , qui ^faussement attribuée à S. Amphiloque Evêque d’K 0 'gne, que ce grand Archevêque de Cefarée, après ^Voir célébré la première fois les saints Mystères, di^ 1fa le pain Eucharistique en trois parties , dont si ^réserva une pour être enterrée avec lui aprèsmort (h). S. Grégoire Pape témoigne (*) que 8. ^noît ayant appris que la terre avoit rejetté par
>> Qui plus collegerat, non habuit ampliùs, néque qui rtl ‘ I1U riIlis» raverat, invenit minus Non est omnino quantitas v» 1in hoc xstimanda mysterio , íèd virtus Sacramenti fpiritu 3 * 15 '^{d) Voici ses paroles : L. 3. de Concord. c. 17. Gr* c ° r .j.Presbyteri primùm multas majores particulas in préparation 2turgiaï ad eum modum , quo 8c majorem illam pr*cipn^ o jquam confumunt iu Sacrificio , 8c iisdem verbis parant,fortaffis ab imperitis Grascorum posteris introductum est- - aI jisuper centum 8c mille hostjis fatis fit , simul eam caere» 00 *adhibere, ac non iterare toties eadem verba.
(e) L. 3. Oper. perfect. contra Julian. n. 164.* .
(f) In 6. de Reg. Juris, reg. 24. Qux à jure commuai
bitant nunquam ad conlcquentiam iunt trahenda. , c 0 (i“
(g) Tom.a. Exercit. L.i. ex ferm. IbantMagi &c. si / e J u peí'
íècratas ad aliud quàm proprium ufum applicentur , ‘
stitio. _ r r ce pií
{h) Dividens panem in tres portiones , unam quidemcum timoré multo , aliam verò íèrvavit ad coníêpeliendutertiam autem super columbam argenteam suspendit sup^ ^uî(i) L. 1. Dialog. c. 24. Quibus vir Dei manu lu® Pcommunionem Dominici corporis dédit dicens : „ ' re v 2 '
„ hoc Dominicum corpus super pectus ejus cum fa-
„ rentia ponite, eumque sépulture sic tradite . Quo J0 ,
ctum fuisset, susceptum corpus e;us terra tenurt. nec
jecit.