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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES S U P E R S T I T I O N S. tfj

Pour les vïvans" & --pour les morts les jours que nouscommunions, &r demander à Dieu qu’il leur accordeQuelque grâce en saveur des prières que nous lui of-frons pour eux ; mais nous ne pouvons communierHue pour nous-mêmes , non plus que nous ne pou-v ons manger & prendre des rémedes que pour nous-wêmes. L’institution de l’Eucharistie , considéréecomme Sacrement , ne nous permet pas d'en userd’une autre maniéré. Cependant le Fils de Dieu dansfr vie de sainte Gertrude (a) , a révélé à cette Saintequ’il avoir agréé la communion qu’elle avoir faitePour des vivans. Mais cette révélation ne mérite pasplus de créance que celles que l’on vient d’examiner ;°u tout au plus l’effet de cette communion ne se doitentendre que ex oser e operantis, & non pas ex opéré operato.

VI. J’ai vu autrefois à Chartres un Capucin quiconseilla à un garçon & à une fille qui s’aimoient l’unìfrutre , de communier à intention d’être mariés en-semble , & qui pour cet effet, en les communiant à lablesse qu’il dit pour eux , rompit une hostie endeux, & en donna une moitié au garçon , & l’autreMoitié à la fille. Mais outre que cette pratique est^n culte indu, un culte superflu , une vaine obser-vée des choses sacrées , elle est un véritable maléfi-ce amoureux, 8c par conséquent une autre espèce desuperstition dont nous avons parlé dans la premièrePartie de ce Traité (b) , & dont nous avons rappor-te quelques exemples.

Vil. Thomas Boflìus, Prêtre de l’Oratoire , rap-porte (c)’qu’en 127t. une femme de la Marche d’An-cone se servit de l’Eucharistie pour la même fin , laréservant , après qu’elle l’eut reçue dans fa bouche,& l’emportant dans fa maison pour en faire un maléfi-ce, afin de fe faire aimer de son mari qui ne l’aimoitpoint. Le Prêtre impudique dont parle Céfaired Heisterbach (d) , fit la même chose, prenant uneostie dans fa bouche, en vue de débaucher une fem-qu’il aimoit. Mais Dieu ne permit pas qu’il vintà oout de son exécrable dessein , & il rompit ses me-ures de la maniéré que cet Auteur le raconte. Lesorciers , pour fe faire aimer , prennent souvent lap°|tié d’une hostie dans leur bouche , au rapport derilland (e) , & après avoir pulvérisé l’autre moitié,

1/ 1 T 7 ent ? ux Personnes dont ils sont amoureuxPour la leur fdire avaler dans leur boire ou dans leurdanger. Ces trois Superstitions font de même natureflue la précédente , & d'horribles facrileges.j, Viii. On communie quelquefois pour faire servirEucharistie comme de Phylactère , ou préservatif,£°ntre la stérilité des mouches à miel. C’est ce que^ Une femme dont le même Céfaire d’Heisterbach^ mention (f). Ses mouches à miel ne profitants°>nt, & mourant pour la plupart , on lui conseillae faire semblant de communier , & auflì-tôt qu’elle, r °it communié, de retirer la sainte hostie de sa bou-g c & de la porter dans une de ses ruches. Elle leH. mais ce ne fut pas fans sacrilège 8 c fans Super-‘doti : & ce ] a donna lieu à un miracle que ce Moinerac on te .

II en raconte encore un autre (g) d’une jeunej?) Lib. 3. vit. 8c Révélât, c. 37.

1 ' L- 2. c. f.

Ho j fr > 4 - de Notís Ecoles, c. 7. Ausidi , in Piceno (ditií) an-( !egi u 1 ?.F quéedam millier cùm sumplisset ore Eucharistiam nonservatam secum detulit , ut illâ uteretur ad amo-conciliandum sibi per veneficia.

talj ' En ces termes: L. 9. ib. hist. Miracul. c. 6. Sed Dom inusSerine maleficia ejus impedivit. Cùm exire vellet de ostioÍUlíf;'* » sic sibi creícere vìdebatur , ut laquear Oratorii verticeTerritus miser hostiam de ore silo extraxit > & quia

ib u ‘l‘ s 'nops erat in angulo Ecclesias eam íèpelìvit. Timens ve-fib; £- l0l )em divinam super íè ocyus venturam, sacerdoti cuidamatnii *n confeífus est sacrilegium , qui simul ad locum acce-" : r ejecto pulvere, non repererunt speciem panis , sied for-

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9 U ^ Ce miracle est ust de ces miracles à la mode

( e \ì s Céfaire : 6c bailleurs quel Auteur que ce Ceíàire.

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fille de’l’Ifle de S. Nicolas , qui après avoir reçu lasainte Eucharistie , la retira de sa bouche & la rom-pit en plusieurs parties fort minces 8c sort petites,qu’elle sema dans son jardin , qui ne lui rendoit au-cun profit, quelque soin qu’elle prit & quelque pei-ne qu’elle fe donnât de le bien cultiver, a cause des ché-nilies qui mangeoient les herbes & les legumes qui yétoient. Mais Dieu permit qu’elle demeurât long-tems en 1 a possession du Diable, pour la punir de cet-te Superstition sacrilège.

X. On faisoit autrefois communier ceux qui étoientaccusés ou soupçonnés de quelque crime , afin ou deles Convaincre, ou de les en purger; & c’étoit-là unedes purgations que le Droit Canon appelle Canonique ,parce qu’elles ont été introduites par les Canons,pour lés distinguer de celles qu’il appelle Culgaires ,parce que c’est le peuple qui les a introduites. Cet-te pratique semble autorisée par le Canon Supe contin-git (h) , où. il est dit , que quand il a été commisquelque larcin dans un Monastère , & qu’on ne faitpas qui l’a commis, l’Abbé, ou quelqu’un de fa partdoit dire la Messe en présence de tous les Moines, 8cfur la fin de la Messe les Moines doivent communier,& T Abbé , ou le Prêtre les communiant , chacund’eux doit dire , Que le Corps du Seigneur me serveaujourd’hui d’épreuve. Le Canon Si Epifiopo (i) or-donne aux Evêques & aux Prêtres accusés de crimescapitaux, tels que sont l’homicide, l’aduîtere, le lar-cin , & le maléfice , de se purger de la même manié-ré , & cela sous peine d’être privés pendant cinq ansde l’entrée de l’Eglisc : la même pratique paroít enco-re autorisée par divers exemples illustres & mémora-bles. Le Comte Eulalius , dans l’histoire de Gré-goire de Tours (k.) , se justifia du parricide dont ilavoit été accusé & pour lequel il avoit été excom-munié par Cautinus Evêque de Clermont , en rece-vant l’Eucharistie de la main de ce Prélat, qui le luiordonna de la maniéré qu’on le rapporte dans k Note.En 870. le Roi Lothaire étant allé à Rome pour sejustifier de ce qu’on lui reprochoit qu’il n’avoit pasgardé les Traités qu’il avoit faits avec Nicolas I. lePape Urbain II. l'obligea de communier , lui &tous les Seigneurs de fa Cour qui l’accompagnerentdans ce voyage , ainsi que le rapporte Sigebert (1)1,qui ajoute , que parce qu’ils communièrent contreleur propre conscience , ils moururent tous dans kmême année , & que le Roi Lothaire mourut lepremier à Plaisance , en s’en revenant en France.Stibichon, Evêque de Spire , accusé d’adultére, nese purgea pas autrement devant l’Empereur Henri III.comme nous l’apprenons d’Albert Krantzius (m).Le Pape Grégoire VII. prit le Corps de Jesus-Christpour fe disculper des crimes dont ses ennemis l’avoiencchargé; mais i’Empereur Henri IV. refusa de le fai-re,

(b) i. q. 4. Statuimus utquando ipsi Fratres de taíibus íè ex.purgare debuerint, Miflà ab Abbate celebretur, vel ab aliquo cuíipse Abbas prxceperìc , pnesentibus fratribus : & sic expletíMisia omnes communicent in lue c verba : ,, Corpus Dornini sir„ mihi ad probationem hodie.

(i) Ibid. Si Episcopo aut Presbytero cauíà crîminalis, hoc est,homicidíum , adulterium , furtum, & maleficium, imputationfuerit : pro singuiis Miííàm celebrare debet Sc communicare, 8cde singuiis sibi imputatis innocentent íè ostendere. Quod si nonfecerit j ouinouennio à liminibus Eccleíiss extraneus nabeatur.

(k) L 10. c. 8. Rumor populi parricidam te proclamât este,ego verò utrum perpetraveris hoc scelus , an non, ignoro; ideir-co in Dei sioc 8c beati Martyris Juliani statuo judicio. Tu vetosi idoneiis es , ut adseris , accédé propiùs, 8e fume tibi Eucha-ristie particulam, atque impone ori tuo. Erit enim Deus respe-ctor conscient!» tu». At ille accepta Eucharistia, communicanìabsceffit.

(l) In Chronic. ad an 870. Lotharius Rex Romam ad Adria-num Papam se excusatum vadît, à quo dum pro comprobationeinnocenti» su» ad examinationem corporis & san^uinis Domi-ni. tain ipse, quàm Optimales regni invitati fuiísent , 8c ipse,8c omnes qui corpus Domini nostri cum eo temevé accipere prae-sumpserunt , infra ipsum annum perìerunt , ipso statim in re~deundo Placenta defuncto.

(m) L. 4. Saxon. c. 43.

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