Buch 
Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
Entstehung
Seite
66
JPEG-Download
 

66 DES SUPERSTITIONS.

re, ainsi que nous l'avons déja rapporté (a) de l’hiF-toire de Lambert d’Aschaffembourg , Moine d’Hirs-feld, craignant peut-être qu'il ne lui arrivât un mal-heur semblable à celui qui étoit arrivé au Roi Lo-thaire.

Enfin Trithéme rapporte (b) la formule de cettePurgation canonique, au sujet de Rupert , Abbé deLampourg, en net. qu’Arnoldus Evêque de Spireobligea de se justifier sur les révélations qu’il disoit a-voir eues touchant l’abstinence très-étroite qu’il vou-loit faire pratiquer à ses Moines. Il y a des termesà faire peur dans cette formule , & c’est par cet en-droit que cette forte de Purgation me paroît plus sus-pecte de Superstition , parce que , comme le remar-que sort bien le savant & éloquent Jurisconsulte An-ne Robert, dans ses beaux Plaidoyers (c) Latins, toutce qui s’observe dans les cérémonies pour donner del’horreur est Superstitieux &j contraire à la piété:car (dit-il ensuite) toutes les assurances que l’on don-ne , soit pour justifier l’innocence, soit pour établirla soi des traités & des conventions, soit pour termi-ner les différens , fe doivent donner après avoir invo-qué le nom du Seigneur , & non en pratiquant descérémonies extraordinaires (d). Que faut-il donc répon-dre aux Canons & aux exemples qui favorisent la cé-rémonie de se purger par la réception de l’Eucharistie?Deux choses : l’une, que les Canons Sape contingit ,& Si Efijcopo , ont été abrogés par d’autres réglemenscontraires des souverains Pontifes , & qu’ainsi ils nefont plus d’aucune considération. S. Thomas (e) lemarque nettement dans la réponse à la troisième objec-tion qu’il se propose & qui est sondée sur l’autoritéde ces deux Canons : la Glose ne s’en explique pasautrement. Elle dit fur le premier de ces Canons:Haie Canòni est derogatum , quia fuspeffis non ejl dandaEucharistia , & fur le second , auísi-bien que sur lestrois qui le précédent immediatement : Ista Capitulasmt abrogaia. L’autre, que ces exemples, qui fontplutôt à remarquer qu’à imiter , ne peuvent pas fairede loi , ni être tirés à conséquence pour Rétablisse-ment de la Communion qui se fait à intention de dé-couvrir quelque crime ; parce que , selon la maximede Fulbert Evêque de Chartres, (/) les personnes &les causes singulières ne peuvent pas préjudiciel? à laloi commune & universelle. La loi commune & uni-verselle ne veut pas que l’on communie à cette inten-tion. L’Eucharistie n’a pas été instituée pour décou-vrir les crimes, mais pour nous nourrir spirituellement,pour nous unir à Jefus-Christ , & nous incorporeravec lui.

La purgation dont il s’agit ici , fait que souvent oncommunie par hypocrisie , & au préjudice de la sin-cérité & de la vérité , comme il est clair par l’exem-ple d’Andronique, dans Nicétas Choniate, fur la finde l’histoire d’Alexis Comnene Porphyrogenéte ,fils d’Emmanuel Comnene. Elle expose le plusauguste de nos Mystères à des irrévérences effroya-bles , &r ceux qui font accusés ou soupçonnés de cri-mes , au danger, ou de commettre des sacrilèges, s’ilscommunient étant coupables ; ou de fe diffamer eux-mêmes, s’ils communient n’étant pas coupables. D’ail-leurs (& cette raison est prise du Canon Cansuluistiy(g) ou le crime que l’on veut découvrir est public,

ou il est secret : s’ìl est public , quelle nécessité y a-t-il de se servir de cette épreuve ? ou le coupable l’a*vouera de lui même , ou les témoins le déclarerontassez. S’il est secret , on le doit abandonner au juge-ment de Dieu , qui ne le laissera pas impuni. EufiuS. Thomas dit positivement (h) , qu’on ne doit enaucune maniéré donner le corps de Jefus-Christ auxpersonnes soupçonnées de crime , par forme d’épreu-ve ; & qu’il semble qu’on ne le sauroit faire sans ten-ter Dieu , ce qui est un péché d’autant plus énorme,que ceux qui le commettent en recevant l’Eucharistie»qui a été établie pour remède à notre salut , s’attirentun jugement de mort. D’où l’on peut inférer queceux qui pratiquent le contraire s’engagent dans kSuperstition du culte indu , da culte superflu, & dela vaine observance des choses sacrées.

CHAPITRE X.

Des Superstitions qui regardent les cérémo-nies de l’Eucharistie.

‘Prévention étrange des P rote flans cofttt?prefqne toutes les cérémonies qui concis'nent /’ Eucharistie. Ils fe font p articulé'rement déchaînés contre les Processions &l'Expofition de cet auguste Mystère -,

P est fans raison , puisque P Eglise approti've & autorise ces pratiques , lorsqu* elU*se font par son ordre & selon son espritII y auroit de la Superstition à vouloir r t*mettre fur pié les anciennes cérémoniequi s'obfervoient autrefois au sujet de &Communion des Fidelles , sains & mdfdes. Les spectacles profanes , badins f yridicules , qu'on représente en certeslieux , à l'occastm des Procejstons &l'Exposttion du S. Sacrement , font Supsftitìeux , & condamnés par divers Conslés , & par divers Cérémonìaux. C’étodune Superstition aux Grecs de ne pas v<$"loir que les Bulgares approchassent de /’charistie fans avoir une ceinture. Lepe Nicolas I. la condamne.

L Es Protestans font fi fort prévenus contre les frémonies qui regardent l’adorable Eucharid’® ’qu’ils les croyent presque toutes infectées de Sus ~stition. . -pgte

Ils ne íauroient souffrir la Procession de k >

I.

Dieu, & ils en parlent pour k plupart d’une m3°

iere

--, -— r-i y i l _ , ç,aC?'

indigne & outrageuse. Calvin (i) la traite defiition , Gualterius , qui est leur S. Jean Chry’se ^me, à cause de son éloquence prétendue & de k ^titude de ses homilies , 1a traite (kj à’imposé’ ^Centuriateurs de Magdebourg (7) à’Ioorribìe Jdd°nie , & Chemniçe {m) , de nouveauté dr d'Id°\ ^Rivet (n) dit qu on y, renouvelle ce qui fe pratïquo lt ^

(а) Au 2. ch. de ce liv.

( б ) In Chronic. Hirsaug. ad an. liai.

(c) L. i. Rerum judic. c. n. Quodcumque in ceremoniis adhorrorem adhibetur, Superstitiasum est, & à pietate alienum.

{d) Etenim alsertiones omnes, feu ad innocentiam probandam,feu ad fanciendam fœderum fidem , feu ad c.ontroverfias diri-mondas , fìeri debent invocato Dei nomine , non autem accitisceremoniis insolitis & extraordinariis.

W 3- P- q. 8o. art. 6. ad Dicendum quòd décréta illa suâtabrogata per contraria documenta Romanorum Pontificum.

(f) fpist- 61. Legi commuai. Sc univerfali íìngularcs personte,Vel causse non prsejudicant.

(g) 2. q- f- Spontanea confessione (dit le Canon) vel testiumapprobations publicata delicta , habito çrae oculis Dei timoré,,conuniíïâ sunt regimini nostro judicare. Occulta verò Sc inco-

gnita iìli Ëiat relïnquenda qui fclœs. no vit corda filifflruffl 1 ^ É>1

(h) ' Loc. mox eit. Dicerráum. est (ce font fes propres W - ^quod in taiiBus elfe videtur Dei tentai©. Unde fine peccaco ,

bon possùnt ; Sc gravius videretur si in hoc Sacramefltq - ^

est ìtifhtumm ad remedium làlutis:, aliquis incurrerct j»* ri,ni A tlS j U - ní!e nu ^° Modo corpu* Chrisli deber dffô ab cU ‘pecto de crfenine, quasi ad examinationem.

(t) L..4. Instit. c. 7.

(k) Hom il. , 69 . i n Luc.

(l) Centur. o. c. 10. in tlrbano 4.

(m) 2. Parr. Examin. Concis Trid.

(n) L. j. de adultérât. Cœnat Domìnî.