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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

kue Diocèse (a) , de l’année i6ri. & on trouve«s paroles traduites en François dans le Rituel deBourges (b) de 1 666. avec très-peu de différen-ce* C’est assés l’ordinaire des nouveaux faiseursde Rituels, de copier les anciens, & ils ne rougis-sent point de passer pour plagiaires dans ces occa-sions.

IV. Ce n’est pas une moindre Superstition dePorter le Saint Sacrement pour arrêter les déborde-^ens & les inondations des torrens & des riviè-res. Les Ordonnances Synodales de Grenoble, que1 on vient de rapporter , défendent expressément d*ous Prêtres de le faire , fous peine de suspense , ipíbfacto.

V. J’ai examiné fort au long dans le Traité de l’Ex-fostion du Saint Sacrement de l'Autel (c ), íì Ton de-voir porter TEucharistie aux incendies, & j’ai faitVoir par plusieurs raisons que cela ne fe devoit pointfaire. i. Farce que c’est user de cet adorable Mystè-re comme d’un remede à tous maux, selon le capricedes gens, & vouloir en quelque façon que Dieu fasseCe que nous souhaitons de lui. 2. Farce qu’il en peut

driver beaucoup d’inconveniens , & beaucoup descandales, quand la chose ne réussit pas comme on ledésiré. 5. Farce que cette pratique n’est marquée,prescrite dans aucun livre Ecclésiastique, dont on^ sert dans T administration des Sacremens, ou pour lacélébration des Offices divins. 4. Parce qu’il ne pa-r oit nulle part que T Eglise ait approuvé cet usage ; &stu’ainsi c’est une témérité blâmable de T observer ,quoique nous lisions dans la Chronique des Evêquesd’Albi, 8 c des Abbés de Castres (d) , que Geraldus,Abbé de Castres, ait éteint un incendie en y portantle sacré corps de Jefus-Christ. Car des faits & desexemples singuliers ne font pas de bonnes cautions pourceux qui les suivent, & ils ne peuvent pas servir deréglé génerale à toute T Eglise. 5. Parce que nous neVoyons point que dans les siécles passez on se soit ser-vi de ce moyen pour appaiser les incendies, & quenous voyons au contraire qu’on a employé quantitéd autres moyens extraordinaires & surnaturels en cesfortes de rencontres. 6 . Parce que le Concile de Sel-genstad (e) en 1023. qui défend fous peine d’anathê-ftie, de setter des corporaux dans les incendies, com-ble a voient accoutumé de faire par une présomptiontéméraire, certains Prêtres qu’il appelle très-foux,ssapprouveroit pas qu’on y portât le corps de J. C.^ moins encore qu’on le jettât dans le feu, ainsi qu’on1 a fait de nos jours par une présomption infinimentPlus téméraire. 7. Parce que le Synode diocésain, &? 3 * Concile Provincial de Milan, les Constitutionssynodales de Genève, & les Ordonnances SynodalesJ; e Grenoble, qui ne veulent pas, comme on vient deobserver, qu’on sc serve du S. Sacrement pour ap-Passer ses vents, les orages & ses tempêtes, n’auroientp r de de permettre qu’on le portât aux incendies pours es éteindre. 8. Parce que Jean-Batiste Bernardin Pos-j ev ’u (f) , qui dit que quand il arrive des incendies,Curé s doivent setter dans le feu des Agnus Deipar 1 e Pape, ne dit pas qu’on y doive setter^vine Eucharistie. 9. Parce qu’il n’y a nulle ap-j e uce que TEglise, qui ne veut pas maintenant, se-^ remarque qu’on a fait ci-devant, que Ton por-j e j S. Sacrement aux malades, pour le leur montrer,le Ur fai re adorer, ou le leur faire baiser seulement,

C* ad tempestatem vultu, incipiet contra eam Exorcîsinum^ en tem ; 8c intérim campanse pulsabuntur: Fer fignum crucis ,

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L. r; 5 c. iz.

J 2 ; 0 m. 7. Spicileg. d’Acheri. p. 314.teris <w ’ 6 ' Co “questum est de quibusdam fluidifions Presby-

7~ de Offic. Curati, c. 12. a. 47.

Tome II. .

trouve bon qu’on le porte âtix incendiés. Aussi celaest-il défendu a t oui Prêtres , fous peine d'excommunica-tion, parles Constitutions Synodales de Genève (g).10. Parce que souvent on a porté le S. Sacrementaux incendies, fans que pour cela le feu ait rien relâ-ché de son ardeur & de son activité ; ce qui a exposése plus terrible & le plus auguste de nos Mystères aumépris & aux railleries des impies, des libertins, &des hérétiques. 11. Parce que cela est défendu entermes positifs par le Synode de Paris, de Tan 1674.(h) Le Saint Sacrement de l'Autel ne pourra jamais etrtporté aux incendies , feus quelque prétexte que ce fit. Ceque nous défendons expressément d tous Prêtres , fous pei-ne de suspense , ipso facto. 12. Parce que porter le S.Sacrement aux incendies, c’est tenter Dieu, & luidemander des preuvês sensibles de fa puissance ; c’estvouloir la mettre à T épreuve ; c’est être moins reli-gieux que Tinfidelle Achaz , qui ne voulut pas de-mander un miracle à Dieu & le tenter, quoique Dieumême lui ordonnât de le faire (/): enfin c’est imiterses Juifs, qui demandoient souvent des prodiges &des miracles au Fils de Dieu, selon le témoignage desEvangélistes (kj. De toutes ces raisons & de toutesces autorités on n’aura pas de peine ! conclure quec’est un culte indû, un culte superflu, une vaine ob-servance des choses sacrées, que de porter 1 e S. Sacre-ment aux incendies*

VI. Je ne croirois pas qu’on pût aujourd’hui fansSuperstition, & même fans profanation, employer lasainte Eucharistie aux usages ausquels on la faisoit au-trefois servir, & dont j’ai rapporté ci-devant plusieursexemples. 1. Mêler des goûtes du sang précieux a-vec de l’encre, pour signer des Actes, afin de lesrendre plus authentiques & plus folemnels , commeTon fit dans la condamnation de Pyrrhus, dans cellede Photius, & dans la fausse paix entre Charles leChauve, & Bernard Comte de Toulouse. 2. Sancti-fier ses yeux par T attouchement du corps du Fils deDieu avant que de le recevoir; & après avoir reçûson sang adorable, porter ses mains à ses lèvres encoretoutes humides, puis à ses yeux, à son visage, & àtous les organes de ses sens, afin de les purifier, com-me faisoient autrefois les fidelles, au raport de S. Cy-rille de Jérusalem (/). 3. Mêler ses larmes avec le

corps & le sang de Jefus-Christ; & se frotter tout lecorps de ce mélange, pour être guéri des douleursqu’on endure, comme fit sainte Gorgonie, selon letémoignage de S. Grégoire de Nazianze (m) son fré-té. 4. Faire un cataplasme de TEucharistie pour gué-rir un aveugle né, comme fit la mere d’Acacius, dansS. Augustins#). 5. Donner ses restes de TEucharisetie, après que les fidelles ont communié, à de jeu-nes enfans innocens, fans examiner ni leurs disposi-tions, ni leur âge, comme Evagrius (0 ), saint Gré-goire de Tours (p) y Nicéphore (4), & le 2. Con-cile de Mâcon (r) en 585. nous apprennent que Tonfaisoit anciennement. 6 . Enterrer TEucharistie avecles morts, ainsi qu’il sc pratiquoit autrefois, suivantce que nous lisons dans la vie de S. Basile, fausse-ment attribuée à S. Amphiloque, dans S. GrégoirePape (s) , & dans Amalairè (t) , Diacre de l’Eglisede Mets.

VII. U

(g) 4. Part: Tit. 10. art. io.

(h) Art. 7.

\i) Isa. 7 .

(k) Matth. t 2. Marc. 8. 8c Luc. u,(/) Catech. y. Mystagog circa fin.[m) Oral. de obit. Gorgon. Soror.(») L. 3. oper. 2. in Julian. §. 164.( 0) L. 4 histor Ecclef. c. 35.

(/,) L. 1. de Glor. Marty. c. 10.

(q) L. r/, histor. Ecclef. c. zf.

(r) Can. 6 .

(s) L. ». Dialog. c. 14;

(r) L. 4. de Offic. Ecclef. c. 41.

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