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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

n’ont nulle vertu pour produire l’effet que l’on en es-père; 3. une observance des choses sacrées, puisqu’ony employé un Sacrement pour produire un effet qu’iln’a nulle vertu, ni naturelle, ni divine, ni Ecclésia-stique , de produire par son institution. Peut-être serencontreroit-il quelques exemples dans l’antiquité,qui le pouroient justifier en certains cas & en certai-nes occasions. Mais des exemples singuliers ne peu-vent pas faire de conséquence, & si l’Eglise tolère lessermens qui se font sur les tombeaux & sur les Reliquesdes Saints, fur les Autels, fur les Croix, & fur lessaints Evangiles, elle n’autorise pas ceux qui se fontsur l’Eucharistie.

II semble d’ailleurs qu’il ne soit pas du bon ordre,ni de la bonne discipline, d’assujétir en quelque façonle Créateur à la créature, en le faisant servir ainsi auxintérêts & à la cupidité des hommes; ni qu’un Jugelaïque commande à un Prêtre d’ouvrir le Tabernacle,d’en tirer le Saint Sacrement, & de le poser sur l’Au-tel; & oblige ensuite des plaideurs de mettre la mainfur le pié du ciboire en jurant, ou de jurer en présen-ce du S. Sacrement. L’Apôtre S. Paul (a) veut néan-moins que toutes choses se fassent avec honnêteté &selon l’ordre.

Enfin c’est une Superstition présomptueuse de vou-loir faire ce que les saints Peres n’ont point fait, sui-vant (b) l’expreffion du Canon ConfuluifH,

III. Les mêmes raisons qui me font croire qu’il ya de la Superstition à faire jurer les plaideurs furl’Eu-charistie, me persuadent qu’il n’y en a pas moins àse servir de cet auguste Sacrement pour conjurer, oupour appaiser les vents, les orages, les grêles, les ton-nerres , les éclairs, les foudres, les ouragans, & gé-néralement toutes fortes de tempêtes, en le portantdans le ciboire à la porte des Eglises, & en faisant a-vec le Sacrement des signes de Croix du côté destempêtes. Cependant cela se pratiquoit autrefois asséscommunément en certaines Eglises des Gaules & deGermanie, si l’on en veut croire le P. Jacques Spren-ger, & le P. Henri Institor (c), Inquisiteurs de laFoi Catholique en Allemagne.

Frédéric Nausea, Evêque de Vienne en Autriche(d ), témoigne auffi qu’on étoit dans le même usage encertaines Eglises: montrant par ce mot alicubi, que cttusage n’étoit pas si répandu, ni si ordinaire que Ras-surent ces deux Inquisiteurs, ou qu’il s’étoit beau-coup ralenti depuis la fin du quinzième siécle, où ilsfleurissoient, jusqu’à l’an 1542. qui est le tems quecet Evêque publia son Catéchisme. Mais supposé qu’ilse sût assés communément introduit en certaines Egli-ses des Gaules & de Germanie, ce n’auroit píi êtreque par l’ignorance ou la simplicité des Curés & desautres Prêtres particuliers qui le pratiquoient, & je nesache que le Rituel de Lyon de 154!. qui l’autoriseen quelque façon, lorsqu’il dit (e), que pour conju-rer les tempêtes, après avoir fait quantité de prièresqu’il prescrit, le Curé, s’il le juge à propos, pourraprendre respectueusement le corps du Seigneur dansun vase sacré, & faire des signes de Croix hors del’E-gliíë avec ce vase sur les nuées, en disant : Christusvincit, Chriflus >J< régnât , Chriflus imperat vobìs nu-bes & tempejîates ut dijfolvamini , &c. Cette cérémonienéanmoins ne se trouve ni dans le Rituel Romain dePaul V. ni dans ceux de Paris de 161;. de 1630. &de 11546. ni dans celui de Baieux de 1627. ni danscelui d’Arras de 1628. ni dans celui de Séez de 1654.

(») 1. Corinth. 14. Omnia honestè 8c fècundùm ordinem fiant.

(6) Quod sanctorûm Patrum documento sancitum non est,su-perstitiosa adinventione non est prxsumcndum.

(c) In Malleo Malefic. p. 2. q. z. c. 7. Ut populus Deum con-tra tempestates invocet, cum Altaris Sacramento 8c íàcris verbisad auram sedandam. proccditur communiter, ex antiquiíiima con-suetudine Ecclesiarum in Gallia 8c in Germania.

(d) In Catechis. Cathol. 1. 6 c _ Ad versus tonitrua, caste-rasaue tempestates, ahcubi proterri solet venerabilissimum Sacra-xnentum Eucharistie.

(e) Fol. 57. vert-

ni dans celui de Beauvais de 16)7. ni dans celui d§Rouen de 1640. ni dans ceux de M eaux & de Mali-nes de 1645. ni dans ceux de Bologne & d’Albi de1647. ni dans celui de C hâlons fur Marne de 1649.ni dans celui de Troïes de 1660. ni dans celui d’Aletde 1667. ni dans celui de Maïence de Wirsbourg &de Wormes de 167t. ni dans plusieurs autres, quoi-qu’on y trouve des prières, des bénédictions & desexorcismes contre les tempêtes, fous ces différons Ti-tres : Preces ad repellendam tempejlatem ; ExorcifnUtcontra imminentem tempestatem fuigurum & grandinisiExorcifmus contra tempejîates ; Bencdicíio aè'ris t empesa-tìbus commotï.

Il y a aussi dans la Pratique des Exorcijles (f) duP*Valére Polydore, Conventuel de l’Ordre de S. Fran-çois , une formule de prières qu’on doit faire pendantles foudres & les tempêtes ; mais il n’y est parlé enaucune maniéré de la cérémonie de fe servir du S. Sa-crement pour les conjurer. Elle est même expressé-ment défendue par le Synode Diocésain,& par le5. Concile Provincial de Milan, dont nous rapporte-rons les paroles tout à cette heure, & par les Consti-tutions Synodales (g) de S. François de Sales, & deM. d’Arenton d'Alex, Evêques de Geneve, son speine d’excommunication, en ces termes: Nous dé-fendons d tous Prêtres de ce Diocèse , fous peine d'excom-munication , de fe servir du S. Sacrement pour conquît*le tems. Elle Test aussi, fous peine de suspense, if'fi fatto , par les Ordonnances Synodales (h) duCardinal le Camus, Evêque de Grenoble, où il estdit: On ne portera jamais le S. Sacrement , fous quel-, que prétexte que ce soit , dans les villes ou a la campagne >pour les incendies , pour les tempêtes , ou pour les inonda-tions ou débordemens de torrens; ce que nous défendons àtous Prêtres expressément , fous peine de Jufienfi , ips°facto.

Ainsi ce qu’on doit faire de l’Eucharistie pendantles vents, les grêles, les orages & les tempêtes, fe ré-duit uniquement à ouvrir le tabernacle où elle est ré-servée , & à réciter dévotement devant cet augusteMystère, les prières & les Litanies qui font instituéspour cela. Car c’est ce qui est positivement ordonnepar les paroles du Concile Provincial de Milan (>)en 1573. S. Charles Borromée qui présida à ce Con-cile, avoit déja réglé la même chose dans son Sy-node diocésain (kj , de l’an 1572. Le Cardinal du Per-ron est du même sentiment, dans le Rituel d’Evreu*de 1606. lorsqu’il dit les paroles qu’on cite au bas de j 3page (/). On lit la même chose dans le Rituel du m£'

0 e

(f) Part. 1. post. Exorcisât- 8.

(g) 4. Part. Tit. is. n. 10.

(b) Tit. f. art. 4. n. z. , , ■

(i) Tit. 7. de iis qu* ad Sacram. Eucharis. pertin. Cum tu^ D ’procelbe, turbines, aut grandines impendent, ne Sacerdos ad te®Ppestatis procellam arcendam vasculum adhibeat in quo fan# 1 *mum Eucharistie Sacramentum aslèrvatur : fed tabernaculu» 'ubi illud in altari reconditur, patefaciat, licet; tumque in. e Lconspectu Litanias aliasque religioíàs preces, ejus rei causa roitutas pie sancteque pronunciet. ^ .

(k) Encesmots: Decret. 9. Cùm grandines, nimbi,turbi sl8c alias temporum procellas imminent, ad eas tempestates se“ adas, vel, ut vocant, signandas, ne Sacerdos vasculum in 8“sanctiflìmum Christi Domini corpus asservatur, adhibeat; fed ».bernaculum accensis luminibus patefaciat, ut ea nimboruflfimminente, rogationes 8c preces à Clero, populoque coram "mino religiosè fiant. n

(/) Part. f. §. ;. Tit. Exorcis. contr. immin. tempest.procelloíà aliqua imminebit tem pestas, qu» turbido aère ae 0sis undique nubibus circumfluentibus, agris aut vineis, vel eH ^tedificiis, grande aliquod damnum minetur, Sacerdos st° l3 sl ^collum imposita procedet ad Ecclesiam, ibique genuflexis OI ss]j sbus, pc^quam aliquandiu sub silentio oraverit, accensis c . an U<Jsupra altare surgens, fi expedire videatur, serarií iacri, Wíànctistìmum Eucharistie Sacramentum servatur, reverenter oreíèrabit. Deinde remanentibus ibidem in oratione aliquibus, ^çerdos 8c rèliqui de Clero, quorum unus crucem parvam, . o

veto candelam accensam 8c vas aqu* benedict» deferet, “i ^alternatim per choros Píalmum Miferere mei Deus, ascen e ,locum eminentem unde nubes >»» . qu-e majus penculum mcturae videntur, perspici poffint: fimtoque Pûlmo cum û»Vatri, omnes, si commodè postant, genuflectent. Sacerdos v