76 D E S S U P
d'un bouc arrozêe d'eau benite. AutreMesse Superstitieuse du S. Esprit que lesSorciers font dire pour guérir des mala-dies , ou pour invoquer les "Diables à leuraide. Ils en font encore dire déautres( ainfi que les Malfaiteurs ) fur une hos-tie consacrée , & le plus souvent sur deschoses profanes , fur des mouches cantha-rides , pour faire des Sortilèges & desmaléfices.
L Es Sorciers & les Malsaicteurs ont leurs Messesparticulières qu’ils disent ou qu’ils font dire,soit pour rendre homage au Démon qui le désire ain-si, & dont ils sont les esclaves, soit pour venir à boutde leurs Sortilèges & de leurs maléfices.
I. Il s’en dit une, dit-on, dans l’assemblée desSorciers, ou comme l’on parle d’ordinaire, tm Sab-bath, tous les Mécredis & tous les Vendredis de Tan-née. Elle s’appelle pour cela la Mejse du Sabbath &Florimond de Remond, Conseiller au Parlement deBourdeaux, la décrit dans son Antì-Christ (a) , ouAnti-Papeste , sur l’aveu d'une Sorcière qui fut brûléeen 1594. par Arrêt du Parlement de Bourdeaux, &dont il raconte Phistoire en ces termes, „ Une jeûne„ femme, nommée Jeanne Bofdeau, étant ouïe en la„ Chambre criminelle du Parlement de Bourdeaux,„ confessa, comme elle avoit fait devant le Juge de la,, Châtellenie de Sallagnac en Limosin, qui P avoit„ condamnée à la mort, qu’en son jeûne âge un Ita-,, lien P avoit débauchée, & amenée la veille de S.„ Jean fur la minuit dans un champ, où il fit avec u-,, ne verge de houx un grand cercle, marmotant quel-„ ques paroles qu’il lisoit dans un livre noir. Sur„ quoi survint un Bouc grand & cornu, tout noir,„ accompagné de deux femmes, & tout auffi-tôt un„ homme habillé en Prêtre. Le Bouc s’étant enquis„ de P Italien qui étoit cette fille, & lui ayant ré-„ pondu qu’il l’avoit amenée pour être des siennes, il„ lui fit faire le signe de la Croix de la main gauche,puis commanda à tous de le venir saluer ; ce qu’ilsfirent, lui baisant le derriere. Ce Bouc avoit en-tre les deux cornes une chandelle noire allumée, àlaquelle les autres alloient allumer les leurs; &„ lorsqu’ils l’adoroient, on jettoit dans un bassin de„ P argent.
,, Cette femme s’étant depuis retrouvée au mêmelieu, le Bouc lui demanda un bouquet de ses che-
„ veux, lesquels P Italien coupa, & les lui bailla.
,, Tous les Mécredis & Vendredis de chaque mois,„ le Chapitre général se tenoit au Pui de Dôme, où„ elle s’étoit trouvée une infinité de fois avec plus dç„ soixante autres personnes, tous lesquels portoient„ une chandelle noire , qu’ils allumoient à celle que„ le Bouc avoit entre ses cornes, à laquelle il avoit„ donné le feu, le tirant au dessous de fa queue. A-„ près cela tous se mettoient en danse en rond, le dos„ tourné P un à l’autre. En cette assemblée on disoit„ la Messe â leur mode, tournant le dos à l’Au-„ tel. Celui qui faisoit l’office qu’elle nomma, étoit„ revêtu d’une chappe noire fans croix, élevant une„ tranche de rave teinte en noir au lieu del’hostie,„ criant tous lors de P élévation, Maître, aide nous.,, On mettoit de Peau dans le calice au lieu de vin :„ & pour faire de Peau benite, le Bouc pissoit dans„ un trou à terre : & celui qui faisoit-l’office, en ar-„ rousoit les assistans avec un aspergés noir. En cette„ assemblée on distribuoit les métiers de sorcellerie,„ & chacun rendoit conte de ce qu’il avoit fait. Les„ états étoient pour empoisonner, ensorceler, guérir„ maladies avec charmes, faire perdre les fruits de laterre, & telles autres méchancetés.
ERSTITIONS.
A)
„ Cette misérable confessa tout cela avec une mer»„ veilleuse franchise & naïveté: car pour une sem-„ me rustique, elle avoit bon esprit, persistant tou-„ jours, même dans le feu, auquel par Arrêt elle fut„ condamnée”.
On ne sauroit assés exagérer l’exécration d’une telleMesse, ni avoir assés d’horreur pour les profanations,les sacrilèges & les idolâtries qui s’y commettent, fil’on en doit croire la confession de cette Sorcière.
II. Pour faire les Exorcismes & les ConjurationsMagiques qui sont prescrites dans l’abominable livreintitulé, Hep t amer on, stve Elementa Magica Pétri deAbano , il faut entre autres choses dire une Messe duS. Esprit sur un parchemin sait de la peau d’un Bouc»& arrozé de Peau benite des fonts baptismaux. JeanWier, Médecin du Duc de Cleves, la rapporte enla maniéré citée ci-dessous {b), & voila une autre Su-perstition sacrilège des Sorciers qui concerne la Meff edu S. Esprit.
III. Us en sont encore dire d’autres du saint Efpd cpour guérir des maladies, ou pour invoquer le Démo"à leur secours, ainsi que le témoigne Bodin (c) p 3 ?ces paroles: U Invocation des Diables est pleine d'or M'sons , de jeunes , de croix, & d’hosties que les SorcierS /emplojent. Et n y a pas long-tems qu'ilyeut une Sor -ciere a Blois, laquelle pour guérir une femme qui étoi (enforcellée, languissante au lit, fit dire une Mejse du S-Esprit k minuit, en l'Eglise notre Dame des Aides, dpuis fe coucha de fòn long fur la femme malade, marra 0 '
tant quelques mots, puis elle fut guérie . M a,i
deux mois âpres celle que la Sorcière avoit guérie, ri*tomba malade, dont elle mourut, & la Sorcière enquisdit, qu'elle avoit trop parlé, comme j’ai fû de Herdouihôte du Lion de Blois. ..., Et le Protecteur des Sor'ciers, âpres avoir mis les cercles & caractères détestablepour trouver les thréfors, il écrit qu'il faut en fojfoya # 1dire les Pfalmes, De profundis, Deus misereatur nO'stri , &c. Pater noster, Ave Maria, &c. A porta st 1 'seri, Credo videre bona Domini, &c. Requiem
ternam, &c. & lire la Mejse . Et en cas pafi’
pour P invocation des malins esprits , il veut qu'on j e,i f,premierement , & qu on fajfe dire une Mejse du S. Eprit.
IV. C’est une pratique assés ordinaire parmi 1 £SSorciers & Malsaicteurs, de dire, ou de faire direde§Messes fur une hostie consacrée, mais le plus souve^fur des choses profanes, qu’ils s’imaginent être p r °'prés pour réussir dans leurs mauvais desseins : comf 11par exemple, fur une hostie non consacrée où il X ,des caractères & des lettres écrites avec du sang tl{C .du doit annulaire, & sur un morceau de la coésse ‘ss 1couvre la tête d’un enfant lorsqu'il sort du ventre dsa mere ; & ces Messes servent le plus souvent al ’ ^Malsaicteurs pour faire des philtres, ou maléfice 5moureux. Grillant le marque clairement (d) p ar c j
paf°-
»
(4) Chap. 7. n, 6 . Cet Auteur est peu estimé aujourd’hui.
(b) L. î. de PrKstig. Dœmon. c. 5. In eo libro circuits , 0 „jus compositio deseribítur, item nomina horarum &
rum eis praesidentium, barbara nimis, quemadmodum Lclorum , quatuor anni temporum nomenclature : coniècral ^quoque 8c benedictiones circuli ac suffumigiorum, exot cl 'ignis, cui superponuntur fumigia, vestis 8c pentaculutn ^ 0íi'die 8c hora Mercurii, crelcente Luna ín quarta, membrane ,cet hœdi, ubi priùs super illa dicta fuerit Miílà Spiritusaspersa Baptismatis aqua, Succedit modus operationis. exotSpirituum aèreorum impius, oratio ad Deum blasphéma)tuor mundi qartibus recitanda in circulo, ctc.
(c) L. 1. de la Démon. c. 3. . p 0 rtí'
(j) De Sortileg. q. 3. à n. 15. 8c q. 15. à n. 1. Amato» ul ».
legia in corpore communiter fieri soient per cibum, vei a tEt in his fréquenter admiícent Sacramenta Catholicshostiam ccmsecratam, vel nondum consecratam, fcd ua o-scriptam notis 8c litteris sanguineis, super qua dici cura ^usdoqueunam, duas, tres, quinque, vel plures Minas, q u jnlebratis tradunt hostiam ipsam, non intégrant prout e > . -
pulverem redactam valde subtiliter persona: malefician . $ MEodem modo faciunt cum calaminta immixta alus ptradita in cibo , vel potu. - ■ ■ • ^bm Sorttlegum qu finondum sacratam acceperat, 8c super ,Uam circumc.rca .
sanguine annularis digiu, nonnulla verba satxs turpm delcsi t