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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES $ U P E R S T I T í O N S,

,, tout couvert de sang , elle détacha le voile blanc,, de sa tête, & le lui présenta pour s’essuyer le visa*,, ge ; que notre Seigneur imprima sur cette toile la,, parfaite figure de son visage & la lui rendit pour3, lui marquer son amour ; qu’elle reçut le S. Esprit,, en la compagnie des Apôtres le jour de la Pente-» côte ; Qu’elle se rendit ensuite à Marseille avec33 saint Amateur , saint Lazare , sainte Marthe &c.33 Que de là elle alla à Rome sur la fin du régne de33 Tibère * qu’elle donna par Testament à saint Cle-33 ment le sacré Suaire de la Face de Jesus-Christ; &33 enfin , qu’elle mourut à Rome au mois de Fé->3 vrier la premiere année du Pontificat de S. Cle-js ment.

Dans la plupart des Eglises ou l’on honore la Véro-nique , on en fait la Fête, ou la mémoire, le mardigras, à cause des Masques que l’on porte ce jour là,à on la fait comme pour opposer cette face vénérablerux Masques, & pour détourner les mondains des dé-bauches & des folies du Carnaval , en leur représen-tant l’Image de leur Sauveur teinte du Sang adorablequ’il a répandu pour leur salut. Enfin parcéque lesPeintres, les Sculpteurs & les Graveurs font ordinai-rement tenir cette Image par une femme, on s’est ima-giné que cette femme s’appelloit Véronique. C’est ainsistue les erreurs populaires , & les dévotions Supersti-tieuses s’établissent & fe multiplient dans l’Eglise,contre P esprit , les desseins, & les régies même dei’Egliíê , par le peu de zélé & de lumière des Pas-teurs , qui nous font figurés dans l'Evangile (a) parce Père de famille qui dort tandis que son ennemi sè-me de l’yvraïe parmi le bon blé qu’il avoit semé dansIon champ.. La Messe de sainte Véronique n’est doncpas la Messe d’une sainte Femme , appellée Véronique ,mais d’une Image de notre Seigneur imprimée fur unlinceul, & à laquelle on a donné ce nom par syncope& par transposition de ver a iconica , ou ver a icona.Car les Auteurs de la basse Latinité ont dit iconì-c <*3 ou icona t pour image 3 ou rejfemblance , ainsi quele remarque Voffius (b ), dans son livre De vitiis Jer-*»onis & Glojfematis Latino-Barbaris. Or que le nomde Veroniqjje ne soit autre que celui de cette Ima-ge , c’est ce qui est évident. 1. Par le témoignagede Pierre de Mailli (c) , qui vivoit íòus AlexandreÏII. & de Romain (d) , Chanoine de S. Pierre deKome il y a plus de 500. ans. Ces deux Auteursrapportés par le Père Mabillon (e) , marquent posi-tivement que le Suaire dont Jefus-Christ s’essuya ley isage, s’appelle Véronique : Sudarium Christi quodv °catur Veronica, &c. Oratorium fanEhe Dei geni-tìr kis Virginis Maria, quodvocatur Veronica , ubid' He dubio efi Sudarium Chrifii , in quo ante pajjionem■fitám Jantlijsimam faciem , ut d majoribus nofiris accepi-3 exterjït , quando fudor ejus faélus est Jìcut guttafe n gtiinis decurrentis in terrant. Ces dernieres parolest°nt voir que ce fut dans le Jardin des Olives que no-î. re .Seigneur imprima l’Image de son visage sur unttaire , ou linge , & non dans le tems qu’il alloit deJ er usalem au Calvaire , ainsi que la plupart des Ecri-ts des derniers siécles fe le sont figuré ; mais elles^accordent pas avec ce que nous venons d’obser-?r 3 que la Véronique pourroit bien être le Suairej 0st t on couvrit le visage de notre Seigneur mort, &i? n t il est parlé dans S. Jean (/), à moins qu’on nequ’il y a eu plusieurs Véroniques , comme il y a! u plusieurs Suaires ; ce que je laisse à discuter auxJavans.

?» Pierre Diacre j Bibliothécaire du Mont-Caffin,mourut vers le milieu du douzième siécle , n’a^ as d’autre sentiment sur cela , que Pierre de Mailli

[S 13. » f .

, 3 - c. if.

(À ït* MS - à Baíìl. S. Pétri.

3 > 97 .

Whm.iuLp.gs.

11 '*• ac>. Evang, v. 7.

& Romain. C’est dans le livre MS. qu’il a intituléDes lieux Saints , ou (g) Itinéraire de la Terre sainte.

Auguste Patrice , Evêque de Piente, Suffra-gant de l’Archevêque de Siennes, dans la descriptionqu’il a faite de l’arrivée de Frédéric III. à Rome, dutems de Paul II. marque que cet Empereur & ce Pa-pe étant dans l’Eglise de S. Pierre de Rome, adorè-rent après la M este la face de notre Seigneur , impri-mée fur un linge qu’on nomme la Veronïqije;Re divina peratìa , Pontifex cum Imperatore & omniPompa , ad Salvatoris nojìri facieM adorandam in Su-dario exprejfam , quam Veronicam appellant , pro-cesit.

4. Jacques de Troyes , Archidiacre de Laon,Chapelain d'Innocent IV. puis Pape sous le nomd'Urbain IV. écrivit en 1249. une lettre à l’Abbeííè& aux Religieuses de Montreuil , près la Chapelle,dans le Diocèse de Laon , de l'Ordre de Cisteaux,dans laquelle il déclare fort précisément que la Ve-roniqjje est l’Image de notre Seigneur. Ces Reli-gieuses , parmi lesquelles il avoit une sœur , l’avoientprié avec beaucoup d’instance , de leur envoyer unecopie de la face de notre Seigneur , tirée sur l’origi-nal qu’il avoit en sa garde. Ce Pape, qui n’étoit en-core que Chapelain d’Innocent IV- leur accorda sortvolontiers ce qu’elles lui demandoient , & ayant faitfaire une copie de la Véronique , il la leur envoya avecune lettre qu’elles ont encore aujourd’hui dans les ar-chives de leur Monastère , & qui est écrite en langa-ge du 15. siécle. Le P. Chifflet l’a traduite en La-tin , & fur ce Latin elle a été remise en François. Envoici le titre, & ce qui fait à notre sujet: Vtux véné-rables & dévotes] Soeurs *en notre Seigneur , l’Abbesse &les Religieuses du Couvent de Montreuil , JÀCQJTES DETroie S, archidiacre de Laon , Chapelain de N. S.P.le Pape Salut . . . Nous avons appris par la lettre denotre tres-chére Soeur , que vous souhaités ardemment ...d'avoir chez, vous la face & figure de notre Sauveur yque nous avons en notre garde. .... Nous vous prionsdonc pour le refpeél de celui qu'elle représente » que vousla receviez, comme fi cétoit fa sainte Véronique mê-me y &c. Voilà comme ce Pape leur recommande derespecter la copie de la Véronique qu’il leur adresse,de la même maniéré que si c’étoit la sainte Véroniquemême. II fait encore plus. Car il dit que Véroniquesignifie vraye rejfemblance.

5. Matthieu de Westminster parlant d’InnocentIII. dans ses Fleurs des Histoires , dit que ce Pape fitune procession solemnelle à Rome, ou l’Image du vi-sage de notre Seigneur , qui s’appelle Véronique , futportée avec beaucoup de respect, & exposée à la vuedu peuple (h).

6 . Le Pape Nicolas IV. dans une Bulle de 1290Jparlant de la Basilique de S. Pierre , enrichie de Re-liques par la Providence divine, dit : Celui qui seul afondé l’Eglise Romaine , a placé en cette Basilique la re-présentation de son visage ' très-précieux , que les fidellesappellent communément la Véronique.

7. Parmi les Messes votives du Missel de Mayencede 1493. il y en a une intitulée De fànfta Veronica ,feu vultu Domini , De la sainte Véronique , ou visagedu Seigneur.

8. Dans l’ancien Bréviaire des Religieuses de notreDame de Grâce, à Alicante en Espagne, le 27. No-vembre, il y a un Office de la Véronique , où il n'estparlé que de notre Seigneur , de son visage , de fezlarmes, Lee.

9. Dans le Proceíïional de l’Eglise de Paris , aux

Me-

Cj) Où il est dit : Apud Mabillon. loc. cit. Num. XIV. Mus*.’Ital. to. 1. Sudarium cum q uo Christus faciem suam exteriit,quod ab alus Veronica dicitur , temporç Tiberii Csesaris Ro-mam delatum est. ■

{h) Dum Papa Innoçentius processionem faceret solemnemRo-mae, Sc ilia effigies Domini vultus , qu* Veronica nuncupa-tuç, populo aspicienda vencraoter deportarctur,

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