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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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<,1 DES SUPER

Mémoires marquées pour le lavement des pies, cellequi fuit la Mémoire de la sainte Couronne, & quiprécede celle du saint Sépulcre, est intitulée ainsi;„ De S. vultu Lucenst, item dr de S. Domìni Veronica.„ Antiph. Cœperunt quidam conspuere eum & vela-„ re saciem ejus, drc. V. Propter te Domine sustinui,, opprobrium &c. Orat. Concédé quœsumus omni-„ potems & misericors Deus, ut qui Filii tui Domi-„ ni nostri Jesu Christi saciem propter peccata nostra», in passione desormatam, drc". Ces prières se rap-portent particulièrement à la face de notre Seigneur.

io. Au Graduel de la même Eglise de Paris, en-tre les Messes votives, il y en a une qui a pour tire :Mijsa de sanbla Veronica Domini, feu de S. Vultu Chri-sti patientis , qua celebratur ferla tertia Quinquagestma.Preuve certaine que ce n’est pas d’une Sainte nomméeVéronique, mais de l'Image de notre Seigneur, appel-lée de ce nom, dont on fait mémoire le Mardi grasdans la Cathédrale de Paris, & en beaucoup d’autreslieux.

u. A. S. Eustache de Paris, où l’on fait la fêtede sainte Véronique le 9. jour de Septembre, toutl’Office regarde purement Jefus-Christ souffrant surson visage, & rien ne se rapporte ì une Sainte appelléeVéronique. Il commence par l’antienne Conclusit me,&c. Le Capitule, Corpus meum dedi percutientì , &c.Le Répons, Obfinpefcite cœli, &c. L’Hymne, Oado-randi sacra forma Chris i. L’Antienne de Magnificat,Procidit Jésus , &c. L’Invitatoire, Cbristum pro nobispercuffum , 8 cc. L’Hymne, Circumfuja cohors ecce fa -tellitum , &c. Les Antiennes du premier Nocturne :Convenerunt , &c. Non timebo, &c. Illumina , &c.Les Leçons du premier Nòcturne font d’Isaïe, Ouïscredidity &c. Veré languores, &c. Oblatus est , &c.*LesRépons , Abamìnantur, &c. Dédit percutientì, &c.Les Antiennes du 2. Nocturne, Insurrexerunt, &c.Conculcavit , &rc. Discerne , &c. Les Leçons du 2.Nocturne font de S. Jean Chrysostome fur saint Mat-thieu, Exfpuerunt, &c. Tout le reste est de la mêmematière. Ainsi toutes les Messes où la Véronique estconsidérée comme une personne sainte, & invoquéepour telle,. concernent le faux culte, par la raisonqu’on en a rendu ci-dessus. Et c’est fous cette idéequ’on doit considérer la Messe de sainte Véronique duMissel Ambrosien de i;6o. dans laquelle il y a desOraisons où l’on réclamé les prières de sainte Véroni-que (a). Celle du Missel de l’Eglise de Jaën en . Es-pagne , où l’on s’adresse à Dieu par l’interceffion de labienheureuse Véronique dans une oraison ( b ). Celle duMissel de Chartres de 1669. où l’Introitc est, Cogno-vi, 8 cc. l’Oraison, Exaudi nos Deus salutaris nofier ,ut fient de B. Veronica festivitate gaudemus , &c. l’Epî-tre , Mulierem fortem, &c. le Graduel, Propter veri-tatem , & c. l’Alléluia, Specie tua , &ç. le Trait, VentJponJa Chrifti, &c. l’Evangile, Dum iret Jésus in do-mum Principis Synagoga , ecce mulier qua sanguinis flu-xum patiebatur ; l’Offertoire, Filiœ Regum, &c. laSe-crette, Accepta fit , &c. la Communion , Feci judi-cium, &c. la Post-communion, Satiasti Domine fami-liam tuam , & c. Toutes ces prières se disent dansle Commun pour une Sainte , & non pour une Image.

L’Evangile au reste , montre que les Auteurs decette Messe ont crû que c’étoit l’Hémorroisse quiprésenta son mouchoir à notre Seigneur pour s’essuyer,& que cette femme s’appelloit Véronique. On doit sai-si*) Preesta nobis, quœfumus, misericors Deus, ut qui B. Ve-rqnicae festìvitatem devotis obsequiìs celebramus, ejus interccs-fionibus per tuam clementiâm adjuvemur & de pressentis íseculi«uctibus liberemur. Per &c. Da qœefumus íàncte Pater, ut B.Veronica, qua: i n conspectu majestatis tu® exstitit glorioía , fuisoratiombu s nos per fidem intégra m 8c sanct» vit» munditiemgratos tibi reddat & devotos, Per &'■

(í) Deus qui nobis signatis vultus tui, memoriale tuum ad in-stantiam B. Veronicœ, imaginem tuam fudario impreilàm relin-quere voluntl, pr® ta quasfumus per íànctam crucem 8c glorio-ûm paffionem tuam, ut qui te heic in ípeculo 8c senigmate ve-neramur in terris, deiiderabnem ac veram saciem lsti ac securlndere mcreamur ist cœus, Qui vivis, &c.

S T I T I O N S.

re le même jugement de tous les autres Missels où laMesse de sainte Véronique se trouve avec ces prières, ouautres semblables. '

XII. La Meíìe de S. Longìs , ou Longin , pris pourle soldat qui perça le côté du Fils de Dieu d’une lan-ce, semble n’avoir pas la vérité pour objet. Ce Soldatn’est appelle Longis ou Longin , que par abus & paf 1 "gnorance. L’Evangile de S, Jean porte (c),qu’unsol-dat perça de sa lance le côté du Fils de Dieu : tintesmilitum lanceà latus ejus perforavit. Au lieu de lance ail y a dans le Grec yFyxn & de ce mot Grec on a fa lCLonginus , Latin , & Longìs ou Longin , François»c’est-à-dire, que d’une lance on a fait un homme, ûscet homme un Saint, & de ce Saint un Martyr; &on a crû que ce Saint étoit le soldat qui avoit percéle côté du Fils de Dieu; que ce soldat qui étoit aveu-gle , recouvra la vue après avoir percé le côté du Fibde Dieu; qu’il fut ensuite batizé par les Apôtres;qu’il passa 28. ans dans le Monastère de Cappadoce,qu’il convertit un grand nombre d’infidelles; & qu’en*fin il souffrit le martyre, ainsi que le rapporte Pierrede Natalibus. (d) Mais ce sont des rêveries que I eCardinal Baronius dans ses Annales (e), assure avoirété tirées de certains livres apocryphes.

C’est de ces livres apocryphes qu’Usuard (f), &l’Auteur du Martyrologe Romain (g), publié pasRosweide, ont tiré ce qu’ils disent, que le soldat quiouvrit le côté du Fils de Dieu s’appelloit Longin, §cqu’il fut martyrizé à Céfarée en Cappadoce.

A don (h) & le Martyrologe Romain (i), témoi'gnent la même chose, mais fur un bruit commun feu-lement. Les anciens Martyrologes marquent à la véri-té un S. Longin le 15. de Mars, ainsi que font U-suard & le Martyrologe Romain ; mais ils le nommentsimplement Martyr , & non Soldat. Le Martyrologe,qui porte le nom de 8. Jerôme (kj , dit; Idustias , in Cappadocia sanSli Longini Martyris ; & celui d eGellone (/) , ou de S. Guillem du desert , dans les con-fins du diocèse de Lodéve : Idibus Martiì , Longini. F £c’est justement ce Longin le Centenier, qui consess*si hautement la divinité du Fils de Dieu par ces paro-les (w«), Ver'e filius Dei erat ifle , & que Baronius Wmet au rang des Martyrs, en conformité de ce qu’ eI îa écrit Siméon le Métaphraste dans fa vie f 0). S*bien qu’une Messe de S. Longin ne seroit nullementsuspecte de faux culte, comme le seroit avec juili cecelle de saint Longin le soldat.

(e) C. 19- H- ,

(d) In Catalog. SS I. 3. c. zol.

(e) Ad an. 34. n. 131. Ex quibus (dit-il e» parlant des

de S. Longin le Centenier ) redarguuntur qui ex apocryphis quib uS 'dam seriptis tradiderunt Longinam nominc, eumdemqae cce cU,nfuisse militem illum qui lanceâ latus Domini aperuit.

(/) 15. Mart.

(g) 1. Sept. Apud Cassaream Cappadocise. ( Voilà cotntM ce -Auteur en farte) Longini miîitis 8t martyris, qui latus D°s‘ n ain cruce aperuit. Et voici ce qu'en rapporte TJsuard: In C* j,Cappadocise paffio fancti Longini, qui latus Domini lanceâ P eî 'fora vit, ut in gestis ejus invenitur.

{h) 1. Sept. •

(<) if. Mart. Apud Cassaream Cappadoci® {dit Ado»)Longini militis 8c martyris, quem tradunt illum eslè qui b nC ",latus Domini Jesu Christi pendentis in cruce aperuit. Et h V* ttyrologe Romain: Csesare® in Cappadocia paffio íàncti 1militis, qui latus Domini lanceâ perforasse perhibetur.

(k) if. Mart.

(l) r s. Mart.

(m) Matth. 27. ^4.

(n) L oc. cit. j

(0) Apud Suri. if. Mart. Porrò Centurionem imnc ( í ^ ít 'L f

Longinum nomine appellatum fuisse, Christique fidem se cu , l E e ’abdicalse se à militia, ac denique ad martyrii palmam adr°' 3 'qui ejus res gestas ícripserunt, testantur.

C H A-