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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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xío DES SUPERSTITIONS,

„ fin de l’une, & ensuite le commencement d'une au-,, tre. Et je volts dirai de plus qu on a permis encore„ d’ouïr deux moitiés de MelTe en même-tems de„ deux differens Prêtres, lors que l’un commence la„ Messe, quand l'autre en est à l’Elévation, parce„ qu’on peut avoir l’intention à ces deux côtés à la„ fois, & que deux moitiés de Messes font une„ Messe entiere : Dtta medietates unam Adìjfam consti-j, tuunt. C’est ce qu'ont décidé nos Peres Bauni (Tr.„ 6. d. 9. p. zrr.) Hurtado. de Sacramento 2. de„ Missa, d. 5. diff. 4. Azorius (p. 1. 1 . 7. c. z. q.„ z.) Escohar (Trac. r. Ex. n. n. 73.) dans le,, chapitre, pour ouïr la Messe selon notre Société.,, Et vous verrez les conséquences qu’il en tire dans„ ce même livre des éditions de Lyon des années„ 1644. & 1646. en ces termes: De-lâ je conclus,„ que vous pouvez ouïr la Messe en très peu de tems :„ si par exemple, vous rencontrez quatre Messes à,, la ibis, qui soient tellement assorties, que quand,, l’une commence, l’autre soit à l’Evangile, une au-„ tre à la Consécration, & la derniere à la Commu-„ nion ".

Mais fans avoir égard aux décisions de ces Casuistesrentrayeurs de Messes, on ne s'éloignera point de lavérité, quand on dira, que leur méthode est super-stitieuse, & qu'elle favorise l’indévotion de ceux quine veulent que les plus courtes Messes, & qui n’en-tendent la Messe que par maniéré d’acquit, & poursauver quelques dehors & quelques apparences.

III. Du tems de Gerson il y avoit un Prédicateurqui disoit que le jour qu’on entendoit la Meíïe, on nedevenoit point aveugle, on ne meuroit point de mortsubite, on ne manquoit point de subsistance, on nevieillissait point dans le tems qu’on l'entendoit. Ger-son (a) s’est donné la peine de réfuter ces impertinen-ces également ridicules & superstitieuses ; mais elles neméritoient pas de l’être, & il suffisoit de les rapporterpour en faire voir l’absurdité.

IV. Il s’est trouvé autrefois des Prêtres & des Pré-lats assez mal instruits de leurs devoirs, qui ne célé-brant la sainte Messe que quatre sois l’année tout auplus, s’imaginoient qu’ils n’étoient nullement obligésde l’entendre les jours qu’ils ne la célébraient pas.Cette imagination étoit fausse & superstitieuse, s’il enfut jamais j & le quatrième Concile de Latran (b) ,fous Innocent III. en 1215. la défend expressément,fous peine de suspense.

V. Il y aurait de la superstition à ne vouloir pointentendre de Messes à moins qu’on n’y dît l’Evangilede saint Jean In principio erat Ferbum , &c. & qu’ellesne fussent ou de la Trinités ou de saint Michel. C’estnéanmoins ce que pratiquoient certains Laïques, &particulièrement certaines femmes du tems du Concilede Selgenstad (c), en 1021. dans la pensée que par cemoyen elles devineraient plus facilement les chosesqu’elles voudraient savoir. Mais ce Concile condamnecette folie.

VI. Ce ferait une superstition du culte superflu,de la vaine observance, de l’observance des choses sa-crées , de la divination des événemens ou rencontres,& de l’observance des santés, de croire qu’en se te-nant le menton, qu’en entendant l’Evangile assis, qu’en

(/») Opusc. advers. quemdam concionat. 4. p. oper.

( 6 ) Can. 17. 8c refertur cap. Dolentes, de célébrât. Missar. 1 . 3.Décrétai, tit. 41. Sunt & alii (dit ce Concile )c\uì Missarum solem-nia vix célébrant quater in anno, 8c ( quod deterius est ) intereffëcontemnunt, &c. Hase igitur 8c iìmilia sub psena suspensionispenitus inhibemus.

(c) En ces termes: C. 10. 8c refert. c. Quidam, De celebr.Miss. Quidam Laïcorum, 8c maxime Matronse, habent in con-îiietudine, ut per íîngulos dies audiant Evangelium, In principioerat Veibum, & Mìffas peculiares, hoc est, de íàncta Trinitate,vel àe sancto Michaële ; 8c ideo íàncitum est in eodem Concilio,ut hoc ulterius non fiat, nisi s uo tempore, 8c nifi aliquis fide-lium audire vellt pro reverentia sanctae Trinitatis, non pro ali-qua divinatione : & ii voluerint ut sibi Missae cantentur, de eo-dem die audiant Minas, vel pro falote yiyonun, aut pro de-functis.

tenant la main droite croisée sur la gauche, ou la maingauche croisée sur la droite, qu’en tenant un genouilen terre & l’autre élevé, & qu’en se frottant le visagependant la Messe, ou pendant quelque partie de laMesse, on sera guéri ou préservé de certains maux,ou de certaines terreurs, & qu’on saura ce qui arrive-ra à certaines personnes qui voyagent, ou qui ont en-trepris certaines choses.

VIL C’en ferait auffi une de la vaine observance,& de l’observance des choses sacrées, de faire diffi-culté d’entendre la Messe à moins qu’elle ne fût ditepar un Prêtre qui eut un nom particulier, par exem-ple , qui s’appellât Jean, Pierre, ou Guillaume ; ouqui fût d'un tel âge, d'une telle taille, ou d’une tellecondition. Il y a peu de gens assez extravagans pourtomber dans cette forte de superstition & il y en a ce-pendant qui y tombent.

VIII. Le second Concile Provincial de Cologne,(d) en 1549. y remarque deux manières particulièresd’entendre la Messe, qui se pratiquoient, l’une dansles villes, & l’autre dans les Bourgs & les villagesd’Allemagne.

Dans les villes où on disoit plusieurs Messes à lafois, le peuple courait de Chapelle en Chapelle, &d’Autel en Autel, fans être attentif à aucune des Mes-ses qui s’y difoient.

Dans les bourgs & dans les villages, il fe prome-noir pendant la Messe dans les Cimetières des Eglisesvoisines, & s’y entretenoit quelquefois de choses pro-fanes, j ufqu’à-ce qu’on sonnât l’Elévation de l’hostie»& alors il accourait pour voir de loin, & saluer lesaint Sacrement; ensuite dequoi il se retirait, persua-dé qu’il n’en falloit pas davantage pour satisfaire auprécepte d’entendre la Messe les Dimanches & les Fê-tes. Mais dans l’une & dans l’autre de ces manié-rés , la persuasion étoit vaine & ridicule, Sc c’est cequi a obligé ce Concile de condamner ce double a-bus (e).

IX. C’est une fausse pieté ou plutôt une impiétépernicieuse, que d’aflìster à la Messe pour voir SCpour être vû seulement, pour ne pas manquer à desrendez-vous qu’on a donnés, pour nouer des par-ties de promenade & de divertissement, pour s’en-tretenir d’affaires soit publiques, soit particulières,de nouvelles, de bagatelles, &c. Combien toute-fois y at-il de personnes de l’un & de l’autre se-xe, qui ne vont à la Messe qu’avec des intentions decette nature? Les Peres de l’Eglise fe sont récriessouvent contre ces désordres si scandaleux. On peutvoir entre autres ce qu’en ont dit saint Ambroise (f ) ’

(d) Tit. Censura 8c Decret. lata pro abus. 8cc. n. 18. .

(e) En ces termes : Animadycrtentes populum rudem 8cplicem Religionis antiquae 8c verse ignarum, actiones propelas in Misssc sacrificio, prater hostise facrofanctse oblatione®servare : 8c bine abusum natum in civitatibus, ubi mult* s .brantur Miíïàe, ut ab altari ad altare discurrant, nulli sacrifie

Í )lenè intenti: in oppidis verò 8c pagis cœmeteria circumaistu 'ent, 8c de rébus nonnunquam profanis tractent, donec d etad bostiae elevationem signum ; qua vel è longinquo conspyfac salutata, putant, se hominis Christiani officio abundé P®.ctos; è sainte fore populi fidelis existimavimus, si hoc virygladio spiritus exscinderetur. ldcirco pastoribus 8c Verbini Concionatoribus omnibus injungimus ac mandamus, utirreligiosus hic abusus irrepsit, fréquenter doceant populuiUtremendis atque adorandis Miíîse mysteriis, juxta lanctorurn1 .

trum doctrinam, 8c ea qu* in Declaratione Csesare* Majct 1de Mislà traduntur : 8c quod Christianorum sit integro sacroícultare, quo participes fiant Confeffionis quam Sacerdos p ro ^ta plebe dicit, 8c omnium orationum, 8c benedictionis qua c 0 s cimittit. Et si quidem peccat ea in re tota, ut alicubi fit, r ° ^ a ,communitas, censemus prxfectum loci requirendum , ut .fum talem coërceat ac prohibeat. Qui si forte hoc facereset, prohibemus omnibus pastoribus, vicecuratis 8c ani , I L : 'curatoribus quibuscumque, ne quis eum absolvat, aut ad ^mentorum perceptionem admittat ; nisi certa fide polliceatu1 > ^velle regulis istis Ecclesiasticis obtemperare. 8^ vero pauc ,.j sistud vitiumest, 8c moniti non emendent, cera, vcl re -j )U s,ad Ecclesiae ornatum , vel pauperum subvencionem pertinentiDpro arbitrio Pastoris 8c açdilium mulctetur.

(f) L. 3. de Virginib. post. iMt.