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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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,88 DE S SU P E R

Confession ; parce qu’ils ne détruisent point la grâcesanctifiante , & qu’ainsi il n’y a nulle nécessité de lessoumettre au Sacrement de Pénitence , qui est insti-tué pour donner cette grâce à ceux qui l’ont perdue.Aussi n’y a-t-il aucun précepte , ni divin, ni Ecclé-siastique , qui oblige les Fidelles de confesser ces pé-chés , & nous n’avons nulles preuves que les anciensPérès les ayent confessés , ni qu’ils ayent conseillé àqui que ce soit de les confesser. Le même Concile (a)cependant fulmine anathème contre ceux qui disentqu’il n’est pas permis de les confesser.

La seconde, qu’encore qu’il n’y ait nulle obligationde les confesser , (b) il est bon néanmoins & avanta-geux de le faire à l’imitation des personnes de piétéqui le sont d’ordinaire.

Les raisons qu’on peut alléguer de cette conduitesont,

1. Parce que par le Sacrement de Pénitence ces pé-chés sont remis avec plus de certitude & plus de for-ce que par les autres moyens dont on vient de parler.

2. Parce qu’en fe confessant on apprend à les con-noître & à s'en corriger.

;. Parce qu’en fe confessant on diminue la peinequi leur est due.

4. Parce que c’est un moyen très-falutaire pour évi-ter les péchés mortels , tant à cause des grâces quel’on reçoit par le Sacrement de Pénitence, qu’à causeque celui qui a soin de fe purifier des petits péchés,apréhende de tomber dans de plus grands , suivantcette maxime du Fils de Dieu dans l’Evangile (c),celui qui est fidelle dans les petites choses, le fera aussidans les grandes.

. Ainsi ces péchés sont matière suffisante à confession,dans la pensée des Théologiens. Et quoiqu’ils nesoient pas matière nécessaire , & qu’on ne soit pointobligé de les confesser , il est de la bien-féance de lefaire, particulièrement pour les personnes qui aspirentà la perfection, comme le dit (a) sort judicieusementsaint Bonaventure. D’ou il suit que ce n’est pas unechose inutile que de s’en confesser , & que ceux-làfe trompent beaucoup qui estiment que cette Confes-sion est une espèce de culte superflu & de vaine ob-servance. Elle en tiendroit à la vérité , si elle se sai-soit avec, trop d’embaras d’esprit & trop de scrupu-le , comme elle se sait assez souvent par la plupart despetits esprits qui se picquent de dévotion ; si elle sefaisoit sans douleur sincère de les avoir commis & fansrésolution de s’en corriger ; si elle se faisoit sans atten-tion , par coutume, par légèreté , & comme par ma-niéré d’acquit ; si elle fe faisoit pour paraître autreque ce qu’on est ; si elle se faisoit au préjudice desdevoirs essentiels de fa profession ; si elle fe faisoit sansraport à la vénération intérieure que l’on doit àDieu; si elle ne contribuoit en aucune façon à éleverl’esprit à Dieu , ni à modérer la concupiscence de lachair. Mais étant prescrite & autorisée par l’Eglise,& conforme à ses usagés , elle n’a rien en soi de su-perstitieux , rien de défectueux.

La Confession des péchés en général peut avoirsept défauts que saint Pierre de Damien a spécifiésdans un de Tes Sermons (e). Le premier , Se confes-ser far crainte. Le second, accuser les autres en se con-fessant. Le troisième, s excuser soi même dans la Con-fession. Le quatrième ,, se confesser en se vantant de sesaillons. Le cinquième , avoir honte de confejfer ses sè-ches. Le sixième, ne sas confejfer sncerement ses fichés ,

(?) Ibid. Can. 7. Si quis dixerit non licere confiteri peccatínialia, anathema lit.

. (?) & utiliter citraque omnem praelumptionem in <

reliions dicuntur, q U od piorum hominum ulùs demonstrat.

(c) Luc. 16. 10. Qu, fàdelis est in minimo, & in maiori 1lis erit.

(d) En çes termes ; I n 4.. Sent. dist. 17. part. 3. art. r. cQuamvis de rations lui generis non lit ea confiteri necessariitemen ea confiteri congruumest maxime viris perfectis, <utile est multùm, & pœna à débita minuitur ex vi clavium,

(e) Sem. 58. qui est le r. de S. André. '

S T I T I O N S.

dans l’espérance d’acquerir des biens temporels. Leseptième, se confejfer en desjperant de fouvoir s abstenirdu séché , & par conséquent d’obtenir le pardon de sessautes.

I. C’est un faux culte que de se confesser par crain-te , (f) parce (dit ce saint Cardinal; qu’une Con-fession forcée n’est pas une Confession, mais une con-fusion : & que c’est fe confesser par un mauvais mo-tif que de le faire par la crainte (g) qu’on ne nousimpose une pénitence trop rude & que nous ne puis-sions pas accomplir.

TI. C’est pécher contre la charité que d’accuser lesautres en se confessant : (û) c’est les offenser & nostpas se confesser : c’est par conséquent une fausse pié-té, une dévotion irréguliere. Telle est celle des pè-res & des mères qui confessent les péchés de leurs en-fans, des femmes qui confessent ceux de leurs maris,des maîtres & des maîtresses qui confessent ceux deleurs domestiques , de leurs voisins & de leurs voisi-nes , & ainsi des autres.

III. C’en est aussi une (i) que de s’excuser soi-même en se confessant , & ceux qui le font , se dé-fendent plutôt qu’ils ne s’accusent. Le Roi Prophè-te étoit bien éloigné de ce sentiment, „ lorsqu’il de-,, mandoit à Dieu (k) , de ne pas permettre que son,, cœur s’égarât dans des paroles de malice , pour„ chercher des excuses dans ses péchés, comme sont„ ceux qui commettent l’iniquité”. Rien cependantn’est plus ordinaire dans la bouche de la plupart desPénitens qui se confessent , que ces sortes d’excuses.Les uns par un horrible blasphème & par un orgueilde démon rejettent leurs péchés fur Dieu même : &cela arrive en deux façons , selon saint Bonaventure,ou saint Thomas, dans le Traité de la maniéré de feconfesser , „ & de la pureté de la conscience (/) ,„ qui est attribué à l’un & l’autre de ces deux„ Saints ”, mais que Gerson (m) croit être plutôt desaint Bonaventure que de saint Thomas.

,» t. En disant : Dieu m’a donné une nature si per-,, verse, & si encline à un tel péché, qu’il m’estim-,, possible de m’en défendre. C’est parler comme A-„ dam, lorsqu’il dit à Dieu (n) , la femme que vous„ m’avez donnée pour compagne , m’a présenté duj, fruit de vie & j’en ai mangé : comme s’il lui eut„ dit, si vous ne m’euffiez pas donné cette femme,„ je n’aurois pas péché. Mais ceux qui parlent de,, la sorte sont des menteurs : car si, dans la pensée,, de saint Grégoire (») , le diable ne peut vaincre„ que ceux qui veulent bien être vaincus , quoiqu’il,, n’y ait point de puissance comparable à la sienne fur„ la terre (f) , nous pouvons encore moins être vio-„ lentés par notre concupiscence naturelle.

„ 2. En disant : J’ai été surpris par une telle test-„ tation , parce que Dieu n’a pas voulu m’aider, bien„ que je jeûne souvent, que je le prie , & que j'ay®„ recours à lui. Ceux qui tiennent ce langage, n’ac-„ cusent pas leur paresse & leur négligence, de n’a-„ voir pas voulu éviter les occasions de péché , &„ persévérer dans la prière. Ils accusent Dieu d’im-„ pieté & de mensonge , encore qu’il dise dans„ Pseaume (q) : II criera vers moi, & je l’exaucerai»„ Et ailleurs (r) : Venez à moi vous tous qui ête?„ fatigués. Demandez & vous recevrez (s) ; & q»s

-, l’Apô-

(/) Extorta confeffio non est confefíio fed confusio.

(g) Ne gravi pœnitentia percellantur > & perferre non poffint-

(b) Aliorum accusatio non est confeffio, sed offensio.

(0 Sui excníàtio, non est confeffio, sed defensio.

(k) Psal. 140. 4.

(/) C. f.

(m) Opusc. de pol. diurna, proposit. ix. in fin.

(»; Genef. 3. Quelque tour que l’on veuille donner a ces paro*les , il est pourtant certain qu’Adam pouvoit répondre de cettemaniéré, fans vouloir faire l’/\pologie de fa foiblesse.

(0) L. 34. Moral. c. 17. in fenfu.

(/>) Job. 41.

(q) Pfal. 90. 55.

(r) Matth. n. x8.

(r) Joan. 1 6. 24.