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Confession , dans le sentiment de Pierre le Chantre (<r) ,est préjudiciable 8c vaine, en ce que n'étant pas hum-bles , noù^youlons qu’on croye que nous le sommes :ce qui est plutôt une marque d’orgueil, que d’hu-milité. Car l’humilité se plaît à être méprisée, Sc el-le n’est orgueilleuse qu’en ce seul point, q.u’elle mé-prise les louanges qu’on lui donne. Quoi de plus ma-lin 8c de plus indigne qne de faire servir la Confes-sion, qui est la gardienne de Fhumilité, à l’orgueil,Sc de tirer avantage de ce qui nous doit humilier ? E-trange vanité, de ne pouvoir paraître saint, qu’en pa-roissant scélérat ! Une teste Confession n’a qu’une hu-milité apparente, & non une véritable humilité; Scbien loin d’attirer la miséricorde de Dieu, elle irritesa colere.
IX. La Confession est encore imparfaite, Sc irrégu-îiere, quand on s'y loue soi-même; Sç on le peut fai-re en deux maniérés, indirectement, ou directe-ment.
On s'y loue indirectement, quand on dit par exem-ple (b), je n’ai ni volé, ni blasphémé, ni calomniépersonne j j’ai vû commettre un tel péché, ou j’aioui dire une telle chose, 8c j’en ai été sort touché,parce que cela alloit contre l’honneur de Dieu & con-tre les bonnes moeurs, Sc donnoit un mauvais exempleaux autres. Surquoi Saint Bonaventure dit: (f) oinsensé hypocrite ! ton dessein est de te louer modeste-ment, lorsque tu parles de la forte , Sc non de te con-fesser. T u tais le péché que tu as commis en voyantcelui de ton prochain, Sc peut-être que ton péché aété plus grand que celui de ton prochain, parce quetu as négligé une faute pour laquelle tu devois avoirde la compassion; 8c,tu es un menteur loríque tu disque tu en as été fort touché, pour l’amour de DieuSt du prochain : car tu n’en as été touché qu’à causede ton orgueil, & du peu de charité que tu as pourton prochain, parce que cette charité ne s’irrite jamaiscontre le prochain.
„ On s’y loue directement, lorsqu’on dit ainsi:„ Par la grâce de Dieu depuis un tel tems Sc au delà,,, je mç fuis assez bien gardé de tel 8c tel péché. Car,, j’ai bien dit mon office Sc ma Messe , j’ai bien prê-s , ché, j’ai bien fait mes prières. Fasse mal qui vou-,, dra-, pour moi je veux toujours bien faire, Sc me,, garder de pécher mieux que ne font la plupart de,, mes voisins,parce que j’aimerois mieux mourir que,, de commettre un tel péché. Je ne comtois en moi,, d’autre défaut que celui d’être ingrat des saveurss, que Dieu me fait, Sc de ne pouvoir pas lui rendre,, grâces, de ce qu’il m’a préservé de tels Sc tels pé-», chés dans lesquels une infinité de gens tombent
Mais, ô Dieu (dit encore saint Bonaventure (d) )ces Pénitens-Jà font semblables au Pharisien de l’Evan-gile (e), qui monta dans le temple pour y faire fapriere, laquelle se termina à l’élever an dessus des au-tres. C’est ce que font ceux, qui au lieu de s’accu-ser simplement à confesse se louent eux-mêmes au pré-judice de leur prochain, en disant le bien qu’ils font,ôc en ne se confessant point de l’orguejî Sc de la
(») Ibid. Qu id perverses, quidyeindigmus, quàm ut humilita-tis custos confeffio superbix militet, 8c inde velis videri raelior,unde videris deterior ? Mirabile jactanti» genus , ut non pofïìsputati sanctus, si non appareas sceleratus! A t talis Confeffio spe-ciem habens humiìitatis non virtutem , non sòlum veniam nonmeretur, sed & provocat iram.
(b) Vidi fieri talem defectum ( ce font les paroles de saint Bona-venture ) gt de hoc fui valde turbatus, quia erat cpntra honoremE>ei & contra bonus mores in malum exemplum aliorum.
( e ì Mentiris dicendo te fuiíîè turbatum propret amorem Dei,” proximi, cùm tamen fueris turbatus propret superbiam tuam,oc quia non habes charitatem proximi, qu» non permittit ali-
^ uei ? ^Ӕ 1 1 tra proximum turbari.
(d) Ibid.
(e) Luc. 18. ii. & Iii Q Deus! Isti sunt similes Phariseo,qui aícendit mtemplum, ut oraret, cujus oratio fuit tota fui e-xaltatio iuper a ìos. ic & isti, q U j debent se simpliciter accu-íàre in Conte ìone, e upçr alios laudant, narrando bona qu»íaciunt, de superbía autem Sc prresumptione, qu» latet interius,nihil dicunt.
S T I T I O N S.
présomption qui les dévorent dans íe fond de leurcœur.
Xi C’est perdre le tems inutilement, & sc rendrecoupable du culte superflu 8c de la vaine observance,que de se confesser des, péchés qu’on a commis avantqu’on eût l’âge de raison, 8c qu’on fût ce que c’étoitque péché. II est vrai que saint Augustin sc confesse(f) à Dieu des péchés de son enfance; mais outre quefa Confession n’est pas Sacramentelle, il ne prend pasle mot de péché pour une chose qui ait en soi unemalice effective Sc formelle, mais qui feroit un vraipéché si elle sc faisoit avec discrétion Sc avec connoií-fance dans un autre âge.
XI. On tombe dans les mêmes défauts lorsqu’on seconfesse de s’être mis en colere contre ses domestiques,d’avoir châtié ses enfans lorsqu’ils l’ont mérité, fansdire si on l’a fait fans raison ou avec justice, sans mo-dération , ou avec modération. Car bien loin quede s’être mis en colere contre ses domestiques, Sc d’a-voir châtié ses enfans, ce soit toujours un péché,c’en est souvent un au contraire que de ne se pas met-tre en colere contre ceux là quand ils en donnentle sujet, Sc de ne pas châtier ceux-ci quand ils le mé-ritent.
XII. On en peut dire autant de ceux qui sc con-fessent d’avoir- eu de mauvaises pensées, des penséescontraires à la pureté; 8c qui étant interrogés s’ils yont donné lieu, s’ils y ont pris quelque plaisir, Scs’ils y ont donné leur consentement, répondent quenon 8c qu’ils y ont résisté généreusement 8c les ontrejettées. Car bien loin que cela soit matière à Con-fession c’est au contraire une action de vertu &un sujet de mérite devant Dieu.
XIII. Il en est dç même de ceux qui se confessentd’avoir dit du mal de leur prochain, quoique ce malfût public 8c qu’il ne fût ignoré de personne dans leslieux où ils l’ont dit ; de s’être plaint à leurs amis déquelqu’un qui leur avoít fait injure, ou pour prendreleur avis, ou pour sc décharger le cœur, de n’avoîrpas lavé leurs mains avant que de manger ou de semettre à table; de n’avoir pas gardé les jeunes decommandement avant l’âge de vingt 8c un an, ou é-tant légitimement dispensés de les garder; d’avoir ditune chose comme vrayç, & qu’on croyoit telle, bienqu’elle ne le sût pas; en un mot d’avoir fait quantitéd’actions où il n’y a aucune malice, 8c qui par consé-quent ne sont point matière à confession. Ils s’en cou-se fient néanmoins, ou parce qu’ils sont persuadés queleurs Confessions ne feroient pas bonnes fans cela, ouparce qu’ils ont trouvé ces vains scrupules dans des li-vres qu’ils appellent de dévotion, ou dans des formu-laires de Confession, que les Evêques devraient avoirsoin de corriger, ou de faire corriger par des gens ha-biles, avant que de souffrir qu’ils ayent cours dans leursDiocèses.
XIV. On peut faire”lç même jugement de ceux quifont une confession semblable à celle que pouroieucfaire les Anges Sc les Bienheureux, s’ils en faisoient:je veux dire, qui étant à conseils disent qu’ils ne sesentent coupables d’aucun péché, Sc qu’ils n’ont rienà dire à leur Confesseur; ce qui est une- excuse, trèsimpertinente, au sentiment de Pierre ( h ), Abbé de
(/) L, i. Confess. c. 7.
(g) Ainsi que ìe témoigne 8. Bonaventure par ces paroles!Opusc. cit. c. r. Cogitationes quantumcuroque mal», Lc vl 'dose, quae non sunt studiose procurât» , nec cum delect*'tione recept*, nec cum mora servat» in corde ; quibus nec àe-disti occasionem veniendi propter cibi 8c potus intemp era ?'dam, aut propter occasionem, sed subito venerunt & recesfe'runt, 8c displicentiam habuisti in illis, 8c statim quando sensi'sti, ut potuisti, expulisti, aut expellere procurasti, occupando t»in iectione, aut in meditatione sancta, taies díco non sunt COB'fitend», quia non foin m in istis homo non offendit, lëd multM®meretur, tamquam pugil, pugnator 8c viâor
{h) L. 4. Epist. u. al. 100 Inepdssima plané excusa::» q"»-rumdam, qui cùm moneantur ad Confeffionem , dicunt & B>habere quod in Confeíïìone référant. Révéra taies Copia inop eScit, 8c íòlis claritas eos excœcavit.