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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPE

de superstition a donner l*absolution parLettres. Grégoire VII. en a donné ainstà plufìeurs personnes. Réponse à ce qu'onpeut dire contre ces sortes d'absolutions.

P Uisque l’absolution suit ordinairement la Con-fession , il est de f ordre , après avoir parlé dessuperstitions qui regardent la Confession , de traiterde celles qui concernent l’absolution.

I. Une des plus irrégulieres spiritualités en matièrede Confession est de vouloir recevoir l’absolution àchaque péché que l’on confesse , aussi-tôt qu’on l'aconfessé ; 8c cela fous prétexte que plus on reçoitd’abfolutions , plus on reçoit de grâces, parce (dit-on) qu’il y a des grâces particulières arrachées à cha-que absolution. Mais cette spiritualité est un fauxculte , un culte superflu, & une vaine observance,qui peut conduire à un sacrilège , & rendre fausse laforme de l’absolution.

En effet, pourquoi demander, 8c donner plusieursabsolutions ? lorfqu’une feule suffit. S’il en faut plu-sieurs , il faut aussi tout de fuite plusieurs contritions,plusieurs satisfactions, plusieurs propos de ne plus re-tourner au péché : ce qui est superflu & ne peut ser-vir qu’à faire perdre le tems au Pénitent & au Con-fesseur. Si l’on donne l’absolution après chaque pé-ché , on ne pourra pas savoir quelle est la dispositiondu Pénitent, ni s’il ne lui reste point quelque péchémortel à confesser qui le rende indigne de recevoiraucune absolution.

Ainsi sa confession ne sera pas entiere , comme ellele doit être nécessairement, puisqu’il ne sera absous qued’une partie de fes péchés , & qu’il ne le fera pas dçf autre , 8c elle fera par conséquent nulle & sacrilège.Car on ne doit donner l’absolution qu’à celui qui s’estconfessé de tous les péchés mortels dont il fe sent cou-pable devant Dieu. Autrement si la forme de l’ab-íolution qu’il reçoit ne tombe, par exemple, que furle premier péché qu’il aura confessé , elle fera fausse,

Í >arce qu’il ne fera absous que de ce seul péché, & quea forme, de l’absolution doit s’étendre à tous les pé-chés qu’il a commis. Aussi porte-t-elle , Je t'absousde tes péchés , Ego te abfilvo a peccatis tuis , & non,Je t'absous de ton péché ; Ego te abfilvo à peccato tuo;Et si le Confesseur au lieu de dire , Ego te abfilvo dpeccatis tuis , s’avisoit de dire, pour contenter son péni-tent , Ego te abfolvo a peccato tuo , il tomberait lui-mê-me dans une nouveauté, laquelle n’étant ni de l’insti-tution de Dieu, ni de l'institution de l’Eglife, feroitUne véritable superstition du culte superflu ; puis que,comme dit fort bien le Cardinal de Cufa (a) , il n’estpermis à personne de son chef & de son autorité pri-vée , de rien ajouter au culte de Dieu , ni d’en riendiminuer, si ce n’est par l’ordre de l’Eglise.

De plus, le Pénitent qui feroit absous de son pre-mier péché , feroit au même-tems en grâce & en pé-ché. II feroit en grâce, parce qu’il auroit reçu l'ab-solution du péché qu’il auroit confessé ; & il feroit enpéché, parce qu’il ne fe feroit pas encore confessé defes autres péchés, & qu’il n’en auroit pas encore reçul’absolution. Si bien que la grâce & le péché , toutincompatibles qu’ils font , fe trouveroient ensembledans un même sujet. Cependant quelle union (ditl’Apôtre saint Paul (b) ) peut-il y avoir entre la justice& l’iniquité? Quel commerce entre la lumière & les té-nèbres? Quel accord entre JeJus -Christ & Bélial?

Quant à ce qu’on allégué , que plus on reçoit d’ab-solutions , & plus on reçoit de grâces, c’est une pureillusion en matière de spiritualité. Car si cela étoitainsi, qui empêcheroit qu’un Pénitent après avoir ex-posé chacun de fes péchés en particulier à son Con-ta) Tom. z. Exercit. 1. z■ ex Sermon. Ibant Magi, Sec. Nonlicet cuiquarn propria auctoritate addere, vel íiibtrahere in divinocultu ab institutis ab Eccleíìa.

(ò) z. Corinth. 6. if.

R S T I T I O N S. 1,5

íesseur , ne pût faire un , & même plusieuís actes decontrition , une ou même plusieurs pénitences pourchaque péché ? Qui empêcherait qu’on ne mangeâtdes hosties consacrées jufqu’à la satiété , fous prétextede recevoir plus de grâces ? Qui empêcheroit enfinque sous un semblable prétexte un Prêtre ne bût deux8c trois pots de vin à l’autel en célébrant la sainteMesse ? Cependant qui ne voit combien cette multi-plication d’hosties consacrées & de vin consacré fe-rait messéante & ridicule, combien elle feroit contrai -re à la pratique de l’Eglise & à la conduite des Saints,qui n’ont jamais pensé, ni à fe servir de ces moyensinutiles 8c frivoles , pour augmenter les grâces qu’ilsavoient reçues de Dieu, ni à les conseiller âux fidellesdont ils avoient la conduite ?

II. On ne sauroit faire confesser fes péchés , & enrecevoir l’absolution par un autre, fans tomber dans làsuperstition du faux culte , & dans celle de la vaineobservance, & sans faire une Confession nulle & sacri-lège. Ce que fît la Bienheureuse Liduine , Lidui-de, ou Liduige (c ), cette illustre Vierge Hollandoi-se , morte en 1455 . qui confessa les péchés d’un fa-meux scélérat , comme si c’eut été les siens propres,& qui en reçut l’absolution pour lui, peut-être mis aurang de ces actions que les Saints ont faites de bonnefoi , & par un zélé peu discret & peu éclairé, mais’qui n’ont pas contribué à leur sanctification , & q U isont à. (d) admirer plutôt qu’à imiter.

On peut dire la même chose de la mère de saintPierre le Vénérable , Abbé de Cluni, laquelle étantsur le tombeau de son mari confessa & fes propres pé-chés , & ceux de son mari à un Moine d’une probi-té reconnue , qui lui en donna l’absolution, lui im-posa une rude pénitence, & la renferma le reste de fesjours dans le célébré Monastère de Marsigni, commedans une prison perpétuelle , (e) ainsi que le rapportesaint Pierre le Vénérable.

III. Celui qui étant en danger de mort , ou enquelque autre péril évident , se confesserait ou detous fes péchés , ou d’une partie de fes péchés seule-ment , en attendant que le Confesseur qu’il a envoyéchercher sût venu , & qui ne pourroit plus parlerquand le Confesseur serait venu , pourroit fans aucu-ne superstition recevoir l’absolution de ses péchés, &le Confesseur pourroit aussi la lui donner fans super-stition , pourvu que quelques personnes de créancel’affuraffent que le Pénitent l’eut demandée, qu’il euttémoigné de la douleur de fes péchés, & même qu’ileut eu assez d’humilité pour les confesser publique-ment. Cette Confession à la vérité feroit faite à unabsent, mais elle ne laisserait pas pour cela d’être bon-ne, selon les Rituels que nous avons raportés dans leChapitre précédent.

IV. Quel-

(c) L. 2 . c. 6 . ejus vit* à Surio editae.

(J) On nc sauroit véritablement admirer des actions qui íbntune fuite des fauflès idées qu’on se fait de la véritable piété. Y enavoit il à se mettre à la place d’un scélérat? C’est comme si l’on sefaiíbit pendre ou rouer pour un voleur de grand chemin. Le vo-leur en vaudroit il mieux, ou feroit il réhabilité pour cela?

(e) En ces termes : L. z. Epi st. 17 . Nocte diem mundi ulti-fflam prateedente , Nicodemum aemulans nocturna advenit, 8 c,ô inaudita devotio, fepulcrum conjugis adiit, 8 c clam universis,prsefente tantùm probatse Religionis Monacho , se contra illudprojecit , & lacrymarum fonte laxato largis illud imbribus inun-davit. Deflebat in conspectu pii conditoris primò defuncti ex-cessus , deplorabat 8 c proprios infinito cutn mxrore reatus. Sa-tiato dehinc post multum mortis spacium luctuosis planctibus a-nimo, ad confitendum conversa, ordiri ab initio & narrare uni-versa conjugis 8c deinde propria peccata , feu crimina ccepit 8 cconsitendo ad mediam usque ferè noctem proceffit. Loquebàturvelut ore defuncti , & quasi commutatis personis in coniuffe virpœnitebat. jHis ita expletis 8 c veteri peccatorum face penitus ex-inanita, obscerat ut se omnium criminum ream, Sacerdos 8 c Vicarius Christi, ut vulnera anima; su* patefecerat , duris média-ns legibus subdat , & apud Marciniacum perpetuo pœnitentiaecarcere claudat. . . . Suscepto dehinc à Monacho , quod ipsa sibiparaverat, gravis pœmtentfa jugo , à terra mente simul 8 c cor-pore surgit, 8 c ìpsis nocturnis tenebris celans opéra sua, ac con-jugi lepulto ultimum vale dicens ab ejus sepulcro ipsa jamjamsepelienda receffit.

C c c 1