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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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213. D E S S U P E R

& de l’ignorance de nos peres, & dû peu de foinque les Évêques avoient de corriger les Livres deprières.

La vingt-sixiéme & la plus pernicieuse de toutes,est rOraison qu’on attribue fans sujet au Pape Léon.Elle fe trouve dans l ’Enchirìdion manuale precationum ,& elle a plus de vertu que tous les Sacremens ensem-ble si le titre est véritable. „ Car il témoigne, qu’en„ la disant, ou en la portant sur foi, on ne succom-„ bera jamais î la violence d’aucun ennemi ; on fera„ délivré de toute infirmité & de toute aversité, en„ quelque lieu qu’on fe rencontre; on ne fera jamais,, abandonné de Dieu en ce monde,dans quelque né-„ ceffité & quelque danger qu’on soit; on arrivera,, toujours à bonne fin; on finira ses jours heureuse-„ ment; on ne mourra point ce jour-là ni par le fer,„ ni par l’eau, ni par le feu, ni de mort subite Sc,, mauvaise, ni fans Confession ; l’ennemi n’aura au-,, cun pouvoir fur nous, soit que nous dormions, soit„ que nous veillions, soit que nous voyagions ; on ne„ fera jamais ni vaincu, ni fait prisonnier en guerre.„ Elle a auífi beaucoup de vertu contre les tempêtes,„ les foudres & les tonnerres ; Si on la dit fur un vèr-„ re d'eau benîte, qu’on jette puis après en l’air en,, forme de croix, les tempêtes, les foudres & les,, tonnerres cesseront auflì-tôt. Si on la dit trois fois„ fur mer, il n’y aura point ce jour-là de malheur,„ ni de tempête. Si quelque possédé du malin esprit,, la dit, ou la fait dire trois fois avec une chandelle„ benîte allumée, il fera délivré fur le champ. Si u-,, ne femme en travail d’enfant la dit, ou la fait dire,, trois fois avec une pareille chandelle, elle accouche-„ ra auflì-tôt heureusement. Si quelqu’un voulant„ faire un long voyage la dit, ou la fait dire trois fois,, avant que de partir, & la porte fur foi dans tout„ son voyage, il fera délivré de tout mal & de tout„ péché, & s’il meurt de quelque maladie, son ame„ fera sauvée. Ce qui a été éprouvé par plusieurs per-,, sonnes dignes de foi

Ce titre est plus que suffisant pour lui ôter toutecréance. Cependant comme l’on couvre ordinairementle poison qu’on veut donner, sous quelque belle ap-parence , on fait commencer cette Oraison par In prin-cipio erat Ferbum , &c. Ces paroles du Canon de laMesse viennent ensuite: Per quem hœc omnia Domine ,Jimper bona , Scc. Per ipsum & cum ipso, &c. Oremmprœceptis salutaribm monìti , &c. Pater nofier , &c. Li-béra me Domine qu*fi famulum tuum N. ab omnibusmalis , Sc c. Pax Domini , &c. Agnus Dei, Scc. avecdiverses broderies. Puis on dit quantité d ’Adonai,Scc. & on fait quantité de bénédictions accompagnéesde croix & suivies de plusieurs souhaits & de plusieurstraits de l'Ecriture, qui n’ont pas beaucoup de fuite,Sc qui pour la plupart ne signifient rien. Après celasuivent six Oraisons, dont la derniere contient plu-sieurs mots inconnus, Amedam , Tanstos , Taustazo ,Barachedio, Godita, maton , erigam , veloy , unit , Sa-dau , qui en découvrent la superstition.

Il y a dans le même livre une autre Oraison qu’ondit que le même Pape Léon envoya à Charlemagne,& dont le titre ne promet guéres moins que celui dela premiere. Elle commence par Crux Chrifii quamJimper adoro >J< Crux Chrifii fit in porta verafalus >J<à.

On y en voit encore plusieurs autres contre tous lespérils du monde, Orationes contra omnia mundi'pericu-ia, qui sont pour la plupart cousues de passages def Ecriture mal appliqués & mal adoptés, & ornés dequantité de croix rouges. Celle qui commence parJJagios invifibilis Dominus , &c. renferme plusieursnoms inconnus, Gebam , Suth , Suthan , &c. Elle estsuivie d un caraMere extraordinaire & de l’Oraïson PerfignilM Domini Tau libéra me , In nomine Patris f&e. où il y a au so bien des noms inconnus, Egon;Eth , Hue , Creana , &c.

Après cette Oraison vient O bane Jefu , &c. 8c u-

5 T I T I O N $.

ne figure faite de trois os de mort avec ces paroles entête, yldonay Job AI agi fier dicit. Puis Sanclifiìma Fir-go AI aria , ornée de croix rouges & de noms in-connus. Ensuite O inimici mei advos venio , &c. quia pour titre quatre croix rouges, ces deux mots Ana-niz^apta & Johaz^ath , avec ces quatre lettres A G L Aaux quatre coins, & au dessous, Laus Deo Jimper .Celle qui commence par Beatus es Rex xîbagar , &c. aen tête une figure ronde avec des caractères inconnus,

6 ces paroles In hoc vincit. Celle qui commence parIn nomine Patris, Scc. Sc qui est intitulée, S. ThomasApoftolus , E. Leonardus ficrìpfit Carolo Régi Franciœ ,Scc. Sc beaucoup d’autres, font de même nature. Maispour les faire passer plus volontiers, on y a entre-mêlé le Pseaume Qui habitat , Scc. le Cantique Nuncdimittis , Scc. Sc quelques prières de l’Eglife. Celle desaint Cyprien, Oratio JanBi Cjpriani , qui commencepar Ego Cyprianus , est tout-à-fait apocryphe, & elleparle de quantité de Saints postérieurs à saint Cyprien,tels que sont Saint Martin, S. Brice, S. Grégoire, S.Dominique, S. François, Scc.

Enfin ce misérable livret finit par la figure de laplaye du côté de notre Seigneur , & une {a) im-pertinente souscription qui promet merveilles à toutesles personnes qui porteront fur elles cette figure. Voi-là l’analyse que j'ai crû être obligé de faire de ì'Enchi-ridion manuale precationum , afin que ceux entre lesmains desquels il pourra tomber, sachent que c’est unvéritable livret à brûler.

CHAPITRE VIII.

Suite du même sujet.

Les Indulgences de la Salutation aux âmesdes Fidelles Trépaíles, & de /’Oraiíònpour les Morts qui ont été négligés, fontpeu certaines ; S 3 d'ailleurs trop démefu -rées. L,e titre de /’Oraison , O bone Jeíù,promet trop. Les trois Ave Maria font ou-trés , & le préambule en eft pauvre. II ya deux sortes de sept Allégresses de lasainte Vierge, mais elles font p lattes , el-les ont peu de sens , & il s'y trouve deschoses que tout le monde n'approuveroitpas. L’ Obsecro rìa pas grand sens , & ilest outré en bten des endroits. L’O inte-merata n y est pas de Saint Edme , mais desaint Anselme i & son préambule est faux.IIy a plus de rithme que de sens & d'onc-tion dans le Stabat Mater. Les Indulgen-ces de son préambule sont superflues , exces-sives & disproportionnées. Cette prier e pa-roît injurieuse à la S. V. qui a toujours é-té constante aux piés de la Croix de finFils , filon les Ter es & les EcrivainsEcclésiastiques. Ce qu’on dit de fa Pâmoi-son , & de l’Eglise de Notre-Dame de Pâ-moison, aproche de la sable.

La

(a) Hœc est i^ensura plagac, quœ erat in latere Christi, delatáConstantinopoli ad Imperatorem Carolum Magnum,' in quadaiï»capsula aurea, ut Reliquiœ precioíìffimœ, ne ullus hostis postâtnocere ei. Ejus autem tanta eít virtus, ut nec ignis, née aqua,nec ventus, nec tempestas, nec lancea, nec eníìs, nec Diaboluspoffint nocére ei qui vèl ipseleget, vel legi jubebit, vel fècumferet. Prœterea mulier dolore partus non morietur, quo die eai»Vident, sed subitò & facile liberabitur. Deinde quicumque earstmeníùram secum geret.de inimicis fuis victoriam reportabit, ne--que injuriai», aut détriment um pati poterit. Denique eo die qUquis eam legerit, improviía morte non peribit.