DES SUPERSTITIONS.
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ze : & qui peut dire avec fondement que toutes cellesqu’elle en a eues ayent été réduites à ce petit nom-bre ?
L’Auteur y dit à la sainte Vierge, „ Je vous prie„ & demande instamment que vous veniez en diligen-„ ce à mon aide, accompagnée de tous les Elus, afin„ d'être mon support Le mon conseil en toutes mes„ angoisses & nécessités, en toutes les choses en quoi,, j'ai à faire, à penser & à parler tous les jours &„ toutes les nuits, & tous les momens de ma vie " ;mais il seroit plus à propos de faire cette priere ì Jefus-Christ, ,,qui est notre support 8c notre conseil”,comme il est souvent appellé dans les Pseaumes 8c dansles Oraisons de l’Eglise.
„ Il y demande encore à la sainte Vierge, que sur,, la fin de sa vie elle ait agréable de lui annoncer le„ jour & l’heure de son trépas”; ce qui est sujet àbien des périls & des illusions, & un péché de curio-sité & de présomption, comme le remarque très-judi-cieuscment Delrio (a).
Ainsi je croirais qu’il vaudrait mieux ne point di-re ì'Obsecro, que de le dire.
La trente-deuxiéme est l'Oraison à la sainte Vierge& à saint Jean l’Evangeliste : O Internerata gr in œter-num benediéla , &c. Salicet (b) la croit de S. Edme,& il dit, ,, Que ce saint Archevêque de Cantorberi„ avoit accoutumé de la dire tous les jours â l’honneur„ de la sainte Vierge & de saint Jean l’Evangeliste son„ Tuteur; & qu’un jour ayant manqué de la dire, à,, cause d’une affaire qui lui survint, S. Jean l’Evan-„ geliste s’apparut à lui une férule à la main, & lui,, commanda de donner fa main pour recevoir un„ coup de férule; ce qu’ayant fait pieusement, S.„ Jean leva sa férule sort haut, la laissa tomber dou-,, cernent, le reprît & lui dît, qu’il se donnât bien„ de garde de manquer à l’avenir de dire cette Orai-,, son, & que depuis il n’y avoit jamais manquéIl ajoute ensuite qu’il s’est fait quantité de miraclespar la vertu de cette Oraison.
J'avoue que ma foi est trop soible (c) pour croireque tout ce qui est rapporté dans ce préambule, soitvéritable. Ce que je puis dire, c’est que cette Orai-son n’est point de S. Edme, mais de saint Anselme;qu’elle se trouve la cinquante-deuxiéme parmi cellesqu’il a composées, & qu’au préambule près, elle estbonne 8c dévote.
La trente-troisiéme est le Stabat mater dolorofa ,8cc.les rimes dont elle est composée font que les bonnesgens se plaisent beaucoup à l’entendre chanter. L’air surlequel on la chante les réveille. Mais les personnes so-lidement pieuses & éclairées, y trouvent plus de rime quede sens 8c d’onction, & le titre que le flabat a dans Sali-cet (d) ne leur donne pas une idée fort avantageuse desIndulgences de sept ans & quarante quarantaines, qu’ildit que Boniface y a attachées pour ceux qui le réci-teront dévotement: tant parce que ces Indulgencesíont superflues, excessives & disproportionnées, qu’àcause qu’on ne leur saurait faire voir qu’aucun Pape,nommé Boniface, les ait accordéee.
Le P. Grasset, de la C. de J. parle du Stabat ç n cestermes dans ion Livre de la véritable dévotion envers lasainte Vierge , établie & défendue, (e') Le Stabat Ma-ter dolorosa , &c. „ est une Prose funèbre qui est sort du„ stile & de la dévotion de saint Bonaventure. Cepen-,, dant S. Antonin & quelques autres Auteurs l’attri-„ buent à S. Grégoire le Grand. Il n’y a rien de plus„ tendre & de plus touchant ”. Mais il n’y a nullepreuve qu’il soit ni de saint Bonaventure, ni de saint
M L. 6 . Disquisit. Magic, in Anacephal. monito iz.
(b) Fol. 66. a
(c) Ou trop taisonnable 8 c trop conforme à ce que demandela Religion Chrétienne.
(d) Fol. fS. Planctus beatae Marias quem qui corde devoto ré-cita veri t, coníequetur 7 . annos Indulgentiarum Sc 40 . quarente-nas à Bonifacio Papa.
(e) Part. 2 . Traité 6. huitième Pratique.
Grégoire le Grand; on n’y reconnoît ni l’aîr, ni l’ef-prit, ni le stile de l’un ni de l’autre : il ne se trouveni parmi les ouvrages de S. Bonaventure, ni parmiceux de saint Grégoire le Grand; & les citations deS. Antonin & de Philippe de Rergame , que le P*Grasset a marquées à la marge pour justifier qu’il estde ce Pape, font fausses, comme je l’ai vérifié moi-même. Quoi qu’en dise le P. Grasset , le Stabatest répréhensible, en ce qu’il paraît injurieux à la sain-te Vierge : car il la (f) représente outrée de dou-leur, accablée de tristesse, desolée, tremblante d’hor-reur, & baignée de ses larmes.
La sainte Vierge cependant, quoi qu’elle fût fortaffligée dans le fond de son cœur, quoi qu’elle fûtMartyre dans l’ame, comme Rappelle saint Bernard (g ),Maria Martyr in anima , ne fît paraître aucune foi-blesse à la mort du Fils de Dieu.. Elle étoit deboutprès de la croix de Jésus (dit l’Evangile (b)) Stabatjuxta crucem Jesu Mater ejus , & cette situation étoitune marque de son courage, & de la grandeur de soname, selon lés Peres. Elle étoit debout près de lacroix de son Fils (dit saint Ambroise (i) ) 8 c elle levoyoit souffrir. Nous lisons bien q u'elle étoit debout:mais nous ne lisons point qu’elle pleurât. Comme ellefavoit que son fils ne souffrait que pour racheter îegenre humain, elle ne s’abandonna point à la douleur,ni aux larmes. Elle ne fit rien en cette occasion ( ditle même S. Ambroise Q)) qui ne convint à sa qua-lité de Mere de Jesus-Christ. Elle demeura deboutprès de fa croix dans le tems que les Apôtres s’en-fuyoient, & elle regardoit avec des yeux de compas-sion & de charité les playes qu’il avoit reçues fur soncorps, parce qu’elle attendoit, non la mort du gagesacré de son amour, mais la rédemption & le salut detout le monde.
Sa générosité (dit le P. Adrien Mangot (/) ) a é-claté dans toute fa vie, mais particulièrement à la mortde son Fils, où elle eut le courage de le regarder avecdes yeux de compassion, réduit aux dernieres extré-mités, & d’ássister à son trépas fans faire paraîtrerien d’indécent, rien de dérangé, comme font lesfemmes impatientes 8 c affligées, fans s’arracher les che-veux , fans se jetter à terre. Dans le tems qu’elle a-voit le coeur pénétré comme d'un glaive des outra-ges qu’on faifoit à son Fils, de ses tourmens inexpli-cables, de ses playes, du sang qui couloir de soncorps, des cruelles insultes que lui faisoient ses enne-mis, elle étoit debout, comme le témoigne l’Evange-liste, proche la croix de Jésus. Elle favoit que c’étoitla volonté du Pere éternel, que son Fils souffrit tou-tes ces choses pour le salut de tout le monde ; & c’é-toit
(/) Stabat Mater doloroíà juxta crucem lacrymosa, dum pen-debat filius. O quam tristis & afflicta fuit illa benedicta Mater u-nigeniti, Q ure mserebat & dolebat Lc tremebat cùm videbat natipœnas ínclyti. Quis est homo qui non fleret, Christi Matretn stvideret in tanto supplicio ? Quis poster non contristari piam Ma-trem contemplât: dolentem cum filio? Eia mater, sons amoris,me fèntire vim doloris, sac ut tecum lugeam. Fac me verè re-çu m flere, Crucifixo condolere,donec ego vixero. Juxta crucemtecum stare, te libenter sociare in planctu deiìdero.
(g) Sermo. de Dominic. infra Octav. Assumptio.
(h) Johan. 19. xj.
(i) Orat. de obit. Valentinia. Stabat 8c sancta Maria juxta cru-cem filii, 8c spectabat Virgo unigeniti paíîionem. Stantem iìlamlego, flentem non lego.
( k ) L. 3. Epist. ulti. ad Eccles. Vercell. Nec Maria minorquàmMatrem Christi decebat. Fugientibus Apostolis ante crucem sta-bat , 8c piis ípectabat oculis filii vulnera, quia exlpectabat non pi-gnons mortem, sed mundi salutem.
(/) Monita Marian. 4. p. Monito. 24. Mari* fortitudo totâ e-jus vitâ. sed maxime in morte filii enituit, cùm illum ad extre-mum malorum deductum , piis oculis intueri, 8c ei adstare vo-luerit, nihil indecens, nihil inordinatum, instar impatientiusnfeminarum, ostendens: ut, non lacerans capillos, nec in terrai»decidens. Sed cùm ignominia filii, inexplicabilia ejus tormenta,vulnera, sanguinis effluvium, 8c fiev* inimicorum insultatìones,velut gladius, cor ejus pertransirent, stabat tamen, ut ait Evan-gelista, juxta Crucem Je su. Sciebat elle voluntatem Battis, ut fi-lius ista pro mundi redemptione pateretur, atque utraque hac rese confortabat 8c coníolabatur, voluntate ícilicet Battis, Sc fruct^Passionis.