DES SUPERSTITION,!
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sentiment de son Maître, lorsqu’il dit (a) que les In-dulgences de tant d’années font de véritables abus , &des tromperies qú’on ne doit point imputer à l’Egli-se , mais aux particuliers qui en font commerce ; par-ce que nous ne lisons point que les Conciles ayentdonné des Indulgences pour plus de rems que poursept années , à la réservé néanmoins du Concile deClermont , qui en donna de plénières à ceux quiiroient à la guerre à leurs dépens contre les Sara-tins.
M entier (b) , Docteur en Théologie de la Facultéde Paris, Doyen & Théologal de l'Eglise de Reims,est dans le même sentiment que Gerson sur les Indul-gences de tant de milliers de jours & d’années. „ Le,, bon Père Gerson (dit-il) ne se peut persuader que,, les Papes âyent jamais donné des Indulgences d'un„ nombre de jours , ou d’années, si effrené & exor-,, bitant , ains que tout cela est de l’invention de„ quelques esprits avares & insatiables , qui ne font„ conscience de faire trafic des choses les plus saintes.„ Et de ma part j’en fuis aussi-là , & ne puis croire„ que nos Souverains Prélats ayent jamais été si pro-„ digues du sacré trésor de l'Eglise , qu’ils ayent„ voulu donner 20000. ans de Pardons à ceux & cel-„ les qui diroient seulement une Oraison : attendu„ que le feu Pape Pie V. en réformant les petites„ Heures du peuple Chrétien, a condamné telles cho-,, ses comme vraiment abusives & scandaleuses , &3 , non jamais approuvées de l’Eglise.
Estius (c) témoigne fort positivement, que les In-dulgences de ioo. ans & de iooo. ans , sont absur-des , qú’elles ne doivent jamais être attribuées au saintSiège, & qu’elles sont ou inventées à plaisir , ou ex-torquées avec imprudence ; parce que jamais les Ca-nons de l’Eglise n’ont prescrit de si longues Péniten-ces pour le» péchés les plus énormes, & qu’ils n’ontpas pu même les prescrire , à cause de la brièveté dela vie humaine , bien que quelquefois la grandeur dela pénitence doive être augmentée, eu égard à l’énor-mité , ou à la multitude des péchés , fur tout lorf-qu’on ne peut pas la continuer long-tems.
Le Rituel d'Orléans (d) , de 1642. déclare qu’ilest vrai-scmblable que les -Indulgences de cent milleans , & celles qui sont ainsi exorbitantes & excessi-ves , font fausses & supposées pour la plupart, soitqu’elles ayent été falsifiées par la malice des Quêteurs,ou par l’ignorance des Collecteurs des aumônes qu’ondonne en vertu des Indulgences , lesquels ayant jointensemble plusieurs Indulgences qui avoient été don-nées pour de semblables sujets , en ont fait sottement& fans raison un nombre presque infini , comme de
(a) Voici ses paroles : To. r. de Pœnit. 6. q. de Indulg. r. p.i q ‘ Cùm dantur nobis tam multi anni Indulgentiarum , non estEcclètia qu* faliit nos, sed privatorum hominum abusus. Namin Concriis non legimus majores Indulgentias quam septem an-norum prseter quam in Concilio Claromonuno m qua data estplenaria remiffio illis qui proprns impenbs adverses Saracenos
pugnassent. r ^ , .
{b) Traité des Indulgences , Sc Agnus Dn, sermon, i. toi. 6.
vers.
(r) In 4. dist. 20. §. ip. Hinc patet (dit-il) quàm sit abserda,ac Sedi Apostolic* miniraè adscribenda, sed vel merè commen-tïtía , vel imprudenter extorta , in annos centenos, aut mille-nos, Indulgentiarum libéralisas : cum nec ullo Ganone tam dìu-tuma Pœnitentia prssscripta umquam fuerit pro quantiscumquepeccatis , nec verò propter hum ana; vit* brevitatem praescribipoffit; tametsi ob criminum vel enormitatem, vel multitudinem,Pœnitenti* magnitudo intendi debeat , quando extendi non po-test.
(d) Tir. de Indulgent. Indulgentias centum milliurn annorutti,aliasque numerum terè omnem excedentes , falsas ut plurimumLc seppositas esse , verolìmile est : íîve illïe Qu*storum malitiâfajsificatse fuerint , sive ita composite ignorantiâ Collectorum,qui ex multis simul junctis , quas eandem ob causam concessastuisse contígerat , semmam unam , quasi ex pecunia conflatam ,ìneptè confecerunt , eamque ad numerum penè infinitum citraomnem rationem perduxerunt. Hoc tamen intentioni Sc praxiErclesise adveríatur . qu* , referrente Innocentio III. remissio-nem pœnarum plusquam unius anni concedere non conseevit:adeo ut rarse slnt , nec centum annos excedere solcant Indulgen-tise qu* pro pluribus annis tribtíutíUir.
Tome II.
plusieurs petites sommes d’argent on en fait dnè grosse,'ce qui est contraire à l’intention & â la pratique del’Eglise, qui, au rapport dThnocènt Iíli n’a pas ac-coutumé de donner des Indulgences pour plus d’unan, enforte néanmoins qu’elles sont rates, & que cel-les qui sc donnent pour plusieurs années ne passentjamais 100. àns. Mais si les Indulgences de plusieursjours & de plusieurs années sont de l'invention desQuêteurs intéressés ou mal-intentionrtés , si elles sontfaussement attribuées au saint Siège , si elles sont im-pertinentes , absurdes , abusives & superstitieuses *comme le disent si librement ces savans Théologiens& ce Rituel; quel jugement, quel cas peut-on fairede celles qu’on trouve en tant d’infcriptions , en tantde feuilles volantes 8c fugitives? Le Chevalier EdwitiSandis rapporte dans le cinquième chapitre de fa Rela-tion de t Etat de la Religion, qu’aux Augustins de Pa-doue il y a une Indulgence pléniere dès le Batême jus.qu’à 1 a derniere Confession avec 18000. ans de pluspour l’avenir , & l’Indulgence d'Alexandre VI. de30000. ans pour ceux qui diront un Ave Maria de-vant l’Autel de Nôtre-Dame ; qu’à Venise au sépul-cre de Nôtre-Seigneur , il y a une Indulgence dL80000. ans donnée par Bonisace VIII. & confirméepar Benoît XI. pour ceux qui disent une Oraison desaint Augustin qui y est attachée ; qu’aux Carmesde Padoue il y a Indulgence pléniere pour ceux quidisent sept Ave Maria 8c sept Pater nofler devant lesAutels de l’Eglise , le Mercredi de la semaine de Pâ-ques » pour ceux qui baisent 1a terre devant l’Au-tel du saint Sacrement, & qui prient pour l’exaltationde k sainte Eglise , pour l’eXtirpation des Hérésies,& pour ^union des Princes Chrétiens , & outre celala délivrance d'une âme du Purgatoire j telle qu’il leurplaît: enfin que le Pape Jean XXII. a donné 20. ansd’Indulgences à tous ceux qui baissent 1 a tête quandils entendent prononcer le Nom de Jésus. Kemni-ce (e) dit qu’il a vu à Hildesheim , en Allemagne,dans l’Eglise Cathédrale , une table sur laquelle étoitécrite une Oraison avec cette légende : Que quicon-que k diroit tous les jours, gagneroit 8000, ans d’In-dulgences de k peine & de k coulpe. Il cite quel-ques lignes après un Livre des Stations de Rome,imprimé en Latin à Rome en 1475. puis en Alle-mand , avec quelques additions , â Nuremberg en1491. qui porte , (f) Que les Papes Sylvestre 8CGrégoire ont donné tant d’índulgences â l’Eglise desaint Jean de Latran , qu’il n’y a que Dieu qui lespuisse conter , selon le témoignage de saint Boni-face.
Que quând on montre les chefs ■ de saint Pierre 8cde saint Paul , qui sont dans cette Eglise , les Ro-mains gagnent 3000. ans d’Indulgences , les peuplesvoisins - de Rome 6000. ans , & ceuX qui sont pluséloignés 12ooo. ans.
(g) Que quand le Pape Grégoire dédia cette Eglisepour la seconde sois , il donna autant de jours d’In-dulgences qu’il tombe de gouttes d’èaù quand il pleuttrois jours & trois nuits de fuite.
Que le Pape Alexandre â donné îooo. àrts d’Indul-gences à ceux qui monteraient dévotement chacun desdegrés de l’Eglise de saint Pierre , qui sont 28. &par conséquent 28000. ans d’Indulgences à ceux qui
les monteraient tóus* .
Que quand on expose en cette Eglise 1 a Véroni-que , les Romains gagnent 3000. ans d’Indulgences,les Italiens 6000. ans, & les Etrangers 120Ò0. ans.
Que
(e) 4. p. Ëxam. Concis Trid. Decret. de Indulg. c. 4. tit. déIndulg. Statio in Eccles. Urbis Rom*. Si quis hanc Orationemquotidie devotè dixérit , habebit octo millia annòrum Indulgen-tias à pœna 8ç à culpa.
(/) Pap* Silvester & Gregorius dederurit tantas Indulgentias, 1qtiod ndinò potest enutnerare niiì íblus Deús.
W Dédit tot diérum Indulgentias , quot gutt* cadunt si patres dies Lì noctes continué pluat.
Ppp v