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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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Confessions des fìdelles, peuvent donner des Indul-gences particulières à ceux qu’ils confessent, en leurremettant quelque partie des peines dûes à leurs pé-chés , & ordonnées par les Canons de l’Eglisc.

L’Auteur de la Somme Angélique ( a ) Silvestre ,Maître du sacré Palais (b ), l’Auteur de la Somme in-titulée, -Armilla (c), Jean de Tabla (d) , & plusieurscélébrés Canonistes qu’ils allèguent, en (e) convien-nent unanimement. Henri, Cardinal & Evêque d’Os-tie s’explique C f) encore plus nettement. Quoiquesaint Thomas (g) ne soit pas du sentiment de ces Ca-nonistes, il y a cependant des Théologiens qui enfont, & Maldonat (h) entre autres qui le prouve partrois raisons contre ce Docteur Angélique, i. Parceque les Curés & les Confesseurs ayant le pouvoirde lier les Pénitens, ils ont aussi celui de les délier,selon cet axiome : Ejusdem efi ligare & solvere. 2. Par-ce qu’ils ont la puissance d’ordre, & celle de juri-diction, & qu’il n’en faut pas davantage pour don-ner des Indulgences. 3.Parce qu’ils connoissentmieuxla qualité des Pénitences qui ont été imposées aux Pé-nitens, & celles qu’ils ont faites, & qu’ils peuventmieux juger s’ils méritent d’avoir des Indulgences,que ceux qui ne savent à qui ils les accordent. Maisencore qu’ils ayent le pouvoir de donner ces fortesd’Indulgences pour tant de jours & pour tant d’annéesqu’il leur plaît, comme parlent les mêmes Canonistes,ils ne le doivent jamais faire qu’avec (i) justice &discrétion: car s’ils les donnoient avec excès, ou dis-proportion, je veux dire, s’ils relâchoient trop despeines qu’ils doivent ordonner, ou s’ils imposoient detrop légeres pénitences, ils trahiroient leur ministère,ils abuseraient de la puissance qui leur a été donnéepour l’édification & non pour la destruction : & desIndulgences qu’ils accorderoient ainsi ne feroient pasexemtes de la superstition du faux culte, & de cellede la vaine observance.

2. Telles feroient encore celles que les Primats, lesArchevêques & les Evêques donneraient pour plus de40. jours, parce que, selon les Statuts Synodaux d’-Etienne Poncher (Ô, Evêque de Paris, ils n’ont pas lepouvoir d’en donner de plus amples, chacun en cer-tains jours, en certains lieux & pendant la premiereannée de la Dédicace d’une Eglise. Cela est con-forme à ce qu’on a rapporté ci-devant du 4. Concilegénéral de Latran, qui veut que les Indulgences queles Evêques donnent le jour de la Dédicace des £-gliscs,ne soient que de 40. jours, & que celles qu’ondonne quelquefois pour toutes fortes de sujets n’ail-lent point au delà de ce terme ; parce que le Pape,qui a en main la plénitude de l’autorité, n’a pas ac-coutumé d’en donner de plus étendues.

3. Celles que les Cardinaux donneraient pour plusde 100. jours, parce que, (/) comme parlent les mê-mes Statuts Synodaux, ils ne font pas en droit d’endonner pour plus de tems.

4. Celles que les Papes donneraient de plusieurs

(a) V. eod. n. f.

(b) V. eod. n. 7.

(c) V. eod. n. 2.

(d) V. eod. n. 8.

(e) Sacerdotes omnes (dit le premier de ces Auteurs ) in foroPœnitentiali poffunt dare Indulgentiam iJJis quos possunt absol-vere.

(f) En ces termes: In Sum. 1 . f. tit.de rémissions. Quis pos-sit facere remiffiones? Privatas ,quse fiunt in Confeffionibus,qui-libet Sacerdos habens curam, vel, de licentiaipsius, quivisalius,w his quL ad ipsum pertinent, & in quantum potestas sua ex-tenditur, facere potest. Generales autem & folemnes, quse fcili-cec fiunt in praedicationibus 8c per litteras, Episcopali dignitatiannexse suât.

(f) I" 4- dist. îo. art. 4. q. 1.

\ Sacram - to. i. de Pœnit. tit, de Induis. 5. q.

(i) Dummodo justè & discrets faciant.

(k) Tit. oe Sacram. p œn ; t _ Non valent Episcopi, Archiepi-scopi, sut rri a es ultra 40. dies, ipsorum quilibet, certis die-bus, in uno loco relaxare, & singulís diebus anni primi Dedica-tionis Eccleu*.

(l) Non valent etiam Cardinales ultra centum dies Indulgentiasconcedere.

s T I T 1 o N s.

milliers de jours, de cent ans, de 200. ans, de 1000*ans, de 2000. ans ou plus. Car Gerson (m) dit posi-tivement dans VOpuscule des Indulgences , que Jefus-Christ est le seul Pape qui puisse donner des Indul-gences de tant de milliers de jours & d’années, tellesqu’on en voit en plusieurs concessions des SouverainsPontifes, ou autres, données en divers téms, en di-vers lieux, & pour divers sujets; & que peut-être cessortes de concessions ont été inventées par des Quê-teurs intéressés, ou mal-intentioimés. U dit ensuite(n) qu’il est difficile de sauver ces Indulgences énor-mes, non seulement de tant de milliers de jours, maisde tant de milliers d’années, après la rémission de lapeine éternelle, & le changement qui s’en fait enpeine temporelle: parce qu’il est constant qu’on nedoit point imposer en cette vie de si longues péniten-ces aux hommes, tant à cause de la brièveté de leurvie, qu’à cause que personne n’est obligé à l'impossi-ble; & qu’il est certain d’ailleurs que le Purgatoirefinira avec le monde, & par conséquent que les pei-nes du Purgatoire finiront aussi.

Enfin il dit dans l’opuscule de ! absolution de la Con-fesìonsacramentelle (0) , que les Indulgences que l’onvante de 20000. ans, aussi-bien que celles qu’on s’i-magine que l’on peut gagner en disant par exemple,cinq Pater nofter, devant une telle Image, & sembla-bles , font impertinentes & superstitieuses, & que lesPrélats de l'Eglise devraient en arrêter le cours, parcequ’elles sont exposées au mépris & à la raillerie, &qu’elles ne sont pas véritables.

Soto (p) parle de ces sortes d’Indulgences dans lémême sens que Gerson, & il témoigne 1. Que les In-dulgences de 100. ans sont monstrueuses. r« Qu’il n’estjamais entré dans la pensée (q) d’aucun Pape de lesdonner. 3. Qu’elles peuvent être venues de ce quequelques Papes en ayant donné de 10. ans à ceux quivisiteraient un tel Hôpital, autant à ceux qui visite-raient une telle Eglise, & autant à ceux qui feroientune telle chose, on les a jointes toutes ensemble, & el-les se sont trouvées monter à 100. ans, & à 1000. ans.4. Que cependant il n’y a personne qui ait besoin, nond’une si grande & si longue satisfaction, mais mêmede la centième partie. 4. Que ces Indulgences excessi-ves sont de l’invention des Quêteurs, qui étant desgens peu religieux les ont ridiculement proposées auxfìdelles, ce qui n’étoit pas à souffrir en bonne jus-stice.

Maldonat, disciple de Soto, ne s’éloigne point du

sen-

(m) Considérât. 8. Solus Papa Christus ( ce font ses propres pa-roles) potest illam tot dierum 8c annorum mille millium Indul-gentiam concedere; qualis posita reperitur in diversis concefîio-nibus Summorum Pontificum, vel aliorum , fub variis tempori-bus, locis & causis. Et forte talis enormitas conceffionis ab ali-quibus qusestuosis, aut aliter malè motis, consista est.

(n) Considérât. 10. Indulgentiarum concessio per tot millia,nedum dierum , sed 8c annorum, videtur difficulter salvabilis postremissionem aeterna: p cens: 8c commutationem in temporalem.Constat enim quòd nec homo singularis in hac vita potest, autdébet, ad tot annos obligari pœnitentiam agere: cùm non victu-.rus íìt per millesimam partem tot annorum, 8c nemo ad impos-sibile obligatur. Constat praeterea quòd dum mundus finem ha-bebit, ceffabit Purgatorium, 8c ex consequenti dies pœnaru®íuarum.

C o) Q_ r. Fatux sunt 8c superstitios* quaedam intitulationes deIndulgentiis viginti mille annorum, vel tali modo : qui dixerïtquinqite Pater noster ante talent imagìnem, 8cc. Et effet per PiL-latos providendum : quia cedit hoc in contemptum 8c irrisione®Indulgentiarum, nec continet veritatem.

(p) In 4. dist. z 1. q. 2. art. 1. Quid ergo ( dit-il ) de Indulgen-tiis centum annorum ? Dicendum quod hujusmodi portenta num-quam Papa concedere cogitavit; sed quia forte concèdent viíitan-tibus taie hospitale 10. annos, 8c visitantibus talem Basilicam to-tidem 8c sic pluries, 8c tandem certam conferentes eleemosynamfacit participes illarum gratiarum , illa ratione conficiuntur illamilliaria. Sed tamennemo effe potest qui tanta satisfactions, neccentesima parte, indigeat. Pmerquam quod negari non potestquin Indulgentiarum Quxstores, cùm sint hommes non nimis adReìigionem attendentes, deridenda nonnumquam praedicent; qu>ìdeo estent publica auctoritate cohibendi.

(q) L’histoire de ce qui s’est pasle sous Léon X. prouve le con-traire, 8c tout ce qu’on peut dire ne íauroit le justifier çn cetteoccasion.