DES SUPER
re les âmes de mes parens, & de quantité d'autres„ personnes, supposé qu’elles y fussent. Car il y a„ tantôt 20. ans que j'allai ce jour-là à cette Eglise,9 > & à limitation des autres, j’y entrai & j'en sortis,, autant de sois que je voulus tirer d’ames de Purga-„ toire. Et je sai fort bien que je me souvins alors3 , d’une belle & honnête Maîtresse que j’avois eue à„ Padoue, dans le tems que j’y étudiois,& quiétoit„ morte, & que j'entrai dans cette Eglise particulie-„ ment pour la délivrance de son ame.
Voilà une grande tendresse de ce Cardinal pour sonancienne Maîtresse. Mais il se seroit bien passé de nousaprendre cette particularité de fa vie.
Le Privilège dont il parle est très-certainement lâfameuse Indulgence de la Portioncule , que les Fran-ciscains vantent si fort, & dont ils disent & font direpar leurs amis, beaucoup de merveilles ( que peu degens croyent ) dans les Sermons de la Fête de Notre-Dame des Nnges, qui arrive le 2. jour d’Août. Onen prêcha trois dans le Diocèse de Reims en 1694.qui firent du bruit dans le monde, & où l’on avançaquantité de propositions erronées, fausses & témérai-res. Le premier étoit d’un Cordelier, qui dit, quesaint François avoir fait dans la Portioncule par ses lar-mes, „ ce que Jesus-Christ a fait pour les pécheurs,, dans la crèche de Bethléem par les siennes; qu’il y,, avoir fait par le sang de ses playes ce que Jefus-,, Christ a fait par le sien fur le Calvaire) qu’il avoit„ fait dans son cœur pour les pécheurs ce que Jefus-„ Christ a fait pour eux dans le sien fur la croix ; que„ le pouvoir de la sainte Vierge s’éttnd jusques dans,, les enfers, en retirant les âmes Sc en diminuant les„ peines des damnés par la grandeur de ses mérites;,, que l’Indulgence de la Portioncule subsiste dans,, l’année du Jubilé; & que les Confesseurs, en ver-„ tu de cette Indulgence, ont pouvoir d’absoudre„ de tous les cas réservés à notre saint Pere le Pape, ou„ à Nosseigneurs les Prélats.
„ Le second étoit d’un Capucin, qui dit; que saint„ François se prosternant la face contre terre, fit des-,, cendre une seconde fois le Fils de Dieu fur la ter-,, re; que l’Indulgence de la Portioncule est une„ amnistie si entiere & si parfaite, que Von peut dire„ que dans tous les siécles passés, Dieu ne s’est ja-„ mais montré plus favorable aux pécheurs, que dans„ cette solemnité; que saint François, comme saint,, Paul, peut se glorifier d’achever ce qui manquoit à„ la Passion de /notre Seigneur ; qu’il pouvoít dire à,, Dieu: Mon Dieu, si c’est une nécessité que votre„ justice ait ses droits, pardon, miséricorde, Indul-„ gence aux pécheurs, je m’offre d’être moi seul la„ victime, & de satisfaire pour eux au droit de votre„ justice; que la sainte Vierge n’a donné son consen-„ tement au mystère de l’Incarnation, qu’à condition„ que Dieu sauverait les pécheurs, & qu'elle seroit„ en droit de lui faire executer fa parole, & de lui„ faire payer , par des Indulgences , la pension,, qu’il lui devoir pour l’avoir logé dans son sein,„ & pour les nourritures qu’elle lui a fourni ; que,, notre Seigneur avoit dit à la Vierge : Vous m’a-„ vez donné ce qui m’a fait homme , je vous don-„ nerai ce qui m’a fait Dieu , c’est-à-dire, je vous„ donnerai mes grâces & vous en disposerez à votre„ volonté ; que la sainte Vierge étoit plus puissante,, que Dieu ; que la créature l’avoit emporté fur le„ Créateur ; & que l’Indulgence de la Portioncule,, étoit une image de l’immensité, de l’infinité & de,, l’éternité de Dieu , parce qu’elle se gagne dans,> toutes les Eglises de saint François, qu’elle expie„ l es peines du péché , & qu’elle durera jusqu’à la„ fin des siécles.
,, Le troisième d’un Bénédictin, nommé D. Pier-r ,, re Quentin,de V Abbaye de saintNicaise de Reims,„ qui dit, qu d ne savoir qu’admirer davantage, ou,, le Verbe divin, qui descend dans le chaste sein de3J Marie, ou le meme Jésus qui descend dans la Cha-
S T I T í O N s;
,, pelle de Notre-Dame des Anges; qu’il ne savoir„ qu’admirer davantage, ou la charité de saint Fran-„ çois pour les pécheurs, ou l’amour de Jésus pour„ François ; que François s’est fait la victime des pé-„ cheurs, & qu’il s’est chargé des péchés du mon-,, de; que Jesus-Christ a donné la plénitude de ses,, grâces à saint François; que la sainte Vierge est„ toute-puissante sur son fils par l’autorité qu’elle a„ fur lui de pere & de mere; que le cri de saint Fran-„ çois s’est fait mieux entendre que celui de Moyfe„ Sc de saint Paul; que la Vierge a donné à François,, la vie de la grâce, comme elle a donné au Sauveur,, celle de la nature; qu» 'François lui-même acheve„ ce qui manque à la passion du Seigneur en faveur„ des pécheurs, en coopérant à ses victoires fur le„ péché & fur Penser ; que les Franciscains font„ les freres utérins de Jesus-Christ, les enfans de Ma-,, rie, les compagnons des esprits bienheureux ; qu’ils„ tirent comme eux leur origine du milieu des splen-„ deurs de la grâce & de la gloire ; que l’Indulgence,, pléniere de la Portioncule est irrévocable & éternel-,, le, sanctifiée par le saint Esprit qui descendit dans,, la Chapelle de Portioncule fous la forme de colom-,, be, comme il parut fur le Jourdain, pour faire de,, cette Indulgence comme un Batême de salut ; que,, cette Indulgence ne remet pas seulement la peine,, du péché, mais aussi en quelque façon la coulpe,,, puisque c’est Jesus-Christ qui l’accorde, lui qui„ n’a jamais remis le péché pendant fa vie mortelle,„ qu’il n’air remis l’un & l’autre; que Jesus-Christ„ lui-même accorde l’Indulgence de la Portioncule,, indépendemment des Papes ; que c’est un Séraphin„ qui en a dressé la Bulle ; & que saint François dé-„ mande ou une plénitude de grâce pour les pécheurs,,, ou un défaut de miséricorde pour lui.
Mais l’ignorance, la témérité, Sc les faussetés deces trais Prédicateurs ne demeurèrent pas impunies :car Mr. l’Archevêque'de Reims les obligea de se ré-tracter publiquement, sc Dieu a permis que leurs Ré-tractations ayent été imprimées pour l’édification desfidelles.
Cela n’a pas rendu les Franciscains plus Catholi-ques , ni plus modérés fur l’Indulgence de la Portion-cule. Car un Cordelier de la ville de Laval, nomméFr. P. Beauffier, la prêchant dans son Eglise le 2. jourd’Août dernier, c’est-à-dire , de l’année présente1697. avança bien des choses contraires à la faine doc-trine & au sentiment de l’Eglise touchant les Indul-gences. Mais Mr. l’Evêque du Mans, ce Prélat siéclairé, si attaché à ses devoirs, si vigilant, & si en-nemi des superstitions & des nouveautés profanes, luien fit faire une Rétractation solemnelle, dont je m’as-sure qu’on ne fera pas fâché de trouver ici l’Acte quien a été dressé. Le voici dans toute son étendue:
,, Du septième Novembre 1697.
„ Louis de Lavergne-Montenard-de-Tressan , parla grâce de Dieu & Ordination Apostolique, Evêque„ du Mans, Conseiller du Roi en tous ses Conseils,, d’Etat & Privé; Savoir faisons, que Nous ayant„ été donné avis que dans un Sermon prêché dans l’E-„ glisc des Cordeliers de Laval le deuxième d’Août„ dernier, qu’on y célébrait la Fête de la Portioncu-,, le, il avoit été avancé des propositions dans le Ser-„ mon, qui avoient mal-édifié les Auditeurs; Nous,, à qui Jesus-Christ a confié le soin d’instruire les,, peuples d’une faine doctrine, & qui devons veiller„ afin que le mensonge & l’erreur ne se débitent pas,, dans la chaire de vérité, ordonnâmes au Gardien,, desdits Cordeliers de nous faire mettre ce Sermon en„ main, afin de l’examiner, & de reconnoître s’il y„ avoit quelques propositions répréhensibles; & Nous„ ayant été envoyé, Nous y avons, en le lisant, re-,, marqué différentes propositions contraires à la doc-„ trine de l’Eglise, sur lesquelles Nous avons juge„ nécessaire d’entendre celui qui les avoit avancées.„ Et ayant fait paraître devant Nous Frere P, Beauf-
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