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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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D £ S SUPERSTITIONS.

qui en reviennent , & de se voir par là dispensés defournir à la dépense qu’ils seroient obligés de fairepour entretenir leurs Eglises d’ornemens - de luminaire8 c de réparations» Voilà futilité des Autels privilé-giés , & c’est pour cela qu’un Moine j d’un Ordreque je ne nommerai point , se faisant interroger à Pa-ris pour la Licence de Théologie , & un de ses Exa-minateurs s’étant avisé de lui demander , (a) ce qu’ilpensoit des Autels privilégiés. Il lui répondit d’unevoix ferme, qu’il n'en savoir qu'une chose , ( b) quiest qu’il leur en revenoit beaucoup de profit.

II saut pourtant demeurer d’accord que les plus il-lustres Eglises Cathédrales , qui se font un pointd’honneur de garder leurs anciens usages, n’ont pointvoulu recevoir à’Autels privilégiés. Il n’y en a ja-mais eu à S. Jean deLatran à Rome, ou tous les Au-tels font si remplis d’Indulgences ; les Papes ayanttrouvé bon jusqu’à présent qu’on n’y admit aucunenouveauté. De là vient qu’on y fait encore aujour-d’hui la Procession autour de l’Eglise tous les Dimanchesaprès l’eau benîte (ce qu’on ne fait pas àsaint Pierre,ni à sainte Marie Major) qu’on n’y dit que 1 1 Pater no-fler sans YAve Maria , avant chaque heure de l’Offi- •ce ; & qu’à Y Agnus Dei de la Messe on y dit trois foisMiferere nobis , & point Dona nobis pacem. Il n’y âjamais eu non plus à'A utel privilégié à Lyon , àSens, à Paris, à Chartres, ni en plusieurs autres Ca-thédrales de France; & je sai de bon lieu qu’un jourun Chanoine de Sens ayant obtenu un Bref d 'Autelprivilégié , il voulut le faire approuver par son Cha-pitre , mais que son Chapitre le refusa tout net. Ce-la obligea ce Chanoine de s’adresser à M. D. M.qui étoit pour lors Archevêque de Sens , & de luidemander son approbation. Je vous la donnerai volon-tiers (lui dit ce Prélat) car fi je vous la refufiois , jepajferois d la Cour pour un Janfiénifie : à quoi M. B.qui en ce tems-là étoit Doyen de Sens , répondit enriant ; Monseigneur , ne vous embarajfés point de cetteaccusation future , le Chapitre vous donnera Able commevous ne Vêtes point. Mais cette historiette à part , ilest remarquable qu’il y a de deux sortes d ’Autels pri-vilégiés ; les uns à perpétuité, les autres pour un tems,qui est d’ordinaire de sept ans. Les premiers fontplus rares & plus difficiles à obtenir que les derniers.Le fameux Cardinal de Granvelle employa tout soncrédit auprès de Grégoire XIII. pour obtenir celuidont on vient de parler , & qui est dans la Chapellede fa famille chez les Carmes de Bezançon. Dom De-nys l’Argentier en obtint un semblable dans le temsqu’il étoit Procureur général de l’Ordre de Cisteauxà Rome , fous Clement VIII. en 1595. pour l’Au-tel de saint Bernard , qui est dans l’Eglise de Clair-vaux. Grégoire XV. en donna un de même gen-re en 162.3. aux Augustins du Fauxbourg de saintGermain de Paris pour un des Autels de leur Eglise,nommé Y Autel de Notre-Dame de Consolation. Ceuxqui ne sont que pour un tems , s’accordent fans pei-ne à tous ceux qui en demandent. Le stile des pre-miers ressemble assez à celui des derniers , avec cèsdeux differences néanmoins ; l’une, que les premierscommencent toujours par cette clause , Ad perpetuamrei memoriam , & les derniers par celle-ci , Ad f utu-ram rei memoriam , L’autre , qu’aux premiers on dé-livre une ame du Purgatoire toutes les fois qu’on ydit la Messe des Morts : att lieu qu’aux derniers onn’en peut délivrer qu’en fy disant aux jours fixéspar le Bref. Je rapporte ci-dessous ce (c) que porte

(a) Quid censes de Altaribus privilegiatis ?

{b) Hoc unum scio, quod ex illis multi sustt nobis proventus.(Les ignorans de ce caractère, fi avec cela ils íbnc hardis & zéléspour lacommunauté, s’embarassent fort peu de l’origine d'un abus.Ils visent uniquement au profit qu il donne.) _

(c) Gregorius Episcopus, serves scrvorum Del, ad perpetuamrei memoriam. Omnium íaluti paterna caritate intenti , intertam multa pietatis officia, qu se nos pro munere nostro convenirexercere , sacra interdum loca speciali privilegio insigmmus, utinde fidelium animarum saluti amplius consulatur. Quocirca ut

celui de la Chapelle des Granvelles , 8c ce que con-' tient (d) celui de f Autel de saint Michel , de l’E-glise de Notre-Dame de Coëffort , qui est aujour-d’hui celle du Séminaire du Mans.

On a déja cité le Mandement que Mr. le TellierArchevêque de Reims a fait pour les Autels privilé-giés , & les Indulgences qui y font attachées. Maiscomme il y explique 8c ce qu’on en doit croire , 8cles abus qui s’y font glissés en diverses Eglises , j’aicru qu’il étoit à propos de le rapporter ici tout en-i.tier, 8c le voici:

„ Charles Maurice le Tellíer, par la gra-„ ce de Dieu, Archevêque Duc de Reims, premier„ Pair de France , Commandeur de f Ordre du Saint—„ Esprit, Abbé de fArchimonastére de saint Rémi,, de Reims, 8cc. Au Clergé Séculier 8c Régulier„ & aux Fidelles de notre Diocèse ; Salut & Béne-„ diction. Sur la Requête qui Nous fut présentée par,, notre Promoteur au mois de Juin de f année 1693.,, contenant qu’on exposait dans plusieurs Eglises de,, notre Diocèse des inscriptions d 'Autels Privilégiés ,„ dont la permission ne subsistoit plus, parce que le„ tems pour lequel le Pape les avoir accordés étoit„ écoulé : Nous ordonnâmes le vingt-sixiéme dudit,, mois, que tous les Curés & les Supérieurs & Su-,, périeures des Maisons Religieuses de notre Diocé-„ se, représenteraient à Maître Jean Roland, Tré-,, sorier & Chanoine de notre Eglise Métropolitaine *,, & f un de nos Vicaires généraux, dans le premier,, jour de Septembre suivant, les Brefs par eux obte-,, nus en Cour de Rome pour f érection desdits Au-„ tels privilégies. Par l’examen que nous avons de-„ puis fait desdits Brefs, qui nous ont été représen-,, tes en exécution de notre dite Ordonnance, Nous,, avons reconnu que le tems de sept ans , pour le-,, quel les Indulgences avoient été. accordées, par les-,, dits Brefs, étoit presque par tout passé, 8c qu®,, quoi qu’elles ne fussent plus cf aucune valeur , ledit„ tems expiré, les Supérieurs de plusieurs Maisons.„ Régulières n’avoient pas cessé d’exposer dans leurs

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Ecclesia domus B. Marias, Ordínîs Carm.ejitarum, Biíúntíneníîs,tredecim fàcerdotibus ibi contínuò íàcrificiis Domino famulanti-bus fulcita, nec simili usque adhuc privilegio decorata, 8c. in ea.Altare B. Mari» Pietatis, quo majus non est, hoc speciali donpillustretur, auctoritate Nobis à Domino tradità concedimus utquoties ab aliquo dictât domus Sacerdote dumtaxat Missa defun-ctorum ad prxdictum Altare celebrabitur pro anima cujuseumquefidelis , qux Deo in caritate conjuncta ab hac luce migraverit,ipsa de Thesauro Ecclesia; Indulgentiam consequatur, quatenusDomini nostri Jesu Christi 8t Beatissimas Virginia Maria:, BB.Apostolorum Pétri 8t Pauli, aliorumque Sanctorum omnium me-ritis suffragantibus, à Purgatorii pcenis liberetur. Datum, Romx,apud S. Petrum anno Incarnations Dominicas tp8i . j. idusMaii,Pontificatus nostri anno 9. Signât. M. Datarius, & super plicamJ. Bronche. Et in tergo , Registrata apud Cceiarem Secretarium.Cum Bulla plumèea impendenti e filìs sericeis crocei rubrique co-loris.

(d) Innocentius Papa XI. A d futuram rei memoriam. Om-nium saluti paterna caritate intenti, sacra interdum loca spirituali-bus Indulgentiarum muneribus decoramus, ut inde fidelium de-functorum animas D. N. Jesu Christi ejusque Sanctorum íïiffra-gia meritorum consequi, & illis adjutas ex Purgatorii pœnis adaeternam salutem per Dei mifèricordiam perduci valeant. VolenteSigitur Ecclesiam B. Marias de Coëffort nuncupatam, in Suburbiocivitatis Cenomanenfis, in qua aliud Altare privilegiatum non re-peritur conceíïum, 8c in ea situm Altare Capeilse sancti Michaëlishoc speciali dono illustrare, dummodo in dicta Eccleíìa ièpteniMissa; quotidie celebrentur, de omnipotentis Dei miscricordia acBB. Pétri 8c Pauli Apostolorum ejus, auctoritate confis, u£quandocumque Sacerdos aliquis ejusdem Ecclesix dumtaxat Mis-sam defunctorum in die Commemorationis defunctorum, & insingulis diebus infra illius Octavam, ac séria secuuda cujuslibetBebdomad*, pro anima cujuseumque Christi fidelis, qua: Deo incaritate conjuncta ab hac luce migraverit, ad praidictum Altarecelebrabit, anima ipsa, de thesauro Ecclesia;, per modunr suffra.-gii Indulgentiam consequatur. Ita ut ejusdem D N Jesu Christiac Beatiffimae Virginis Marias, Sanctorumque omnium meritissibi suffragantibus, à Purgatorii pœnis liberetur, concedimus 8cindulgemus, in contrarium facientibus nonobstantibus quibus-cumque. Prassentibus ad septennium tantùm valituris. DatumR°m* apud S. Mariam Majorem sub annulo Piícatoris, die 4,Septembris 168a, Pontificatus nostri anno 6. signât.

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