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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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cal II. & ainsi jamais Pascal V. n’a donné une telleIndulgence ; & Bellarmin parle plus j uste que GabrielBiel, lors qu’il en fait honneur à Pascal I.

2. Si la Lettre authentique de cette Indulgence estvéritable , & si elle se voit a rentrée de la Chapelle desaint Zenon dans l Eglise de sainte Praxéde , d’oìi vientqu’Anastase le Bibliothéquaire , & quantité d’autresAuteurs qui ont écrit la vie de Pascal I. n’en font au-cune mention ? Ils n’ont pas oublié de rapporter quece Pape a bâti l’Eglise de sainte Praxéde ; mais ils nedisent point ni qu’il ait donné des Indulgences à cetteEglise , ou à quelqu’une de ses Chapelles, ni qu’ilait fait inscrire aucune Lettre authentique d l’entrée dela Chapelle de saint Zénon, qui est dans cette Eglise.

;. Gabriel Biel ne dit pas , comme fait Bellarmin,(a) que cette Indulgence ait été donnée pour déli-vrer les âmes du Purgatoire , mais (ce qui est biendiffèrent) qu’elle étoit avantageuse aux âmes du Pur-gatoire par maniéré de suffrage. La vérité est qu’il ledit assez ouvertement dans la fuite , lorsqu’il raconteque la sainte Vierge tira du Purgatoire l’ame du neveude Pascal V. d’une maniéré toute visible. Mais il nele dit que fur une vision , dont il est permis de croi-re ce qu’on veut, fans intéresser aucunement la foi Ca-tholique.

J’estimerois donc qu’il faudroit chercher ailleurs,que dans la Lettre authentique de la Chapelle de saintZénon, l’origine des Autels privilégiés, s’il étoit pos-sible de la trouver : car elle est fort peu connue, &bien des gens en diroient volontiers ce qu’un Poëte adit autrefois de la source du Nil,

Sécréta de fente cadens , qui Jèmper inanìQuarendus ratione latet , nec contigit ulliHoc vidijfe caput.

En attendant que quelqu’un plus habile que moi enait instruit le public, voici ce que j’en pense. Deuxchoses me paraissent plus que probables fur la naissan-ce des Autels privilégiés. La premiere > qu’ils nefont venus que depuis la conclusion du Concile deTrente, c’eft-à-dire, depuis l’an I;6;. Car avant cetems-îa je ne trouvé nulle part ni qu’aucun Pape enait donné , ni qu’aucun Auteur , soit Catholique,íoit Protestant, en ait parlé.

La seconde , que Grégoire XIII. qui fut élu sou-verain Pontife le 15. Mai 1572. & qui mourut le 10.Avril 1585. est le premier Pape qui en ait donné. Eneffet les plus anciens que j’aye vus font de lui. LeChevalier Edwin Sandis assure dans fa Rélation (h) ,que ce Pape en a accordé un auv Carmes de Sienne ,voire même quasi par toute V Italie d quelque ville , & hvilles plus grandes encore plus d'un. Et j’ai en mainune copie de celui qu’il donna le n. de Mai 1581.aux Carmes de Bezançon pour la Chapelle de Notre-Dame de Pitié, appelîée communément la Chapelle desGranvclles , qui est dans leur Eglise. Ses successeurs enont donné à une infinité d’Eglifes & de Chapelles.

La premiere idée en est apparemment venue à quel-que Moine Mendiant , lequel ayant jugé que cettedévotion pouvoit n’être pas indifférente à son Con-vent , en a sollicité, ou fait solliciter rétablissement àRome, où l’on donne sans beaucoup de résistance danstout (c) ce qui peut contribuer à l’agrandissement,ou à raffermissement de l’Autorité Pontificale. En-suite il a trouvé accès à la Datterie ; il y a proposé lachose de la maniéré la plus insinuante qu’il lui a étépossible. II y a obtenu un Bref d’Autel Privilégié;il l’a fait approuver par l'Ordinaire , qui étoit peut-etre un homme commode, & de bonne composition;il l’a fait imprimer, afficher , publier par tout où il avoulu. H a fait fasse des tableaux avec cette inscri-

(«) Dictas Paíchasius dat remifíìonem plenariam per modumsuffragii tali animas.

(b) An. c. f.

(r) L’Auteur s’expli^ue ici beaucoup plus hardiment qu’en di-vers autres endroits, ou ia harcuesle lui a manqué.

S T I T I O N S.

ption en gros caractères, en lettres d’or, Autel Privi-légié . II en a fait mettre au haut de l’Autel destinépour les Indulgences, au dessus des portes de son E-glife , au dessus de la principale porte de son Cou-vent. II a sait sonner & carillonner extraordinaire-ment ; il a envoyé des billets par les maisons. LesConfesseurs ont invité les dévots & les dévotes à lacérémonie; on a fait solemnellement l’Office,on a pa-ré magnifiquement l’Eglise , & V Autel privilégié furtout. On a préconisé les Indulgences ; le peuple estvenu en foule pour les gagner , il s’est confessé , il acommunié, il a demandé des Messes à V Autel privilé-gié. Les Moines , qui auparavant en avoient peu, enont eu de reste, on a augmenté la communauté pourles acquitter. En un mot on s’est bien trouvé de cettenouvelle invention.

Il n’en a pas falu davantage pour exciter la sainte ja-lousie des autres Mendians. lis se sont donné tousles mouvemens nécessaires pour arriver au même but,pour avoir des Autels privilégiés dans leurs Eglises ;ils ont écrit, ils ont envoyé, ils ont sollicité en Courde Rome, & ils ont tant fait par leurs journées qu’ilsen ont enfin obtenu.

Des Eglises des Mendians ces Autels ont passé danscelles des autres Réguliers; de là dans quelques-unes decelles des Moines reniés , dans les Paroisses , dans lesCollégiales & dans quelques-Cathédrales même. Ons’est apperçu qu’ils attiraient des Messes aux Men-dians , & que les rétributions de ces Messes étoientd’un grand secours pour faire subsister les communautés :fur cela les autres Réguliers ont jugé que ce moyenn’étoit pas à négliger. Ils ont exposé des écritauxd 'Autels privilégiés , à limitation des Mendians ; quel-ques-uns ont enchéri fur ces écritaux, & y ont ajou-té, Ici se délivre une ame du Purgatoire d chaque Mes.se. D’autres, tandis qu’on disoit des Messes à leursAutels privilégiés , principalement depuis la consécra-tion jusqu’à la fin de la communion , faisoient jouerderriere de petits feux d’artifice , pour marquer quedans ce moment une ame serrait du Purgatoire pours’envoler droit au ciel. C’estlàce que j’ai vu pratiquerdans une célébré Eglise , Sc tout P. l’a pu voir auífi-bien que moi.

Comme il y a toujours quelques Moines dans lesMonastères, quelques Prêtres dans les Paroisses, quel-ques Chanoines ou quelques Chapelains dans les Col-légiales & dans les Cathédrales , qui savent un peumieux s’insinuer dans l’efprit des bonnes gens, qui la-vent un peu mieux les Rubriques & les cérémonies, unpeu mieux parer les Autels,mieux faire des bouquets,nettoyer & plier les ornemens , un peu mieux sonnerou faire sonner les cloches que les autres, on les char-ge ordinairement de la Sacristie , des Registres Sc ducompte des Messes. Pour bien mériter de leursCommunautés 1 , de leurs Compagnies, de leurs Supé-rieurs ou de leurs Confrères, & faire valoir leur com-mission , un de leurs premiers foins est d’avoir uneChapelle dediée à quelque nouveau Saint , une nou-velle Relique, ou quelque Image extraordinaire, maisparticulièrement un Autel privilégié , afin de faire ve-nir des Messes à la Sacristie , fous prétexte de fairegagner des Indulgences & de délivrer des âmes duPurgatoire. Les plus sensés & les plus éclairés desCommunautés , des Paroisses , Sc des Chapitres fontsemblant de ne pas s’appercevoir de ces adresses spiri-tuelles ; Sc quand on leur en parle à dessein d’en arrê-ter le cours , Sc d’en bannir au moins les abus Sc lessuperstitions qui ne s’y rencontrent que trop souvent;ils répondent d’un ton indifférent & d’une maniérénégligée , ,, Qu’ils ne se mêlent pas de ces sortes de,, choses , que c’est le Père tel , Mr. tel, qui en a„ foin , qu’on le laisse faire , qu’on ne veut pas le„ chagriner, qu’il a bonne intention, & que ce qu’il„ en fait n’est que pour entretenir les bonnes âmes,, dans les pratiques de piété • Us ne font pas fâchesnéanmoins que leurs Sacristies profitent des émolumens

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