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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

„ Réguliers de notre Diocèse, qui auront obtenu des,) Brefs d’érection d.’Autels privilégiés dans leurs Egli-,, ses, d’exiger aucune chose, même de recevoir pour„ raison desdites Indulgences, ce qui leur seroitoffert„ volontairement par ceux qui désirent d’y participer,,„ & de concourir par ce moyen au soulagement , ou„ à la délivrance des fidelles trépassés : leur faisant,, cette défense pour nous conformer à la doctrine du,, saint Concile de Trente j qui - comme nous l’avons„ déja remarqué, ordonne aux Evêques d’abolir tout„ commerce d’intérêt, & tout profit dans la cosices-„ sion 8 c l’application des Indulgences, le regardant

comme vicieux & mauvais, & comme une source„ d’abus dans la Société Chrétienne ; & pour imiter„ auffi la pratique de la Cour de Rome , qui les âc-„ corde gratuitement, refusant même le prix du par-„ chemin, & tout salaire pour l’expedition desdits„ Brefs, Deffendons pareillement à tous Prêtres Sé-,, culiers & Réguliers de notre Diocèse, & à tous,, autres qui parleront des Indulgences pour les Morts,,, 8 c qui exhorteront les Fidelles d’y participer, en„ faisant en état de grâce des œuvres méritoires & fa-„ tisíactoires, dans l’intention d’obtenir pour eux le,, soulagement, ou la délivrance de leurs peines, d’a-,, vancer, qu’en faisant certaines œuvres méritoires,*,, ou en faisant dire la Messe à un Autel privilégié, ils„ obtiendront infailliblement leur entiere délivrance,, du Purgatoire : y ayant de la témérité de promet-„ tre ce qui n’est qu’en la disposition de Dieu seul,,, qui dispense selon les réglés de fa justice, & de sa„ miséricorde, les mérites de son Fils, & le fruit des,, prières de son Eglise aux âmes de ceux qui, étant,, morts dans son amour, expient dans le Purgatoire„ les peines qui font dûes à leurs péchés.

,, Et fera notre présente Ordonnance distribuée, à

la diligence de notre Promoteur, dans toutes les„ Paroisses & dans toutes les Maisons Religieuses,„ même dans celles de Filles de notre Diocèse. Vou-„ Ions que les Curés, ou Vicaires desdites Parois-„ ses la publient incessamment, & que pôur cet ef-„ set ils en fassent la lecture ì leurs Prônes le Diman-,, che qui suivra immédiatement le jour qu’ilsl’auront,, reçue : Ordonnons aux Supérieurs & aux Supé-„ rie ures desdites Maisons Religieuses, soi disant,, exemtes, & non exemtes, de la lire en présence de„ sours Communautés, qu’lls assembleront à cette fin„ dès qu'elle leur aura été rendue. Donné à Reims„ dans notre Palais Archiépiscopal fous le sceau de„ notre Chambre, notre seing, & celui de notre 8e-,, cretaire, le dernier jour d’Octobre mil six cens„ quatre-vingt quatorze. Signé,

Charles M. Ar. Duc de Reims.

Et plus bas , Par Monseigneur,

Jôbart.

II seroit difficile de parler plus juste & plus décisi-vement des Indulgences des Autels privilégiés que faitcet illustre Archevêque. Mais on fera peut-être bienaise! de savoir une petite histoire qui arriva à Reimsau sujet de son Mandement, & dont il n’eût pas man-qué de faire mention s’il en eût eu plutôt connoif-sance.

Ún de ses Aumôniers allant porter ce Mandementchez le Curé des Faux-bourgs , ce Curé , aprèsj'avoir parcouru, lui dît : „ Cela ne servira pas de

3 , grand’ chose à l’égard des J. . . • car ils ont chezs, eux un Religieux qui est lui-même Autelprivilé-

gié, & qui fe vante d’avoir la faculté qu’à quelque3, Autel qu'il dise la Messe, l’Autel est censé privilé-„ gié". Ce discours surprit l’Aumônier, & encoreplus l'Archevêque de Reims , quand on lui eneut fait le récit. Mais ce Prélat n’en demeura pas là jil fît venir le J. . . . nommé le Pere Fri, . . Pro-

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fesseur en Théologie, & il lui demanda si ce qu’onlui a volt dit étoit vrai, „ Qu’il fut stutcí privilégiés,, & qu’à quelque Autel qu’il dît la Messe,. l’Autel„ fût censé privilégié? Cela est vrai, Monseigneur„ ( répondit le J. . . . sans équivoque ) & voici,, comment. Le Pere d’Aráu. . . sortant de Rome,, pour revenir en France,notre Pere Général lui don-„ na la faculté de nommer dans toutes nos Maisons„ par où il passeroit, un Religieux qui eût pouvoir„ de rendre privilégiés tous les Autels où il diroit la,, Messe. Le jour que je dis ma premiere Messe le„ Pere d’Arau. . . étant à Reims, me dît à l’oreille,„ quelque tems avant que de la commencer : Mon,, Pere, je vous donne la faculté, qu’à quelque Au-„ tel que vous direz la Messe, elle fera réputée avoir„ été dite à un Autel privilégié.

A ce langage l’Archevêque de Reims & tousceux qui étoient avec lui , ne purent se tenir derire. Mais le ris cessé ce Prélat demanda au Pere, s’ilavoir une Bulle ou un Bref, pour justifier cette fa-culté ? ,, Le Pere lui répondit que non , & qu’il la,, tenoit uniquement du Pere d’Arau. . . comme le„ Pere d’Arau. . . la tenoit uniquement de leur Pe-„ re Général, mais qu’il n’y croyoit pas. Pourquoi,, donc vous en scrvez-vous , lui dît l’Archevê-,, que.de Reims, si vous n’y croyez pas? Monsei-„ gneur ( répliqua le J. ... ) je suis Pré. . . de la,, Congrégation des Artisans. Ces bonnes gens, lorf-„ que quelqu’un de leurs parens est mort, vont cher-„ cher de tous côtés des Autels privilégiés , pour y„ faire dire des Messes à leur intention. A fin de leur„ épargner cette peine, je les avertis de me venir„ trouver, les assurant que j’ai la faculté qu’à quel-„ que Autel que je dise la Messe, l’Autel est privi-„ légié. Ils y viennent, je leur dis des Messes fans,, aucune rétribution (car ils sont pauvres pour la plû-„ part) & ils s’en retournent contens. Voilà, Mon-,. seigneur, quelle est ma faculté.

II n’eût pas plutôt achevé, que M. B. C. D. L.S. C. qui étoit pour lors avec l’Archevêque deReims, adressant la parole à ce Prélat, lui dît: „ En„ vérité, Monseigneur, il n’y a que vous en Fran-,, ce, qui àyez le crédit de faire venir chez vous un,, Autel privilégié , de le faire marcher, & de le ren-,, dre portatif. Pour moi je serois d’avis qu’on écri-,, vît en gros caractères fur le manteau du Pere Fri...»,, Autel Privilégié’, & que pour une plus gran-,, de distinction on l’appellat déformais, le Pere Au*,, tel privilégié. Ainsi finit Thistoire*

Mais pour rentrer dans le sérieux & revenir aux In-dulgences des Autels privilégiés , on proteste avec uneentiere sincérité qu’on les révéré ces Indulgences, &qu’on ne doute nullement que le Pape, qui est le sou-verain dispensâteur du trésor de l’Eglife, ne les puisselégitimement accorder, & que l’application ne s’enpuisse faire par voye de suffrage, aux artìes des dé-funts, qui ont mérité pendant leur vie d’en profiteraprès leur mort, & pour le repos defquelles on ditdes Messes aux Autels privilégiés. Mais qu’en y di-sant des Messes des Défunts plutôt que d’autres Mesi>ses, qu’en les y disant plutôt qu’à d’autres Autels „qu’en les y disant à certains jours plutôt qu’à d’autres,on délivre infailliblement des âmes du Purgatoire, c’estde quoi on ne croit pas qu’il soit défendu de douterpar les considérations suivantes.

i. Oui a connu les dejseins de Dieu , on qui efi entrédans le secret de ses conseils (ainsi que parle le saint A-pôtresií)) pour oser dire, que toutes les fois qu’ondira une Messe des Morts à certains jours, à un Au-tel privilégié , on délivrera infailliblement une ame duPurgatoire? Qui fçait combien de tems Dieu a résolude toute éternité de laisser cette âme dans le Purgatoi-re? S’il a résolu de l’y laisser un siécle, deux siécles,jufqu’à la fin dû monde , quelle preuve a-t-on qu’il

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(») Roman. ii. 34.

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